11 avril 2007
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Alamogordo: Le tombeau d’Atari


img_4123.JPGEn septembre 1983, l’éditeur de jeux vidéos Atari à enfoui dans la décharge municipale d’Alamogordo, aujourd’hui désaffectée, des millions de cartouches de jeu et de consoles provenant de son entrepôt d’El Paso. Un article et une photo du Alamogordo Daily News ont immortalisé l’opération qui, selon le quotidien, a mobilisé entre huit et vingt camions.

Parmi les jeux jetés, on trouvait le très médiocre « E.T. », produit à 6 millions d’exemplaires. Son échec fut le coup de grâce qui a précipité ce qu’on a appelé « Le Grand Krach des jeux vidéos de 1983 ». Le marché n’allait renaitre de ses cendres qu’avec Nintendo à la fin de la décennie. Pendant un temps, on a cru que les jeux vidéos n’avaient été qu’une mode.

img_4129.JPGNous avons retrouvé l’entrée de ce terrain, dont le panneau d’entrée à moitié déchiré est masqué par un cactus. Sous une bute à 200 mètres à gauche de l’entrée, où gisent une série de bennes rouillées, reposent présumément les derniers restes de l’âge des arcades.

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
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Alamogordo: Le brûleur de livres


img_4184.JPGPlus haut sur la rue à flanc de montagne, un passant nous avait mis en garde : « regardez bien les drapeaux quand vous arriverez. »

En effet, c’est étrange. Sur le parvis de la Christ Community Church flottent les drapeaux des États-Unis, du Nouveau-Mexique, de la Chrétienté américaine, et de… l’État d’Israël. Dans le stationnement de l’église, une vingtaine d’autos portent l’autocollant de la base aérienne d’Holloman.

Il y a dix ans, Jack Brock ne prêchait qu’à une poignée de fidèles réunis au Holiday Inn. De fil en aiguille, il a bâti cette grande église qui compte environ 500 membres, ainsi qu’une école qui enseigne de la maternelle au collège. L’église n’est liée à aucune dénomination religieuse. L’école, elle, est reconnue par le gouvernement. Mais on n’y lit pas souvent Harry Potter.

img_4178.JPGEn 2002, le pasteur Brock a créé la manchette autour du monde en organisant un bûcher d’ouvrages « immoraux » devant son église. Parmi les magazines pornographiques et les « ouvrages de sorcellerie », on a vu partir en flammes quelques ouvrages de J.K. Rowling.

« Les médias ont fait ressembler notre cérémonie à un bûcher comme ceux d’Adolf Hitler. C’est ridicule », se défend le pasteur. « J’ai simplement invité les paroissiens à nettoyer leurs maisons en brûlant la littérature qu’ils considéraient mauvaise et immorale, et certains ont amené des livres de Harry Potter. Je leur avais dit que c’était de la sorcellerie. »

Harry Potter fait de la sorcellerie, ça ne fait aucun doute. Mais n’est-ce pas de la fiction ? « Les enfants ont du mal à discerner la fiction de la réalité, depuis toujours. Superman, c’est un bon gars, mais Harry Potter va dans une école de sorciers. Je ne crois pas que j’enverrais mes enfants dans cette école. J.K. Rowling a admis elle-même qu’elle avait trouvé un tiers de ses références dans des livres de sorcellerie. J’ai vu des cas d’enfants qui s’habillaient en Harry Potter et montraient des problèmes émotionnels », dit M. Brock sans préciser la nature de ces problèmes, malgré nos questions répétées.

img_4168.JPGDans la ville, le bûcher a causé tout un émoi. Des manifestants s’étaient groupés de l’autre côté de la rue. Bette Berry, professeure de mathématiques qui habite non loin de là, a observé la scène. Elle en rit encore. « Il y avait des policiers prêts à intervenir, cachés dans les rues alentour, et des médias du monde entier. Mais c’était un tout petit feu ridicule ! », s’exclame-t-elle en avançant les bras pour nous en donner une idée.

« Les gens de cette église sont très gentils. C’est juste bizarre qu’ils aient fait ça. À l’église baptiste, à deux rues d’ici, ils ont offert des livres de Harry Potter aux enfants pour Noël. »

« J’imagine que ça allait à l’encontre de leurs convictions », pense Nick Snyder, 23 ans, qui travaille dans un restaurant de la rue principale. « C’était une idée de fous, mais si ça peut les aider à passer par-dessus des épreuves, je peux comprendre. »

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11 avril 2007
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Alamogordo: Le cauchemar des serpents


img_4191.JPGOn se demandait ce qu’il mâchouillait depuis tantôt. Il vient de le cracher dans un seau à nos pieds ; du tabac, on dirait à la couleur. C’est peut-être de là aussi que vient la tâche sur son chandail. Mais il peut y aller, ça ne salira pas plus la place.

