Depuis que je couvre des sujets technologiques dans des médias grand-public, je dois toujours inventer de nouveaux termes pour m’assurer de ne pas abandonner les lecteurs néophytes.
Le plus souvent, il s’agit de termes anglais que je dois adapter moi-même, parce que rien n’a encore été proposé par l’Office de la langue française, Radio-Canada, ou la très-Française Marie-Eva de Villers. Parfois aussi, leurs propositions sont merdiques et kétaines (ai-je entendu « baladodiffusion » ?).
J’ai ainsi créé de toutes pièces une bonne douzaine de mots dont je suis plus ou moins fier, au fil des ans et au gré des nouvelles modes informatiques. La difficulté est de trouver des mots suffisamment spécifiques pour désigner le bon concept sans ambiguité, et suffisamment explicites pour ne pas endormir ou faire fuir le lecteur.
Je voulais vous citer des exemples, en fouillant dans mes archives, mais comme j’écris ce blogue bénévolement faut pas déconner, de toutes façons c’est pas de ça dont je veux vous parler aujourd’hui.
Ce dont je veux vous parler, c’est plutôt des subtilités que l’OLF traite comme des synonymes, ou pire encore, remplace sous un seul terme englobant. Rendu à un certain niveau de subtilité technologique, je suis laissé à moi-même. Je me suis donc imposé ma propre terminologie « de précision », dans l’espoir secret d’influencer mes confrères. En voici trois exemples :
- « Internet » et « Web », par exemple, ne sont pas la même chose. Je fais très attention à les distinguer, d’autant plus que cette distinction se reflète sur une autre : « adresse Web », « adresse courriel » et « adresse Internet ». J’adore ce dernier terme car il me permet de désigner les adresses IP sans utiliser l’acronyme IP. Les acronymes, ça fait peur et c’est lourd.
- « Téléchargement » est insuffisant. Si on parle d’ »upload » par exemple, l’OLF recommande « téléchargement vers le serveur » (Rrrrooonnn… Zzzzzz…). Mon conseil : utiliser « placer » ou « ajouter ». « Placer les fichiers sur le site » ; « ajoutés sur le serveur » ; etc.
- « Pirate » est non seulement insuffisant mais crée un amalgame injuste entre « hackers » et « crackers », ou entre « hackers » et « black-hat hackers ». Pour souligner l’aspect inoffensif et gentil des premiers, j’utilise « bidouilleur » qui est kétaine à dessein. Les « pirates », ce sont les méchants.
FAIT AMUSANT SANS AUCUN RAPPORT
Fait amusant : le dictionnaire Termium du Ministère des travaux publics du Canada est environ dix fois plus riche en quantité, en précision et en définitions que celui de l’OLF.
Quand on sait que ces références en ligne sont utilisées par les traducteurs dans toutes sortes de publications, de l’article de journal à l’emballage de produits, une conclusion s’impose : sur le Web, le gouvernement du Canada oeuvre davantage à la promotion du français que celui du Québec. Ironique, quand on voit son échec sur d’autres fronts du bilinguisme hors-Québec (douanes, aéroports, parcs nationaux…).
Cela dit, il faut reconnaitre que l’OLF sort quelques merveilles de temps à autre, comme les « courriels » et « pourriels » par exemple. C’est dans les substantifs, destinés à remplacer des mots anglais en « -ing », qu’ils ont le plus de misère. « Pollupostage », par exemple, est bien trop long et tiré par les cheveux pour remplacer « spam ». Parce que le mot « spam » est bien trop cool – heu, je veux dire, « refroidissant ».