27 novembre 2007
Catégorie : Rédaction
Clients : ,

Combinaisons de castors


J’ai rédigé un micro-site destiné à commander en ligne des forfaits de services Bell.

Cliquez pour voirCréé par Fjord d’après l’initiative de Blitz, ce site était en fait un projet-pilote pour tester de nouvelles façons de s’abonner en ligne.

Un des défis était d’arranger les scénarios de navigation en fonction des choix de l’internaute, sachant que les différents produits de Bell sont incompatibles avec d’autres, etc.


29 octobre 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Henry Jenkins, théoricien du gaming


ENTREVUE – «Les jeux vidéo seront la contribution des Américains au 21e siècle.»

Cette entrevue a été publiée le 22 janvier 2004 dans La Presse.

Capables de nous plonger dans des mondes de plus en plus réalistes, les jeux vidéo sont devenus un marché énorme qui rivalisera bientôt avec le cinéma. Ils accélèrent la course à la puissance informatique, et redéfinissent les médias de demain. Et ils ont maintenant leur prophète.

Directeur du programme de médias comparés au MIT, auteur de nombreuses publications, Henry Jenkins pense que les jeux vidéo seront une forme d’art majeure au 21e siècle, et qu’ils pourront remplacer les profs à l’école. Entrevue avec un joueur très sérieux.

On connaît la littérature comparée, mais qu’est-ce que les « médias comparés »?

Nous avons créé ce programme au MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour refléter la convergence des médias. On voulait un endroit où les étudiants puissent faire le pont entre différents champs d’études des communications. Les sciences humaines doivent aussi être une science appliquée. Ce que nous savons sur la société et la culture doit influencer ce que nous décidons pour le monde réel. Alors j’ai des étudiants chez Procter & Gamble au Népal, dans l’industrie du jeu vidéo à Hollywood, dans la pub sur Madison Avenue, dans le journalisme…

On vous présente souvent comme un expert en jeux vidéo dans les médias américains. Pourquoi vous?

C’est la tuerie de Columbine qui a précipité les choses. J’avais écrit un livre, From Barbie to Mortal Kombat, sur les différences sexuelles face aux jeux vidéo violents. On m’a appelé pour témoigner devant le Congrès. Je me suis retrouvé dans une grande salle vide avec un sénateur qui me posait des questions, mais le texte que j’avais écrit s’est promené, et ça m’a fait connaître. Le public a une faim énorme d’informations sur ce nouveau médium; mais il n’y a pas que moi qui a des choses à dire sur le sujet.

Les jeux vidéo sont une forme d’art?

Absolument, et ce n’est que le début. En 1924, Gilbert Seldes a dit que les Américains contribueraient culturellement au 20e siècle par les music-halls, le cinéma, la musique jazz et les bandes dessinées. Personne ne voulait le croire, mais aujourd’hui, on sait qu’il avait raison. On peut donc penser que les jeux vidéo seront notre contribution au 21e siècle. Les gens qui créent les jeux commencent tout juste à réfléchir sur leur métier et leurs principes de design, et ça ressemble aux premières réflexions sur le cinéma dans les années 20. C’est une nouvelle forme d’art qui commence à prendre ses responsabilités. Un juge fédéral a déclaré récemment que les jeux ne véhiculaient pas d’idées; au contraire, ils ont commencé à prendre cette fonction très au sérieux, et on va le voir dans les années à venir.

Et quelles sont les tendances de ce nouvel art?

J’en vois trois. D’abord, la violence signifiante (meaningful violence). Les jeux vont commencer à explorer les conséquences de la violence. Dans Grand Theft Auto, autant de choix de comportements s’offrent à vous que dans une vraie ville, mais ils ont des conséquences. Ensuite, il y a la réalité réincarnée (embodied reality). Il s’agira de vous déplacer de l’écran au monde réel, avec différents outils qui réagissent à vos mouvements et votre environnement. Pour l’instant, il s’agit juste de scratcher un disque ou de faire des pas de danse, mais ça va aller plus loin que ça. La troisième tendance, ce sera la narration transversale (transmedia storytelling). Un film et un jeu feront partie de la même structure narrative. Par exemple, la série des Matrix n’est pas complète à l’écran; les jeux vidéo du même nom contiennent une partie indispensable de l’histoire. Les critiques de cinéma ne l’ont pas compris. C’était un gros risque, surtout qu’ils n’ont pas insisté là-dessus dans leur promotion. Je ne sais pas ce que Hollywood va conclure de l’expérience: si ça ne peut pas marcher, ou si c’était juste mal exécuté dans ce cas. Mais l’idée va rester.

