24 juin 2007
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À quand les « communes créatives » ?


Le site canadien de Creative Commons n’est pas disponible en version française. C’est tout simplement intolérable. Je suis un fan de la première heure de la licence Creative Commons, qui a été adaptée à la loi canadienne par les légistes notoirement techno de l’Université d’Ottawa.

Une bonne traduction de ce site serait pourtant la moindre des choses, pour faire avancer la cause de l’open-content à l’heure où le Canada s’apprête à voter son propre DMCA rétrograde avec des lois de ce genre-là.

Mes amis branchés m’ont fait remarquer que si j’étais pas content, je n’avais qu’à me proposer moi-même pour en faire la traduction, dans l’esprit d’entraide bénévole qui préside dans la communauté Creative Commons. Cependant, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. N’importe qui ne peut pas traduire du texte juridique en français. C’est une spécialité à part entière.

La vérité, c’est qu’on manque de prêtres Creative Commons du côté francophone. Rien qui accote ce que Michael Geist produit comme opposition aux projets de loi de type DMCA à Ottawa, aussi bien par le biais des journaux que sur son blogue, excellent d’ailleurs. Mais il ne parle pas un mot de français, Ontarien incorrigible qu’il est.

Côté francophone, à part quelques journalistes comme Alain Brunet, on n’entend rien. D’ailleurs c’est pas vraiment à nous, journalistes, de nous exprimer en faveur de Creative Commons et/ou contre les projets de lois répressifs, car en matière de droit d’auteur, c’est difficile d’intéresser les lecteurs des médias généralistes. J’ai eu beau essayer de rendre quelque partie de ce débat excitant pour le commun des mortels, je n’ai jamais réussi à trouver l’angle idéal.

Alain mentionne et documente régulièrement ces causes dans sa colonne de La Presse, mais il manque d’écho, et de toutes façons, comme je l’ai dit, c’est difficile d’intéresser le grand-public à ça (à part en leur brandissant le spectre des descentes policières chez les internautes qui téléchargent des films ou de la musique, mais ce serait exagérer un peu).

Ce qu’il faut, c’est un vrai porte-parole de la cause, pas un journaliste ni un artiste ni rien de cela, mais un légiste, quelqu’un qui sait de quoi il parle.

Il y a pourtant des francophones dans cette gang allumée de la faculté de droit d’Ottawa, comme Daniel Gervais, que j’ai déjà interviewé. Il a des idées très intéressantes pour adapter le droit d’auteur à l’ère numérique sans punir la culture du partage de l’Internet. Mais il ne fait pas autant de bruit que Geist. En fait, il n’a même pas de blogue (il a peut-être autre chose à foutre, remarquez, je peux comprendre).

Quelqu’un pourrait-il devenir le Michael Geist francophone ? En attendant, traduisez au moins le site Web de CC, ce sera un bon début…


21 juin 2007
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Brian the Twitter Slut


screenshot-twitter-brianshaler-mozilla-firefox.pngPourquoi Jim du Michigan ou George du Texas m’ajoutent-ils à leur liste d’amis dans Twitter ? Depuis deux semaines, j’ai reçu cinq avertissements de ce genre :

Hi, Nicolas Ritoux.
☺ Brian Shaler (brianshaler) added you as a friend!
Check out ☺ Brian Shaler's profile here:
http://twitter.com/brianshaler
You may add ☺ Brian Shaler back by clicking on the "add" link.

Le profil de Brian ci-dessus, qui réside en Arizona, indique qu’il a 24,252 amis à l’heure de mettre sous (Word-)presse. Parmi eux, seuls 4,379 sont véritablement intéressés à recevoir ses mises à jour. Et encore, parmi ceux-là, bon nombre ont peut-être accepté par erreur son invitation à l’ajouter à leur liste de suivi – non mais qui peut bien avoir 4,379 amis ? À moins que Brian soit une vedette du rock dont je n’ai pas entendu parler, mais là encore, pourquoi serait-il venu à moi ?

Brian a vraiment l’air d’exister. Contrairement aux profils fallacieux « traditionnels » dont on reçoit les invitations dans MySpace, Friendster ou autres, qui sont une source de publicité ou autres pièges à cons, le profil de Brian a vraiment l’air d’appartenir à une personne en chair et en os, qui discute de choses et d’autres comme tout le monde le fait sur Twitter, sans apparemment de but frauduleux.

Je veux bien que Brian soit juste narcissique, mais tout de même…

Le problème, c’est que même si je n’ai pas accepté de devenir son ami, lui peut maintenant voir mes mises à jour de Twitter, qui sont adressées à des gens qui me connaissent, et sont de nature plus ou moins privée.

Mon profil Twitter comprend maintenant 20 « followers » dont seulement 15 sont de vrais amis que j’ai inscrits délibérément. Donc, cinq inconnus sont tenus au courant de toutes mes niaiseries, qui ne peuvent pas les intéresser, c’est impossible – déjà que je ne suis pas sûr qu’elles intéressent mes amis, c’est vous dire. Je ne comprends pas leur motivation, d’autant plus que je poste en français une fois sur deux.

