L’âge des ténèbres
Denys Arcand est bien triste de voir les jeunes d’aujourd’hui avec un casque d’écoute « vissé dans les oreilles » (comme disent les journalistes qui n’en portent pas). C’est ainsi que les filles du personnage de Jean-Marc Labrèche sont présentées à longueur de film dans l’Âge des ténèbres.
D’accord, les autres générations n’échappent pas à la moulinette du cynisme d’Arcand, mais l’avantage avec les jeunes, c’est qu’il peut brosser ces personnages en deux secondes ; un jeu vidéo, un iPod, une moue blasée, et c’est réglé : t’as ton jeune. L’accessoriste crée à lui-seul les personnages.
Denys Arcand, lui, quand il était jeune, lisait des livres.
Mais qu’est-ce qu’un livre ? Un médium connecté à aucun autre humain, où rien n’entre où ne sort, que l’on consomme un à la fois, chacun dans son coin. Les gens de littérature, souvent technophobes, sont pourtant aussi difficiles à déranger quand ils sont plongés dans leur livre qu’un jeune qui pitonne sur un gadget numérique. Et contrairement aux livres, les gadgets numériques sont connectés à d’autres gens.
Passons.
J’ai assez aimé le film d’Arcand, une comédie noire où les situations cyniques se succèdent. Elle aurait aussi bien fonctionné sous forme de capsules quotidiennes de cinq minutes à la télé, et ça aurait coûté moins cher à Téléfilm Canada, ce qui aurait laissé plus d’argent à d’autres réalisateurs cette année, mais tout de même… Un film sympathique.
Ma scène préférée, c’est celle que les journalistes français ont le moins aimé : celle du combat médiéval dans la forêt québécoise. Je ne suis pas sûr que ces confrères l’ont pogné. En effet, cette scène n’était pas un rêve contrairement aux autres. Il existe réellement des gens qui se réunissent dans la forêt durant l’été pour jouer à des jeux de rôles grandeur nature. Ils s’y croient à mort, apardetsa. Sont dans leur personnage à fond. Ce n’est donc pas un rêve dans le film, mais un passage à l’acte de la part du héros, qui cesse de rêver pour aller expérimenter cette échappatoire collective de la réalité.
Intéressant de voir comme le succès des mondes fantastiques depuis une vingtaine d’années coïncide avec une certaine modernité, la même que critique Arcand. Mais à toutes ces mises en scène, il préfère le bon vieux chalet au bord de l’eau à Charlevoix, où son héros finit par régler vraiment ses problèmes. Personnellement je me tirerais une balle, seul déconnecté dans un chalet à Charlevoix pendant plus de 48 heures, mais chacun son truc.
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