Comment les actions militaires américaines se traduisent-elles dans les jeux?

Le public est horrifié par l’idée de jouer à la guerre en Irak. Notre culture n’est pas encore prête à accepter les jeux comme un médium qui puisse traiter de l’actualité. On voit des jeux patriotiques va-t-en-guerre, d’autres produits par l’armée elle-même, et d’autres qui sont contre la guerre. Dans September 12, pour chaque terroriste que vous tuez, d’autres apparaissent. C’est un petit jeu amateur diffusé sur le Web, mais il pose un discours intéressant sur l’actualité. Dans Command & Conquer: Generals, une grosse production sortie l’an dernier, ils ne savaient pas comment traiter la question du terrorisme. Est-ce qu’on doit rendre ça amusant de tuer des Américains? Est-ce qu’on doit présenter la victoire du joueur terroriste comme un succès? Ils ont choisi une sorte d’ironie qui nous montre que les terroristes ne sont pas un pays, mais un mouvement plus complexe. C’est le premier jeu à avoir présenté cette complexité au public.

Selon vous, les jeux peuvent jouer un rôle dans l’éducation scolaire?

Tous les jeunes qui arrivent au MIT ont déjà joué à des jeux vidéos. Partout dans le monde, c’est un médium universel. Et les étudiants le préfèrent à tout autre médium, plus que la télé, les films ou les livres. C’est le médium de la nouvelle génération. C’est donc une formidable occasion detransmettre la connaissance.

Des exemples pour convaincre les parents qui nous lisent?

J’ai monté un groupe de recherche pour créer des prototypes. On en a fait un pour les sciences physiques: vous naviguez dans un labyrinthe en plaçant des charges électromagnétiques pour attirer ou repousser des véhicules. En jouant, vous développez la logique que le professeur veut vous apprendre. On en a fait un autre en environnement: avec des ordinateurs de poche équipés d’un GPS, vous parcourez un bâtiment et les missions s’activent. Si vous découvrez une fuite toxique dans un mur, il faut interroger des personnages, amasser des données fictives, incluant tous les aspects financiers et scientifiques.

Parlons de la violence dans les jeux vidéo. Le débat sur la violence à la télévision existe depuis des décennies. Quelle est la différence?

La télévision n’est pas devenue moins violente, mais les jeux vidéo sont devenus plus visibles dans la société. Alors on ressort les mêmes arguments que pour la télévision autrefois, et pour Shakespeare avant elle. On lutte pour comprendre la place de la fiction dans nos vies, qu’il s’agisse de films, de livres ou de jeux. On y ressent des émotions vraies à partir de comportements imaginaires; c’est l’essence de l’art, mais ça fait peur à certains. Est-ce que la fiction nous fait perdre le sens des réalités, ou est-ce qu’elle nous aide à comprendre le monde réel? Des tonnes d’études ont cherché une réponse à cette question, sans jamais la trouver. La plupart concluent que ceux qui consomment beaucoup de violence ont une attitude violente, mais sans vraiment trouver une corrélation. C’est l’oeuf et la poule; on vit dans une société violente, et on consomme des médias violents: lequel vient avant l’autre? On a toujours vu ces deux réalités coexister, et on a toujours posé cette question. Ce n’est pas une nouvelle étude qui va pouvoir y répondre. Chaque fois que j’ai été invité à en parler dans un talk-show, le débat était polarisé de manière à ce qu’on se tape les uns sur les autres. Je suis fatigué de ce jeu-là. En tout cas, aucun jeu ne changera un enfant paisible en un enfant violent. Ça, j’en suis sûr.

La classification imprimée sur les boîtes est-elle utile aux parents?