Déjà que moi, l’homme aux quinze amis, je m’intéresse peut-être à 3-4 messages sur les vingt que je reçois par jour, imaginez Brian avec ses 24,252 amis…

M.À.J. : Twitter prévoit une case à cocher appelée « Protect my updates ». C’est ça qu’il faut cocher pour éviter que Brian lise vos messages Twitter – à moins que vous soyez son ami pour vrai…


16 juin 2007
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Les nouveaux sans-papiers


Aujourd’hui j’ai publié dans La Presse un article sur les « sans-papiers », soient les gens qui ont abandonné le papier et font tout à l’écran – comme moi-même. Certaines personnes interrogées m’ont impressionné, comme David Leclerc (et non « Leclair » comme j’ai écrit par erreur) qui prend l’écran de son ordi en photo quand il doit se rappeler d’une information qui s’y trouve, comme sa liste d’épicerie tapée dans Notepad…

>> Les nouveaux sans-papiers 


8 juin 2007
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Wired News s’en va-t-en guerre


Depuis le 11 septembre, Wired News exploite à fond l’atmosphère militariste qui s’est instaurée aux États-Unis, en traîtant les sujets liés aux technologies militaires avec la même fougueuse utopie dont il enrobe tout ce qu’il touche.

Reportages d’anticipation sur le soldat du futur, nouvelles technologies pour débusquer le « terroriste » (présenté de façon aussi mythique que dans les newsmedia traditionnels), usage du Web par les jeunes soldats (tout aussi mythiques dans leur incontestable vertu)…

Quel que soit l’angle, Wired News (et son papa Wired Mag dans une certaine mesure) aborde la vie militaire comme un monde plein de visionnaires et de génies, comme celui des technologies en général sauf que cette fois-ci, les héros sont virils et bronzés. Et il lui applique la même vision à long terme, proche de la science-fiction, qu’aux autres sujets technologiques, épousant ainsi le rêve Cheneyesque de la guerre éternelle.

Le robot-soldat ne sera pas prêt avant 2030 ? Qu’importe, Wired News le voit déjà évoluer dans un souk bourré d’ »insurgés » qui eux, bien sûr, sont restés tout aussi barbares qu’en 2007 avec leur minable AK-47 et leurs yeux pour pleurer face à la puissance américaine.

Sauf que la différence entre s’emballer sur le cellulaire du futur et sur le robot-mitrailleur du futur, c’est que dans ce dernier cas, on parle de mort. La guerre, c’est la mort. Trop de monde semble oublier ça dans le fabuleux monde du journalisme occidental nourri aux fibres équilibrés.

Le but d’un magazine comme Wired est de divertir autant qu’informer (sinon plus), et il le fait très bien, sauf quand il parle de guerre. Je ne sais pas pour vous, mais ça me rend un peu mal à l’aise de me divertir en découvrant des inventions futuristes destinées à tuer des gens, même indirectement.

On a beau essayer d’imaginer ce qu’est la guerre, on a beau s’improviser expert du Moyen-Orient en sortant sa cravate sur CNN, parler de stratégies et de chiffres, on oublie trop souvent qu’en Irak comme au Vietnam, la guerre est avant tout un sacré merdier où les bourreaux s’en donnent à coeur joie, même s’ils jouent à la Xbox et portent des textiles intelligents, et où les civils morflent deux fois plus que les combattants ennemis.

Nés dans un monde de paix, nous n’avons aucune idée de ce dont nous parlons. On a été en guerre il y a bien longtemps, c’est vrai, mais je ne sais pas trop ce qui s’y est passé puisque mes grands-pères n’ont jamais voulu aligner plus de trois mots sur la question, comme beaucoup de gens de leur génération – à croire que c’était vraiment pas autant le fun à vivre qu’à voir au cinéma ou dans un jeu vidéo.

Ce qu’on sait avec certitude, en revanche, même avec le peu d’information qu’on a, c’est que la guerre est une mauvaise idée et n’engendre que des tragédies – sauf si on est actionnaire d’une industrie militaire.

Wired est à ma connaissance le seul média technologique qui exploite l’angle militaire aussi régulièrement et passionnément.

Je sais, c’est la saveur du jour aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre. Sauf que je ne suis pas américain. Je suis un Montréalais qui me fiche complètement de la guerre, et un ex-Français qui a tout fait pour éviter le service militaire. Je ne veux pas savoir si les États-Unis tuent de façon hi-tech.

Wired souscrit à un militarisme enthousiaste qui me répulse dans plusieurs médias américains, car il tend à établir que la guerre est une chose inévitable et que, pendant qu’on y est, autant vivre avec. C’est faux. La guerre est évitable. Et pour moi, lire Wired est devenu évitable aussi.

Oui, [je suis] tout à fait lâche (…) Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans. Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.


6 juin 2007
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Amis Chinois, faites-moi un coucou !


picture-2.pngSupposément que les Chinois n’ont pas accès à mon site. Je l’ai découvert en utilisant ce site proposé par Tristan qui l’a piqué à Michel Leblanc.

C’est sans doute dû à mon post sur la censure en Chine, il y a six mois. Un internaute québécois l’avait commenté depuis la Chine (manifestement il ne pourrait plus faire ça), en me disant qu’il ne pouvait pas non plus accéder à Google Vidéo pour voir le film de cette chronique que j’avais présentée à la Revanche des Nerdz. Décidément, les Chinois n’ont pas de chance.

Ce qui me dérange, c’est que le test que j’ai passé (voir image ci-contre) est peut-être mal foutu. On a tendance à croire tout et n’importe quoi dès qu’on parle du problème de la censure en Chine, dans notre regard ethnocentriste d’Occidentaux donneurs de leçons. La petite animation Flash est bien cute, mais on ne sait pas trop ce qu’elle a sous le capot… C’est pour ça que je demande à mes amis Chinois : hey les Chinois, si vous lisez ceci, faites-moi un coucou.

M.À.J.: Le Chinois David Gagnon m’a fait coucou. Le site en question dit n’importe quoi, semble-t-il. Ça ne l’empêchera pas d’avoir son petit succès sur le Web.