16 décembre 2007
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L’âge des ténèbres


Denys Arcand est bien triste de voir les jeunes d’aujourd’hui avec un casque d’écoute « vissé dans les oreilles » (comme disent les journalistes qui n’en portent pas). C’est ainsi que les filles du personnage de Jean-Marc Labrèche sont présentées à longueur de film dans l’Âge des ténèbres.

D’accord, les autres générations n’échappent pas à la moulinette du cynisme d’Arcand, mais l’avantage avec les jeunes, c’est qu’il peut brosser ces personnages en deux secondes ; un jeu vidéo, un iPod, une moue blasée, et c’est réglé : t’as ton jeune. L’accessoriste crée à lui-seul les personnages.

Denys Arcand, lui, quand il était jeune, lisait des livres.

Mais qu’est-ce qu’un livre ? Un médium connecté à aucun autre humain, où rien n’entre où ne sort, que l’on consomme un à la fois, chacun dans son coin. Les gens de littérature, souvent technophobes, sont pourtant aussi difficiles à déranger quand ils sont plongés dans leur livre qu’un jeune qui pitonne sur un gadget numérique. Et contrairement aux livres, les gadgets numériques sont connectés à d’autres gens.

Passons.

J’ai assez aimé le film d’Arcand, une comédie noire où les situations cyniques se succèdent. Elle aurait aussi bien fonctionné sous forme de capsules quotidiennes de cinq minutes à la télé, et ça aurait coûté moins cher à Téléfilm Canada, ce qui aurait laissé plus d’argent à d’autres réalisateurs cette année, mais tout de même… Un film sympathique.

Ma scène préférée, c’est celle que les journalistes français ont le moins aimé : celle du combat médiéval dans la forêt québécoise. Je ne suis pas sûr que ces confrères l’ont pogné. En effet, cette scène n’était pas un rêve contrairement aux autres. Il existe réellement des gens qui se réunissent dans la forêt durant l’été pour jouer à des jeux de rôles grandeur nature. Ils s’y croient à mort, apardetsa. Sont dans leur personnage à fond. Ce n’est donc pas un rêve dans le film, mais un passage à l’acte de la part du héros, qui cesse de rêver pour aller expérimenter cette échappatoire collective de la réalité.

Intéressant de voir comme le succès des mondes fantastiques depuis une vingtaine d’années coïncide avec une certaine modernité, la même que critique Arcand. Mais à toutes ces mises en scène, il préfère le bon vieux chalet au bord de l’eau à Charlevoix, où son héros finit par régler vraiment ses problèmes. Personnellement je me tirerais une balle, seul déconnecté dans un chalet à Charlevoix pendant plus de 48 heures, mais chacun son truc.


12 décembre 2007
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Earideas.com, énième trouvaille de Hugh


EarIdeas.com est l’énième site Web lancé par le montréalais Hugh McGuire, entrepreneur en série slash ingénieur slash romancier slash environnementaliste slash podcasteur slash twitteur intempestif slash plein d’autres trucs.

Permettez-moi de vous présenter Hugh.

Hugh regorge d’idées, et sa particularité est qu’il les met en pratique. Avec brio la plupart du temps. J’admire Hugh, même si nous avons failli devenir des ennemis le jour où il a renversé un verre d’eau sur mon Mac flambant neuf en déployant l’écran du sien, assis en face de moi (mais le sort a épargné mon ordinateur et nous sommes restés amis). Son seul défaut, c’est d’avoir un prénom fucké – ben oui, ça se prononce pareil comme YOU, alors imaginez les confusions… Toujours est-il que sa nouvelle idée est aussi bonne que les autres, tout en s’alignant dans la continuité de son autre projet, Collectik. Je n’en attendais pas moins de lui.

Bon, les présentations sont faites. Maintenant, qu’est-ce qu’Earideas ?

EarIdeas est un best-of des podcasts. C’est aussi simple que ça.

J’adore l’idée. Parce que je suis le client typique de ce site. Je déteste perdre mon temps à séparer le « signal » du « bruit » sur le Web ; qu’il s’agisse de blogues ou de podcasts, on finit toujours par perdre des heures avant de découvrir, peut-être, une ressource intéressante. Un podcast sur vingt (sinon plus) vaut la peine d’être écouté. EarIdeas mâche le travail pour vous en proposant les podcasts dignes d’intérêt, résumés en quelques mots dans une interface simple, téléchargeables dans un éventail de formats.

Moi, je suis un gars client-side. Je rêve d’avoir un client sur mon ordi pour chaque application Web sans jamais manipuler longuement mon navigateur. (Dieu bénisse Twitterific). Bon, EarIdeas n’est pas un client, mais le principe est le même : les fainéants du Web peuvent y trouver l’essentiel sans réquisitionner leurs doigts pendant cinq minutes. Deux-trois clics, et on est en business.