La classification ESRB est basée sur un système de valeurs, comme la profanation, la nudité ou la violence. Mais si votre souci est la représentation des femmes ou des minorités ethniques dans un jeu, la classification ne vous donnera rien. Elle est utile pour le caissier de Wal-Mart qui doit savoir à qui refuser un produit, mais pour les parents, ce n’est pas constructif. Une lettre sur une boîte, ce n’est pas suffisant pour que je sache quoi acheter à mon enfant. Il faudrait que je sache ce qu’il y a dans le jeu, pas juste la quantité de nudité partielle ou de violence faite à des animaux. Il serait mieux d’avoir un espace public où les parents pourraient échanger leurs appréciations sur chaque jeu. Les discussions entre consommateurs sont bien plus efficaces que des lettres. C’est comme si un prof donnait une note à un étudiant sans aucun commentaire. Les commentaires sont bien plus importants que la note.

Qu’en est-il de l’influence des jeux sur nos perceptions sociales? Par exemple, les Arabes y ont souvent le mauvais rôle maintenant.

La force des médias pour construire nos idées est différente selon qu’on vit dans la ségrégation ou le multiculturalisme. Si je connais mes concitoyens et que je les respecte, aucune représentation médiatique ne me fera changer d’avis. Mais si je vis déjà dans les suspicions et les divisions sociales, alors les médias me renforceront négativement. Il ne faut pas que les médias deviennent la seule façon dont on perçoit les autres. Quand on brise les barrières entre les communautés, les gens sont moins racistes. Les médias sont moins convaincants que la réalité que l’on voit.

Nommez un défaut majeur des jeux vidéo- à part la procrastination?

Celui de banaliser la violence. Non pas en la causant, mais en ne disant rien sur elle. Cela ruine leur potentiel en tant que média. C’est pour ça que je parlais de violence signifiante. Banaliser la violence, ça rend juste les jeux moins intéressants à jouer, parce que l’humain a besoin que la mort signifie quelque chose. Les jeux pourraient faire mieux à ce niveau; ils n’ont pas encore pris leur pleine responsabilité en tant qu’artistes.

—-
Can’t get enough of Henry Jenkins?
Don’t miss his EXCELLENT talk at SXSW 2007
—> Click here to hear it (MP3, English, appx. 1 hour).


4 octobre 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Les sites gouvernementaux menacés


J’ai fait la Une de La Presse avec une enquête exclusive sur les vulnérabilités des sites Web des gouvernements fédéral et provincial.

justice-gc-ca.jpgPas grand monde dans ces institutions semblait prendre la menace vraiment au sérieux, surtout au provincial. Faut dire que c’est complexe, ces histoires-là. Espérons que mon histoire mettra de la clarté dans ce sujet. J’ai bien sûr évité de diffuser les adresses des sites en question, et je ne les diffuserai pas non plus ici.

>> Sécurité internet : des ministères vulnérables
>> Des « indices » utiles aux pirates

J’ai réalisé cette enquête grâce à l’aide de Marek Roy, de chez Sekcore à Québec.


8 mai 2007
Catégorie : Contenu

A Conversation with Aza Raskin


ENTREVUE – Aza Raskin est le fils du créateur du Mac, Jeff Raskin, qui a passé sa vie à militer pour l’humanisation des interfaces (notamment dans son livre The Humane Interface).

Tel père, tel fils. Aza poursuit son oeuvre avec brio au sein du Raskin Center et de sa compagnie Humanized, basée à Chicago. Je l’ai rencontré à South by Southwest en mars, alors qu’il présentait son concept d’interface « desktop-killer », le Zoom (voir le démo en Flash ici / voir mes explications dans cet autre post).

Nous avons eu la conversation suivante au téléphone la semaine dernière, dans le cadre de mes recherches sur l’inutile complexité des cellulaires.

Every time I borrow a phone I don’t know from a friend, it can take me several minutes to understand where I have to enter the phone number. Why are cell phone interfaces still so complex in 2007?

The problem of innovation in the field is due to the politics of design. I did some work with a manufacturer doing a new cell phone, and you have 6 months to prototype and get the product out to market, which doesn’t give you too much time. And they often have to bow to service providers. We get this thing called feature-creep, with lots of functions most people don’t even use or know exist. It’s a big part of why it’s the way it is.

How could we fix cell phones once and for all?

There are two routes to go. There is a huge field entirely untapped to make a really simple phone. I’m thinking of a phone I’ve got hired to develop : I first pitched the idea of a phone with huge text, a phone book, a big screen, and that’s it. Something so simple that anybody can use it. A slider interface, you just pick it up and go. They didn’t like it at all. They didn’t think it would sell.