Improvisée sous un toit de tôle au milieu de sa « cour à scrap », la boutique de surplus militaire de Tom Moore n’a pas l’air d’avoir été nettoyée depuis qu’il l’a ouvert en 1981. La seule chose qui nous rattache au présent, c’est la radio de la police dans le haut-parleur au-dessus de nos têtes.

« Si j’entends un suspect du nom de Larry Moore, je saurai que mon fils a fait des bêtises », plaisante l’homme de 64 ans. Lui en fait, en tout cas. Il y a cinq ans, tout ce que la région compte d’agents est descendu sur sa propriété. « Ils ont amené un hélicoptère et un avion. Ils pensaient que je vendais des armes automatiques à d’autres pays. Ça m’a coûté beaucoup de temps et d’argent pour rien. Il n’y a même pas eu de procès. Une gang d’enfants de ch…, si vous voulez mon avis. »

img_3958.JPGTom Moore ne doit pas seulement sa célébrité à cette descente de police spectaculaire, mais aussi à sa collection de serpents à sonnette. Devant sa boutique, un trou a été creusé pour en accueillir une cinquantaine. Pour 25 cents, Tom vous donne une baloune que vous pouvez jeter dans le trou. Les serpents mordront dedans. Ça ne manque jamais.

Depuis vingt ans, Tom organisait le « rodéo des serpents à sonnette » (rattlesnake roundup) durant la foire agricole d’Alamogordo, au mois d’avril. Cette année, elle n’aura pas lieu, faute de rentabilité. « Ça a eu beaucoup de succès les premières années. On a reçu jusqu’à 5000 spectateurs de tout le pays », raconte-t-il.

img_3955.JPGEt ça consiste en quoi ? « Les gars de la région réunissent tous les serpents qu’ils ont capturé dans un grand cercle. On donne des prix pour le plus long et le plus pesant. Je leur achète le reste à la livre, pour revendre la peau. Ensuite, on fait un spectacle pour les gens, en leur expliquant comment manipuler les serpents. Larry leur montre qu’il peut entrer dans un sac de couchage avec vingt ou trente serpents, et ressortir sans se faire mordre. Il fait ce tour depuis qu’il était tout petit. »

Le « rodéo » de Tom a souvent été critiqué pour la violence faite à ces animaux. Des centaines y étaient tués chaque année – certains pour finir sur le barbecue. « J’ai eu souvent des manifestants sur ma propriété », soupire-t-il. « Je leur souhaite la bienvenue, ils ont droit à leur point de vue. Il n’empêche que personne n’aime voir des serpents autour de sa maison. »

Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.


11 avril 2007
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Alamogordo: Le dresseur d’astrosinges


img_4002.JPG« Quel âge aviez-vous sur cette photo ? » Edward Dittner prend une pause pour y penser. « C’était il y a très longtemps », répond finalement l’homme de 88 ans, sa voix affaiblie par le manque de souffle. « Les deux autres gars sur la photo sont morts. »

Nous sommes debouts devant un panneau pédagogique du Musée d’histoire spatiale d’Alamogordo, qui raconte l’histoire de Ham, le « premier astrosinge du monde ». Il est enterré dehors, devant l’entrée de ce bâtiment à flanc de montagne, d’où il surplombe la ville pour l’éternité.

Edward Dittner était son entraîneur. Il travaillait à la base militaire voisine, dans le cadre du programme Mercury de la toute jeune NASA. Après quelques années, celle-ci a quitté la région. La collection du petit musée s’arrête au milieu des années 60, avec les premiers vols habités par des hommes.

Ham, lui, n’était qu’un chimpanzee, mais il fut le premier animal évolué à admirer la planète d’en haut.

img_3996.JPG« Il n’a pas été lancé dans l’espace comme ça. On l’a entrainé pendant 19 mois. On le plaçait d’abord cinq minutes par jour dans une chaise, pour qu’il s’habitue à rester assis. À la fin, il pouvait y rester indéfiniment », raconte Edward Dittner, qui a accompagné Ham jusqu’au décollage, à Cape Carnaveral.

Relax, l’astrosinge au décollage ? « Ça n’allait pas trop mal. Le vol n’a duré que seize minutes. De mon côté, j’avais beaucoup d’appréhension, parce que c’était très expérimental. Quand il est revenu ici le lendemain, après que la marine l’a repêché dans l’océan, il a sauté dans mes bras et m’a donné un gros calin. »

« Je me sentais proche de lui, à force de le voir chaque jour. Il me connaissait plus que les autres. Il était très habitué à moi », se souvient M. Dittner.

