Lafortune Media Player
La rue Beaubien est une des rares artères commerciales de Montréal où on peut encore apercevoir de belles devantures rétro dans le plus pur style des années 50 – surtout dans l’Est, entre le métro et le Cégep de Rosemont. Outre le magnifique Dairy Queen du coin de la 40ème et le vénérable Cinéma Beaubien au coin de l’avenue Louis-Hébert, on ne peut manquer de voir surgir l’étrange Nettoyeur Lafortune.
Sis au coin de l’avenue de Lorimier, il occupe un bâtiment détaché dont la façade est composée de deux grandes poutres appuyées l’une contre l’autre en « ^ », surmontées d’une toiture à la géométrie atypique. L’idée est apparemment de reproduire l’esthétique d’un chalet laurentien, le tout dans des tons brun et blanc-cassé typiques des années 60. Dommage que j’aie pas eu ma caméra sur moi quand je suis passé devant… En tout cas. Sur la vitrine est affiché un grand carton qui porte ces mots :
NOUS ACCEPTONS LES COUPONS DE LA COMPÉTITION.
L’affiche est tellement broche-à-foin que ça m’a pris cinq minutes d’autobus avant de réaliser la puissance de cette phrase : nous acceptons les coupons de la compétition. Amenez vos coupons Daoust, on s’en crisse, on vous les fera les 2 dollars de rabais. No question asked.
Vous rendez-vous compte à quel point cette stratégie est géniale ? Je vous rappelle que Nettoyeur Lafortune est un petit joueur à la devanture vieillotte coincé entre des dizaines de nettoyeurs Daoust-Forget et autres chaines de franchisés. Lafortune n’est pas moins doué pour la déco que le gérant de votre Daoust, il est simplement indépendant et n’a donc pas accès aux outils marketing d’une grande marque-parapluie. Il n’a pas non plus les moyens d’insérer des coupons dans le Publisac.
Avec cette seule petite phrase, il réussit à recueillir les retombées d’une campagne de promotion par coupons sans avoir investi un seul dollar. Chaque client qui lui réclame le 2 $ de Daoust lui coûte 2 $ en tout et pour tout, tandis que le coût d’acquisition du même client sera presque le double pour la bande à Daoust, qui a dû payer un designer, un imprimeur, un service de placement média et un distributeur pour ses coupons. Nous acceptons les coupons de la compétition… Bordel, c’est si génial qu’on se demande si c’est légal.
Je ne suis pas un pro du marketing, mais il me semble que cette stratégie de détournement (au sens de hijack, vraiment) peut servir à n’importe quelle entreprise qui 1) se trouve en position minoritaire et fragile sur son marché, et qui 2) a plus d’intérêt à vendre rapidement son produit qu’à bâtir/maintenir une marque.
Cette description vous fait penser à quelqu’un ?
Moi, ça me fait penser à Microsoft. Ça fait des mois qu’ils font des pieds et des mains pour battre iTunes et le iPod. Au début ils se sont alliés avec tous les baladeurs non-Apple pour imposer le Windows Media Player. Maintenant ils sortent carrément leur propre baladeur, le Zune. Tout cela est intégré, avec la Xbox360 et le prochain Windows Vista, à leur nouvelle stratégie post-Bill Gates, « Windows Live ».
Windows Live semble destiné à regrouper tous les projets « me-too » que Microsoft tente d’imposer face à l’émergence de YouTube, Google ou MySpace. Eh bien moi je dis que ça ne marchera pas. Tout cela est trop ambitieux.
Le Microsoft d’il y a dix ans n’aurait fait qu’une bouchée de ces blancs-becs qui lui piquent des revenus publicitaires et des licences logicielles. Mais le Microsoft d’aujourd’hui doit baisser ses critères et viser l’efficacité et la rapidité, plutôt que de perdre de précieux mois à deviser des méga-stratégies horizontales et tout en s’épuisant à préparer un nouveau Windows dont personne n’a besoin (et que personne ne verra jamais si ça continue).
Et surtout, le Microsoft d’aujourd’hui doit cesser de garder jalousement ses API et d’empêcher les appareils et logiciels des autres de fonctionner sur ses plateformes (vous savez, quand vous essayez de lancer un PDF ou un QuickTime, ou de brancher un iPod sur Windows ? Ils le font exprès, c’est pas possible !). MS n’a plus la stature nécessaire pour imposer ses standards ; son acharnement dans ce domaine devient aussi ridicule que celui de Sony. Bref…
MICROSOFT DOIT FAIRE UN LAFORTUNE DE LUI-MÊME.
Lafortune accepte les coupons de la compétition ? Microsoft devrait accepter les baladeurs de la compétition. That’s it. Vous voulez brancher un iPod sur le Windows Media Player ? Aucun problème, tenez, on affichera même un beau logo d’Apple si ça peut vous faire plaisir. En autant que vous cessiez d’utiliser iTunes, on est prêts à tout pour vous faire sentir chez vous, amis iPodeurs, dans Windows Media Player.
Le iPod ne rapporte pas vraiment de bénéfices à Apple. C’est la boutique iTunes qui lui rapporte le gros de sa marge. Si Microsoft acceptait les iPods à bras ouverts dans ses systèmes, de la Xbox à Windows, il aurait vraiment la capacité de faire mal à Apple.
Seulement voilà : avant de se rabaisser à ça, Microsoft doit faire oeuvre d’humilité et abandonner son arrogance. Sans parler de ses projets de domination pharaoniques qui sont voués à l’échec, et donnent tout son sens à l’expression « se reposer sur ses lauriers ». Pas besoin d’être un insider des coulisses de l’industrie pour comprendre que Microsoft a perdu de sa superbe. Elle est arrivée au point où personne ne serait surpris si elle se prenait la même raclée qu’elle a mis à IBM dans sa jeunesse, alors que celui-ci paraissait indétrônable. Microsoft n’a plus besoin d’un Bill Gates. Microsoft a besoin d’un Bill Lafortune.
J’étais invité samedi à parler des « sites Web citoyens » au congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. J’avais trois co-panélistes : mon collègue Michel Dumais, le communico-sociologue Serge Proulx de l’UQÀM, et Olivier Niquet qui publie Centpapiers.com.
J’ai reçu plein de gentils courriels quand mon article « Qui sont les Wikipédiens? » a paru dans La Presse en août. À compter de ce matin, je m’attends à recevoir un paquet d’injures des mêmes personnes, puisque je viens de publier un dossier expliquant pourquoi l’encyclopédie Wikipedia est vouée à ne jamais dépasser « le niveau intellectuel d’un bon élève du secondaire, sans plus ». Featuring Jimmy Wales et Larry Sanger en entrevue. Voici les liens :
AVOIR L’AIR FOU COMME UN GAMER
L’INCROYABLE ENCHÈRE DE LA SEMAINE
MySpace est le cinquième site Web le plus visité au monde, et 