If you look at the elderly or people who just need a phone, I think there’s a huge market unexplored, which is a nice counterpoint to horribly complex phones that exist just now. The phones are becoming full of functionalities and complex interfaces.

Where do you think cell phones should go in the future? We don’t want to sacrifice functionality to simplicity. How could we find the balance?

There’s work to be done on the interface. Pointing anything on the phone is really difficult; touch screens disrupts the screen and don’t work very well. If you take the Zoom concept, it can be the size of a cell phone and it works. It could be associated with gaze tracking technologies. You can just say to a person, that’s where you need to go, and the rest is self-explanatory.

img_3829.JPGDid you create the Zoom interface?

I’d like to say I came up with it, but actually it’s a concept that’s been around for a long time. My father talked a little bit about it in its book, and other people.

Are phone manufacturers open to the idea?

The people who make the cell phones really like adding features, which really complicate the whole interface. The problem is that they started by compressing the window of a computer, taking the same paradigm into the small screen of a cell phone when there’s much better ways to do.

I’ve tried to propose the Zoom paradigm, but it has a lot of difficulties because it’s different. It’s hard to convince phone coimpanies to do something radically different, because they’re afraid there’s no market for easier-to-use phones, as opposed to phones with mp3, cameras and so on. I think more is less. Make it enjoyable to use first, because that’s what captures people imagination and loyalty.

Where are these gaze-tracking technologies you mentioned?

Gaze-catching tools don’t exist yet for phones but they could exist right now in the form of little cameras that can track your eyes. They’re like thousands of dollars but some people are trying to break it down.

Are these tools going to be reliable? Or will they end up like predictive text and speech recognition?

The first person who’s gonna make that technology reliable, that’s where you should invest your money. It’s not there yet but it’s technically feasible. It’s gonna be a huge thing when it’s ready. I guess it’s gonna come first on videogames, where you won’t even have to use a controller anymore. You’ll just look. I got to play with a gaze tracker associated to the Zoom concept when I was in Denmark, and I never felt anything better.

I think there are two major problems with cell phones: one is typing (entering text is difficult, keyboard is too small, predictive text is horrible), and the second problem is moving around. I’m looking forward for the solution to that. There is currently and analog device that is waiting to be used on every cell phone, and that’s the camera. Imagine that you move around Google Maps by moving your camera up or down.

I think in the short term future navigation around the web is gonna be easier by simply moving the phone. Imagine if the phone was like a Nintendo Wii controller. If you move your phone up, you essentially move the screen with you. The camera could be used to track movement.

It could be another tool than the camera; how you do it doesn’t really matter as much as the importance of having this kind of technology around to help with the small screen / small buttons problem. When you solve those two problems of typing and moving around, cells are gonna be a lot nicer to use.


11 avril 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Alamogordo: Le tombeau d’Atari


img_4123.JPGEn septembre 1983, l’éditeur de jeux vidéos Atari à enfoui dans la décharge municipale d’Alamogordo, aujourd’hui désaffectée, des millions de cartouches de jeu et de consoles provenant de son entrepôt d’El Paso. Un article et une photo du Alamogordo Daily News ont immortalisé l’opération qui, selon le quotidien, a mobilisé entre huit et vingt camions.

Parmi les jeux jetés, on trouvait le très médiocre « E.T. », produit à 6 millions d’exemplaires. Son échec fut le coup de grâce qui a précipité ce qu’on a appelé « Le Grand Krach des jeux vidéos de 1983 ». Le marché n’allait renaitre de ses cendres qu’avec Nintendo à la fin de la décennie. Pendant un temps, on a cru que les jeux vidéos n’avaient été qu’une mode.

img_4129.JPGNous avons retrouvé l’entrée de ce terrain, dont le panneau d’entrée à moitié déchiré est masqué par un cactus. Sous une bute à 200 mètres à gauche de l’entrée, où gisent une série de bennes rouillées, reposent présumément les derniers restes de l’âge des arcades.

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Alamogordo: Le brûleur de livres


img_4184.JPGPlus haut sur la rue à flanc de montagne, un passant nous avait mis en garde : « regardez bien les drapeaux quand vous arriverez. »

En effet, c’est étrange. Sur le parvis de la Christ Community Church flottent les drapeaux des États-Unis, du Nouveau-Mexique, de la Chrétienté américaine, et de… l’État d’Israël. Dans le stationnement de l’église, une vingtaine d’autos portent l’autocollant de la base aérienne d’Holloman.