Pendant le vol, Ham devait actionner en rythme deux leviers placés devant lui comme Edward l’avait habitué à faire sur Terre. Le but : savoir s’il était possible d’effectuer des tâches dans l’espace. Mission accomplie.

img_4007.JPGAprès Ham, son congénère Enos a effectué un tour d’orbite. Quatre autres astrosinges devaient partir, mais le programme a été écourté. Les Russes avaient pris trop d’avance ; il fallait passer à l’étape suivante. Ham a été transporté au zoo de Washington, avant de mourir en Floride en 1983, à l’âge de 27 ans. Sa dépouille a été ramenée à Alamogordo, où il a eu droit à une cérémonie funéraire en présence des vieux collègues.

M. Dittner a connu aussi les premiers astronautes qui s’entrainaient dans la région. « À l’époque, on devait se débrouiller avec peu, et on n’attirait pas vraiment l’attention du public. C’est curieux, mais on plus populaires maintenant que pendant que ça se passait. »

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11 avril 2007
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Alamogordo: La marchande de cailloux radioactifs


img_4209.JPGAu bord de la route 380, parfaitement rectiligne à travers la plaine vide, apparaît une ferme surmontée d’un grand écriteau à la peinture rouge : Rock Shop. On y vend… des roches, exposées en tas entre les arbustes et les morceaux de ferraille. Mais le joyau de la boutique, c’est la « trinitite ».

« Vous voulez la voir ? D’accord, mais deux minutes », lâche la propriétaire des lieux, qui s’apprêtait à fermer. Elle entre dans la vieille remorque qui lui sert de bureau. Sur un grand carton est écrit « support the troops ». La radio AM parle de Jésus. Sur le comptoir, deux plaquettes exposent des cailloux à l’allure volcanique.

« La trinitite, c’est du sable qui a fondu et collé là où la bombe a explosé. Je les tiens du propriétaire précédent. C’est un crime d’en ramasser depuis 1975. » On veut toucher, mais la dame ne cache pas son impatience. « Vous en voulez ou pas ? 30 dollars le gramme. Chaque caillou pèse de 5 à 10 grammes. » Non merci, on est juste là pour faire un reportage. Bon, la dame accepte l’entrevue et la photo, mais vite.

Allison Nelson vit seule ici depuis 1995, quand elle a repris le Rock Shop. Deux amis maintenant décédés, William et Helen Riley, ont vu l’explosion.

img_4206.JPG« Quand William est sorti pour regarder, ses cheveux et sa barbe ont blanchi presque instantanément. Les poils de ses animaux ont aussi blanchi du côté qui faisait face à l’explosion. Peu après, des gens sont venus sur sa propriété, alors il est sorti avec son fusil pour savoir ce qu’ils voulaient. Ils ont dit qu’ils étaient de l’armée et qu’ils cherchaient des traces de radioactivité. William leur a dit qu’il n’avait qu’une petite radio et qu’elle était éteinte. »

Mme Nelson ne rit même pas de la chute de son histoire. On dirait qu’elle l’a trop racontée. William Riley a-t-il souffert par la suite ? « Personne n’a eu de problème à ma connaissance. Les vaches ont continué à donner du lait et à faire des petits. » Elle hésite, comme si elle cherchait d’autres exemples. Aucun ne lui vient en tête.

On pense aux histoires d’enfants déformés d’Hiroshima. Ici, la bombe a explosé en plein désert, mais était-ce encore trop près des habitants ?

« L’effet de la bombe sur leur santé est encore nébuleux », admet Dawn Santiago, qui tient le petit musée d’histoire d’Alamogordo, où on trouve des objets de l’époque de la conquête de l’Ouest. On y parle aussi de l’explosion, qui aurait brisé des vitres dans un rayon de 100 km. Mme Santiago raconte qu’une boutique de photo d’El Paso, à près de 200 km, a connu des retours de marchandise dans les semaines suivantes. Les films posés ce jour-là sur ses tablettes étaient déjà exposés.

Dans le guide qu’elle nous donne, publié par l’armée, on assure que la radiation à Trinity Site est anecdotique comparée à celle qu’un Américain moyen absorbe par année.

Le meilleur moyen de s’y exposer aujourd’hui, c’est de prendre la trinitite dans ses mains. Selon une analyse officielle, elle contient encore des éléments radioactifs comme le Cesium 137. Au moment d’écrire ces lignes, nous ne ressentons aucun effet notable…

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