À présent, voici ma critique :

Le gros défaut de EarIdeas, c’est aussi Hugh. Parce que moi je sais que Hugh fait les bons choix de podcasts pour moi, je suis tranquille… Mais les gens qui ne connaissent pas Hugh n’ont aucune garantie. Rien ne leur indique que le site ne fait aucun favoritisme. La première fois qu’on arrive sur le site, on peut facilement s’imaginer qu’il est commandité, ou que les gens qui y proposent les meilleurs podcasts n’ont pas les mêmes goûts que nous. Rien ne nous dit le contraire, en tout cas. Et dans le doute, on se méfie – surtout sur le Web. Il s’agirait d’afficher une sorte de « garantie d’objectivité » ou du moins une description des critères de sélection, qui rassure l’internaute sur l’impartialité du jury.

Deuxièmement, je crois qu’EarIdeas devrait accentuer la collaboration des internautes en les invitant (bruyamment, dès la page d’entrée) à soumettre leurs propres podcasts au vote. Mais là, on se rapproche de la section Podcasts de Digg. C’est pas grave pour moi, car je sais qu’Hugh a des choix plus intéressants pour moi que les milliers d’Américains random qui votent dans Digg. Mais pour les autres, Hugh, explique-leur… En quoi EarIdeas se différencie de Digg et autres sélections de podcasts ? (ta réponse sera dûement publiée ici).


9 décembre 2007
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Comment reconstruire une plage


dsc00095.JPGLors de mon voyage à Playa del Carmen, j’ai trouvé un sujet qui serait parfait pour une émission scientifique comme La Revanche des Nerdz (mais je n’y travaille plus) ou Découverte (mais je n’y travaille pas).

Il s’agit des techniques étonnantes employées par les hôteliers de la côte caraïbe (Est) du Yucatan pour reconstruire leurs plages, touchées durement par les derniers ouragans, notamment Wilma en 2005.

La première chose qui choque quand on arrive dans les hôtels tout-inclus de Playa del Carmen, ce sont les gros boudins noirs ou blancs qui jonchent leurs plages. Ils sont très laids, affreusement luisants et glissants, et ressemblent en quelque sorte à des cadavres de cachalots en putréfaction. Quand on se baigne entre ces horreurs, on se sent comme dans une décharge d’ordures. Mais à moyen terme, ce sont ces horreurs qui permettront à la plage de retrouver sa splendeur d’antan, et de mieux résister aux futurs ouragans.

dsc00285.JPGCes énormes sacs de 5 à 10 mètres de long sont agencés perpendiculairement les uns aux autres, soit en travers dans l’eau, soit comme des digues qui s’enfoncent dans la mer. Certains sortent, monstrueux, on ne voit qu’eux. D’autres sont enfoncés à moitié et commencent à s’intégrer au sable. D’autres encore sont déjà ensevelis. Mais tous ont commencé leur existence comme un gros sac vide jeté sur la plage.

J’ai vu les employés des hôtels construire une de ces digues de nylon affreuses. Ils commencent par creuser un trou dans la plage en pompant de l’eau de mer rejetée depuis le haut du rivage, pendant toute la nuit. Puis ils placent l’extrémité de la pompe dans les trous du sac, tous les trois mètres environ. Après quelques heures, le sable s’accumule dans le sac tandis que l’eau en ressort, ce qui façonne lentement mais sûrement une digue aussi solide que du roc.

dsc00283.JPGTout ce que je dis est le fruit d’observations et de déductions personnelles, car je n’ai trouvé aucune information à ce sujet (et je n’en ai pas demandé sur place car je ne parle pas espagnol, et surtout, j’étais en vacances…). Mais d’après ce que j’ai compris, les digues ainsi formées retiennent les mouvements du sable, autant vers la mer que le long de la plage ; ce qui permet à terme de former une nouvelle plage, masquant totalement les boudins qui la soutiennent.

Dans le même temps, on assure une plus grande résistance aux ouragans qui ne manqueront pas de se reproduire. Je voudrais bien voir l’ouragan de derrière les fagots qui sera capable de bouger d’un centimètre ces mastodontes de nylon.

Toujours d’après mes déductions personnelles, j’ai aussi cru comprendre que c’est la faute des hôtels s’il faut reconstruire les plages. En effet, celles où il n’y a pas de construction proche du rivage se sont déjà reconstruites naturellement depuis les ouragans. Les plages les plus durement touchées étaient celles où les bâtiments s’étendaient jusqu’à quelques mètres du rivage. Dans certains cas, des morceaux de murs étaient tombés à l’eau tant la mer avait gagné du terrain.

dsc00279.JPGLes cocotiers plantés par les hôteliers sont tout aussi problématiques, puisqu’ils retiennent le sable aussi solidement qu’une fondation de béton avec leurs réseaux de racines denses. Certains morceaux de plages s’arrêtaient piles sous la rangée de cocotiers de l’hôtel, prêts à tomber sous la falaise qu’ils retenaient péniblement avec leurs racines.