Il y a dix ans, Jack Brock ne prêchait qu’à une poignée de fidèles réunis au Holiday Inn. De fil en aiguille, il a bâti cette grande église qui compte environ 500 membres, ainsi qu’une école qui enseigne de la maternelle au collège. L’église n’est liée à aucune dénomination religieuse. L’école, elle, est reconnue par le gouvernement. Mais on n’y lit pas souvent Harry Potter.

img_4178.JPGEn 2002, le pasteur Brock a créé la manchette autour du monde en organisant un bûcher d’ouvrages « immoraux » devant son église. Parmi les magazines pornographiques et les « ouvrages de sorcellerie », on a vu partir en flammes quelques ouvrages de J.K. Rowling.

« Les médias ont fait ressembler notre cérémonie à un bûcher comme ceux d’Adolf Hitler. C’est ridicule », se défend le pasteur. « J’ai simplement invité les paroissiens à nettoyer leurs maisons en brûlant la littérature qu’ils considéraient mauvaise et immorale, et certains ont amené des livres de Harry Potter. Je leur avais dit que c’était de la sorcellerie. »

Harry Potter fait de la sorcellerie, ça ne fait aucun doute. Mais n’est-ce pas de la fiction ? « Les enfants ont du mal à discerner la fiction de la réalité, depuis toujours. Superman, c’est un bon gars, mais Harry Potter va dans une école de sorciers. Je ne crois pas que j’enverrais mes enfants dans cette école. J.K. Rowling a admis elle-même qu’elle avait trouvé un tiers de ses références dans des livres de sorcellerie. J’ai vu des cas d’enfants qui s’habillaient en Harry Potter et montraient des problèmes émotionnels », dit M. Brock sans préciser la nature de ces problèmes, malgré nos questions répétées.

img_4168.JPGDans la ville, le bûcher a causé tout un émoi. Des manifestants s’étaient groupés de l’autre côté de la rue. Bette Berry, professeure de mathématiques qui habite non loin de là, a observé la scène. Elle en rit encore. « Il y avait des policiers prêts à intervenir, cachés dans les rues alentour, et des médias du monde entier. Mais c’était un tout petit feu ridicule ! », s’exclame-t-elle en avançant les bras pour nous en donner une idée.

« Les gens de cette église sont très gentils. C’est juste bizarre qu’ils aient fait ça. À l’église baptiste, à deux rues d’ici, ils ont offert des livres de Harry Potter aux enfants pour Noël. »

« J’imagine que ça allait à l’encontre de leurs convictions », pense Nick Snyder, 23 ans, qui travaille dans un restaurant de la rue principale. « C’était une idée de fous, mais si ça peut les aider à passer par-dessus des épreuves, je peux comprendre. »

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Alamogordo: Le cauchemar des serpents


img_4191.JPGOn se demandait ce qu’il mâchouillait depuis tantôt. Il vient de le cracher dans un seau à nos pieds ; du tabac, on dirait à la couleur. C’est peut-être de là aussi que vient la tâche sur son chandail. Mais il peut y aller, ça ne salira pas plus la place.

Improvisée sous un toit de tôle au milieu de sa « cour à scrap », la boutique de surplus militaire de Tom Moore n’a pas l’air d’avoir été nettoyée depuis qu’il l’a ouvert en 1981. La seule chose qui nous rattache au présent, c’est la radio de la police dans le haut-parleur au-dessus de nos têtes.

« Si j’entends un suspect du nom de Larry Moore, je saurai que mon fils a fait des bêtises », plaisante l’homme de 64 ans. Lui en fait, en tout cas. Il y a cinq ans, tout ce que la région compte d’agents est descendu sur sa propriété. « Ils ont amené un hélicoptère et un avion. Ils pensaient que je vendais des armes automatiques à d’autres pays. Ça m’a coûté beaucoup de temps et d’argent pour rien. Il n’y a même pas eu de procès. Une gang d’enfants de ch…, si vous voulez mon avis. »

img_3958.JPGTom Moore ne doit pas seulement sa célébrité à cette descente de police spectaculaire, mais aussi à sa collection de serpents à sonnette. Devant sa boutique, un trou a été creusé pour en accueillir une cinquantaine. Pour 25 cents, Tom vous donne une baloune que vous pouvez jeter dans le trou. Les serpents mordront dedans. Ça ne manque jamais.

