Vendredi du vin: le Sauternes errant
Après les Wine Blogging Wednesdays, voici les Vendredis du Vin. Version francophone de cet excellent concept de « cercle de blogueurs » qui publient à l’unisson des dégustations thématiques.
En ma qualité de co-fondateur francophone de Vinismo je me devais de participer !
Lancé par Rémy Charest (qui possède manifestement le sens des titres), le thème de ce 14ème Vendredi du Vin est « Tu sors d’où, toi ? »
Il s’agissait de trouver un vin ou un producteur de type OVNI.
Mon premier choix, conseillé par un des meilleurs vendeurs de la SAQ que je connaisse (le brun à lunettes de Saint-Laurent coin Prince-Arthur en face de la banque TD), était un « excellent vin uruguayien créé par des Italiens et qui goûte comme un bon Cahors, pour seulement 11$. » Imaginez le succès que j’aurais eu avec cette trouvaille auprès de mes nouveaux amis des Vendredis du Vin. Avez-vous déjà bu un vin de l’Uruguay vous ? Pas moi.
Mais yen avait plus en stock…
J’ai donc choisi un Sauternes d’Australie, le Vat 5 Botrytis Semillon Deen de Bortoli 2005.
HEILLE ! Je vous entends maugréer. Bien sûr, un Sauternes d’Australie est aussi probable qu’une poule avec des dents à moins d’un bouleversement tectonique qui déplacerait le terroir de Sauternes sous de lointains auspices septentrionaux. D’accord il n’y a qu’à Sauternes qu’on produit du Sauternes, ne serait-ce que du point de vue légal de l’étiquetage.
Mais bon vous voyez ce que je veux dire : ce vin a été créé selon les mêmes procédés, avec le même cépage dominant (Sémillon) soumis à la même « pourriture noble » (Botrytis Cinerea).
Et ça marche ! Dès la première gorgée (après une mise au frais de 30 minutes), j’ai ressenti le même plaisir qu’à boire un bon Sauternes.
Mon verdict :
Bien sûr, ce n’est pas aussi subtil que les meilleurs Sauternes, pour des raisons évidentes (tradition, savoir-faire, climat, sols…). Mais c’est largement comparable au tout-venant du Sauternes.
Attention : il ne vient qu’en format de 375 mL. Mais c’est parfait comme ça. Les Sauternes, c’est délicieux mais ça écoeure vite.
L’attaque est douce avec un crescendo d’acidité qui plafonne juste au bon moment, avant le laisser place à une traînée d’abricot sur un lit de pêches biens mûres.
Je l’ai bu après un steak d’onglet fortement assaisonné d’ail et d’échalottes, et c’était une ÉNORME erreur. J’aurais dû le boire AVANT, en apéro. Mais au deuxième verre, il a pris toute la place et le souvenir de cette transition maladroite a disparu de mon palais. On peut dire que je suis rendu au dessert, alors ça fonctionne.
Cela dit, ne vous fiez pas trop à mon jugement.
En effet, je n’ai pas dégusté de Sauternes depuis 10 mois, puisque je ne m’en achète jamais en dehors de mes voyages en France (60$ la bouteille, non merci…). Il est donc possible que je sois dans un état de manque qui se satisfait de n’importe quelle copie approximative du Sauternes
Conclusion : si vous êtes en France, mieux vaut vous orienter vers un vrai Sauternes de 75 cL à 12 euros qu’à ce vin de 37,5 mL à 13,50 $. Il doit coûter aussi cher en France qu’au Canada, et je le suspecte même d’être plutôt introuvable en France.
C’est plutôt un remplacement du Sauternes destiné aux buveurs du Nouveau-Monde soucieux de leur budget. Mais c’est un excellent, pour ne pas dire parfait remplacement. Sans vouloir trahir ma nation, je dirais même que c’est un meilleur choix au moment du dessert qu’un vin de glace du Québec à 25$ ou plus. Moins cher, et avec des sucres plus discrets qui laissent la place aux arômes
J’ai créé une page détaillée sur ce vin dans Vinismo. Si vous le goûtez, n’hésitez pas à modifier la page en cliquant sur… « Modifier ».
Un mot sur le producteur :
De Bortoli est un des producteurs les plus intéressants de la Nouvelle-Galle du Sud. C’est la deuxième fois qu’il me surprend avec ses vins doux. La première fois c’était avec son Black Noble (non millésimé), qui pour sa part mimiquait le Porto, avec beaucoup de succès. J’ai eu la chance de déguster ce vin dispendieux (à partir de 40$) lors d’une dégustation organisée par les délégués commerciaux de l’Australie à Ottawa, où nous avions été réseauter un brin avec Evan pour promouvoir Vinismo.
Pour la deuxième fois, j’ai la preuve que De Bortoli n’est pas un simple copieur, mais un vrai créateur avide de défis impossibles, qui illustre la différence entre l’imitation et l’inspiration. Son Porto comme son Sauternes s’inscrivent moins dans le registre de la copie que celui de l’hommage et de la célébration.
Speaking of 
Bon, j’ai remis ça. J’ai encore dépensé une somme considérable pour une machine superficielle.
Le jeu