Moralité : les hôteliers font un travail merveilleux de reconstruction des plages, face à une mer houleuse soutenue par un puissant vent d’Est ininterrompu, mais ils sont aussi responsables de leur propre malheur. C’est la moindre des choses qu’ils réparent ces dégâts causés indirectement par leurs installations placées trop près du rivage…


9 décembre 2007
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Playa del Carmen, paradis des barres d’armature


dsc00307.JPGJ’ai découvert le Mexique cette semaine. Pas le vrai, plutôt celui des hôtels tout-inclus de la mer des Caraïbes, avec ses villages touristiques à l’os, ses boutiquiers achalants, son ambiance South Beach avec les prix qui vont avec, et autres « attrape-américains » à longueur de plages. Je ne m’attendais pas à autre chose : j’étais parti uniquement pour me rôtir sur des plages de sable fin en buvant de l’alcool entre deux tours de jet-ski. Et j’en ai profité à mort.

Destination : Playa del Carmen (cliquez pour l’image satellite), une heure au Sud de Cancún.

Mais tout de même, entre les plis du rideau de ce spectacle touristique, j’ai entre-aperçu quelques bribes de véritable vie mexicaine, celle qui coule dans les rues transversales de l’autre côté de l’autoroute, là où les touristes ne vont pas. Et ce qui m’a choqué, outre le contraste saisissant de leur pauvreté, c’est l’étrange habitude qu’ils ont d’exhiber leurs barres d’armature sur leurs toits.

dsc00304.JPGDes plus modestes maisons (si on peut appeler ça des maisons) aux gros entrepôts commerciaux, on peut voir dépasser des barres de construction par milliers, parfois sur plusieurs mètres de hauteur, comme si elles attendaient l’arrivée d’un étage supérieur qui ne viendra jamais. Ce n’est pas forcément une question de pauvreté ; on peut aussi voir ces disgracieuses barres dépasser d’édifices superbes, fraîchement peints avec moult moulures et autres hispanités.

C’est une véritable énigme pour moi.

dsc00122.JPGDe Playa del Carmen à Cancún en passant par Cozumel et Tullum, j’ai développé une obsession pour ces barres qui dépassent des toits, parfois droites, tantôt tordues, ou assemblées en cylindres. On dirait que les constructeurs locaux mettent un point d’honneur à interrompre leur travail au bord de la finition. Les peintures sont faites, le jardin est aménagé, l’allée est pavée, mais les esties de barres dépassent du toit.

Il suffirait de cinq minutes pour les couper proprement, avec une grosse pince comme celle des voleurs de bicyclettes, et la maison prendrait toute sa splendeur. Mais non, on les laisse fièrement enlaidir les édifices. Sans compter les risques de s’empaler dessus. Il n’y a que dans les zones « occidentalisées », comme les chaînes américaines (7-eleven, Starbucks…) ou les zones touristiques, que je n’ai pas vu de barres dépasser. Les propriétaires mexicains, eux, veulent du rebar et le veulent long.

dsc00223.JPGSans rire, c’est vrai que je ne connais rien au Mexique et je ne sais pas vraiment de quoi je parle. Au fond, il y a là-bas des milliers de problèmes beaucoup plus pressants que la coupure des barres qui dépassent des toits. Mais tout de même, si quelqu’un pouvait m’expliquer, ça m’aiderait beaucoup. Je n’en dors plus.

Peut-être que ma nuit de vomissement, après le buffet mexicain de ma dernière soirée à Playa del Carmen, y est aussi pour quelque chose dans mon insomnie. Mais si vous avez une réponse à l’énigme des rebars mexicains, même hypothétique, même tirée par les cheveux, de grâce écrivez-moi.

P.S. : Malheureusement je ne peux pas vous montrer de photo de ces barres de construction, parce que c’est Annie qui prenait les photos et elle préférait se concentrer sur les belles choses!

P.S. (2) : Patrick a photographié un très bel exemple de ces barres d’armature mexicaines. Un de ses commentateurs lance une hypothèse fiscale – selon lui, ces barres sont laissées en l’état pour éviter la taxation qui s’applique uniquement aux constructions terminées. Mais ça m’étonne, vu le nombre d’édifices qui présentent ce problème. Il serait étonnant (et surtout décevant) que les considérations fiscales dépassent aussi massivement les considérations esthétiques…