Depuis vingt ans, Tom organisait le « rodéo des serpents à sonnette » (rattlesnake roundup) durant la foire agricole d’Alamogordo, au mois d’avril. Cette année, elle n’aura pas lieu, faute de rentabilité. « Ça a eu beaucoup de succès les premières années. On a reçu jusqu’à 5000 spectateurs de tout le pays », raconte-t-il.

img_3955.JPGEt ça consiste en quoi ? « Les gars de la région réunissent tous les serpents qu’ils ont capturé dans un grand cercle. On donne des prix pour le plus long et le plus pesant. Je leur achète le reste à la livre, pour revendre la peau. Ensuite, on fait un spectacle pour les gens, en leur expliquant comment manipuler les serpents. Larry leur montre qu’il peut entrer dans un sac de couchage avec vingt ou trente serpents, et ressortir sans se faire mordre. Il fait ce tour depuis qu’il était tout petit. »

Le « rodéo » de Tom a souvent été critiqué pour la violence faite à ces animaux. Des centaines y étaient tués chaque année – certains pour finir sur le barbecue. « J’ai eu souvent des manifestants sur ma propriété », soupire-t-il. « Je leur souhaite la bienvenue, ils ont droit à leur point de vue. Il n’empêche que personne n’aime voir des serpents autour de sa maison. »

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Alamogordo: Le dresseur d’astrosinges


img_4002.JPG« Quel âge aviez-vous sur cette photo ? » Edward Dittner prend une pause pour y penser. « C’était il y a très longtemps », répond finalement l’homme de 88 ans, sa voix affaiblie par le manque de souffle. « Les deux autres gars sur la photo sont morts. »

Nous sommes debouts devant un panneau pédagogique du Musée d’histoire spatiale d’Alamogordo, qui raconte l’histoire de Ham, le « premier astrosinge du monde ». Il est enterré dehors, devant l’entrée de ce bâtiment à flanc de montagne, d’où il surplombe la ville pour l’éternité.

Edward Dittner était son entraîneur. Il travaillait à la base militaire voisine, dans le cadre du programme Mercury de la toute jeune NASA. Après quelques années, celle-ci a quitté la région. La collection du petit musée s’arrête au milieu des années 60, avec les premiers vols habités par des hommes.

Ham, lui, n’était qu’un chimpanzee, mais il fut le premier animal évolué à admirer la planète d’en haut.

img_3996.JPG« Il n’a pas été lancé dans l’espace comme ça. On l’a entrainé pendant 19 mois. On le plaçait d’abord cinq minutes par jour dans une chaise, pour qu’il s’habitue à rester assis. À la fin, il pouvait y rester indéfiniment », raconte Edward Dittner, qui a accompagné Ham jusqu’au décollage, à Cape Carnaveral.

Relax, l’astrosinge au décollage ? « Ça n’allait pas trop mal. Le vol n’a duré que seize minutes. De mon côté, j’avais beaucoup d’appréhension, parce que c’était très expérimental. Quand il est revenu ici le lendemain, après que la marine l’a repêché dans l’océan, il a sauté dans mes bras et m’a donné un gros calin. »

« Je me sentais proche de lui, à force de le voir chaque jour. Il me connaissait plus que les autres. Il était très habitué à moi », se souvient M. Dittner.

Pendant le vol, Ham devait actionner en rythme deux leviers placés devant lui comme Edward l’avait habitué à faire sur Terre. Le but : savoir s’il était possible d’effectuer des tâches dans l’espace. Mission accomplie.

img_4007.JPGAprès Ham, son congénère Enos a effectué un tour d’orbite. Quatre autres astrosinges devaient partir, mais le programme a été écourté. Les Russes avaient pris trop d’avance ; il fallait passer à l’étape suivante. Ham a été transporté au zoo de Washington, avant de mourir en Floride en 1983, à l’âge de 27 ans. Sa dépouille a été ramenée à Alamogordo, où il a eu droit à une cérémonie funéraire en présence des vieux collègues.

M. Dittner a connu aussi les premiers astronautes qui s’entrainaient dans la région. « À l’époque, on devait se débrouiller avec peu, et on n’attirait pas vraiment l’attention du public. C’est curieux, mais on plus populaires maintenant que pendant que ça se passait. »

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Alamogordo: La marchande de cailloux radioactifs


img_4209.JPGAu bord de la route 380, parfaitement rectiligne à travers la plaine vide, apparaît une ferme surmontée d’un grand écriteau à la peinture rouge : Rock Shop. On y vend… des roches, exposées en tas entre les arbustes et les morceaux de ferraille. Mais le joyau de la boutique, c’est la « trinitite ».

« Vous voulez la voir ? D’accord, mais deux minutes », lâche la propriétaire des lieux, qui s’apprêtait à fermer. Elle entre dans la vieille remorque qui lui sert de bureau. Sur un grand carton est écrit « support the troops ». La radio AM parle de Jésus. Sur le comptoir, deux plaquettes exposent des cailloux à l’allure volcanique.

« La trinitite, c’est du sable qui a fondu et collé là où la bombe a explosé. Je les tiens du propriétaire précédent. C’est un crime d’en ramasser depuis 1975. » On veut toucher, mais la dame ne cache pas son impatience. « Vous en voulez ou pas ? 30 dollars le gramme. Chaque caillou pèse de 5 à 10 grammes. » Non merci, on est juste là pour faire un reportage. Bon, la dame accepte l’entrevue et la photo, mais vite.

Allison Nelson vit seule ici depuis 1995, quand elle a repris le Rock Shop. Deux amis maintenant décédés, William et Helen Riley, ont vu l’explosion.

img_4206.JPG« Quand William est sorti pour regarder, ses cheveux et sa barbe ont blanchi presque instantanément. Les poils de ses animaux ont aussi blanchi du côté qui faisait face à l’explosion. Peu après, des gens sont venus sur sa propriété, alors il est sorti avec son fusil pour savoir ce qu’ils voulaient. Ils ont dit qu’ils étaient de l’armée et qu’ils cherchaient des traces de radioactivité. William leur a dit qu’il n’avait qu’une petite radio et qu’elle était éteinte. »

Mme Nelson ne rit même pas de la chute de son histoire. On dirait qu’elle l’a trop racontée. William Riley a-t-il souffert par la suite ? « Personne n’a eu de problème à ma connaissance. Les vaches ont continué à donner du lait et à faire des petits. » Elle hésite, comme si elle cherchait d’autres exemples. Aucun ne lui vient en tête.

On pense aux histoires d’enfants déformés d’Hiroshima. Ici, la bombe a explosé en plein désert, mais était-ce encore trop près des habitants ?

« L’effet de la bombe sur leur santé est encore nébuleux », admet Dawn Santiago, qui tient le petit musée d’histoire d’Alamogordo, où on trouve des objets de l’époque de la conquête de l’Ouest. On y parle aussi de l’explosion, qui aurait brisé des vitres dans un rayon de 100 km. Mme Santiago raconte qu’une boutique de photo d’El Paso, à près de 200 km, a connu des retours de marchandise dans les semaines suivantes. Les films posés ce jour-là sur ses tablettes étaient déjà exposés.

Dans le guide qu’elle nous donne, publié par l’armée, on assure que la radiation à Trinity Site est anecdotique comparée à celle qu’un Américain moyen absorbe par année.

Le meilleur moyen de s’y exposer aujourd’hui, c’est de prendre la trinitite dans ses mains. Selon une analyse officielle, elle contient encore des éléments radioactifs comme le Cesium 137. Au moment d’écrire ces lignes, nous ne ressentons aucun effet notable…

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


22 février 2007
Catégorie : Contenu
Clients :

Gadgets barbus


Cliquez pour voir les résultats du banc d'essaiAujourd’hui, je publie dans La Presse un banc d’essai de gadgets hautement analogiques : les tondeuses à barbe.

« Pour les hommes d’aujourd’hui, la découverte de la tonte peut se comparer à ce que le feu représentait pour leurs ancêtres : un pas de plus vers la liberté, une chaîne de moins pour nous rattacher à notre épuisante condition humaine.

La tondeuse à barbe se trouve à mi-chemin entre le rasoir électrique, qui rase de près, et la tondeuse à cheveux, qui est trop délicate pour les poils de barbe. Elle permet de garder en tout temps une longueur de barbe exacte, allant d’un subtil tapis d’ombre (appelé aussi «barbe de deux jours») à une broussaille impénétrable. »

–> Lire la suite
–> Voir le tableau avec les résultats du test