Mes chroniques à «Ça s’branche où?»
Voici mes deux chroniques à l’émission Ça s’branche où? au sujet des appareils mobiles LG Touch et HTC Shift.
Voici mes deux chroniques à l’émission Ça s’branche où? au sujet des appareils mobiles LG Touch et HTC Shift.
J’ai passé la semaine dernière à Cuba, mais loin des zones touristiques et des tout-inclus. Parti avec mon sac à dos et une poignée de billets, j’ai débarqué en plein centre du vieux Havane en pleine nuit, et j’ai halluciné d’emblée.
Des gens de tous âges qui squattent toute la rue, à peine éclairée, à peine habillés, qui me regardent tous avec ce regard illisible des gens d’ailleurs. C’est ça qui arrive quand on débarque dans une nouvelle ville : on connaît pas les bums du coin, on sait pas les sizer comme les nôtres, on lit par leurs moves, et idiotement, on prend légèrement peur.
Sauf que c’était pas des bums. C’étaient des citoyens ordinaires, qui passaient une soirée ordinaire, et au lieu d’être verrouillés dans leur salon ils squattaient dans la rue. Parce qu’ils n’ont rien et parce qu’il n’y a rien à faire (d’un point de vue post-moderne occidental, s’entend).
Le lendemain matin, je commence à circuler dans les rues bouche bée, entre les flaques brunes du pavement défoncé, sous la menace des vieilles façades dont la splendeur grandiose menace de s’écrouler à tout instant.
Note importante qui s’applique à l’ensemble du récit : il fait 35 humides degrés. Constamment. Lourdement. Ça me prendra pas long de marcher au pas antillais, et de prendre les choses avec relâchement, sous peine de tomber dans d’éprouvantes crises de fatigue déshydratée (après quelques bouteilles d’eau et 16 heures de sommeil, ça finit par passer).
Le premier jour, je suis tombé dans tous les pièges, et ça m’a coûté aussi cher que la journée d’un touriste à Montréal. Repas à 20 piasses, drinks à 5 piasses, etc. Tout ça avec la monnaie « convertible » que l’on donne juste aux touristes ; avec la monnaie locale, tu payes 20 fois moins cher ta journée, mais ça je ne l’ai compris que le lendemain en discutant avec quelques touristes croisés la nuit.
À la Havane, mieux vaut faire comme les Havanais. Pour cause : les touristes sont en minorité. C’est bien beau si je croisais plus d’une douzaine de non-Cubains dans une journée. La Havane n’a pas encore été aseptysée et transformée en parc d’attractions. C’est ce qui lui arriverait en un clin d’oeil si ce n’était du régime politique en place. J’en veux pour preuve la côte mexicaine de l’autre côté.
À l’exception d’un petit circuit de rues plus touristiques, vaguement enjolivées avec des beaux petits pavés et des plantes en pot (mais quand même d’allure très crappy), La Havane appartient encore totalement aux Havanais. Hors de ces mini spots touristiques où tout est vendu trop cher pour rien, et où on se fait proposer à tour de bras des faux cigares et des vraies mineures, on plonge très vite dans la vie quotidienne authentique des Havanais, qui n’ont même pas l’air de nous remarquer dans leur train-train.
La Havane grouille de monde, constamment en mouvement, toujours dix fois plus nombreux pour faire la même chose qu’une seule personne (ou un seul ordinateur) ferait chez nous. Ils sont très occupés parce qu’il y a beaucoup à faire dans une journée si on veut manger, dormir et élever ses enfants convenablement. En fait, ceux de mes lecteurs qui ont connu les années 50 en Occident peuvent très bien se faire une idée de la Havane de 2008.
Comme dans les années 50, une minorité de gens ont une auto. Comme dans les années 50, on trouve un magasin pour chaque produit (les oeufs chez le marchand d’oeufs, le yaourt chez le marchand de yaourt, etc.). Comme dans les années 50, on minimise la consommation électrique et on s’éclaire aux ampoules blanches entre deux pannes. Comme dans les années 50, les gens SORTENT et COMMUNIQUENT plutôt que de rester en famille dans leur confort (qu’ils n’ont pas).
Vous l’aurez compris ; la Havane ressemble à un voyage dans le temps, en version antillaise. Ce mode de vie a certains avantages ; tout a l’air plus authentique et précieux, de la nourriture aux relations interpersonnelles. Mais le poids du temps sur les bâtisses et les infrastructures nous rappellent cruellement que 50 ans se sont écoulés depuis les années 50. Seuls les gens ont l’air tout frais et propre (et sont souvent extrêmement beaux). Tout ce qui les entoure tombe en ruine.
On dirait qu’ils vivent dans une ville abandonnée depuis 1959. C’est triste à dire d’un point de vue socialiste, mais les Havanais vivent dans les ruines que la prospérité capitaliste d’antan leur a laissés. Une chance que c’était construit solide à l’époque.
Sous les façades splendides de l’ère coloniale et des années folles, tout a été strippé ; il ne reste plus qu’un ramassis d’espaces vides sommairement meublés, où s’entassent des familles qui n’ont pas les moyens d’acheter du savon et des brosses à dent. C’est comme si Castro avait pris Paris en 1959 et que les immeubles haussmaniens étaient envahis par les squatteurs, noircis et humides, et n’offraient plus qu’un souvenir de leur gloire passée, sous le linge qui pend aux fenêtres sans vitres.
Qu’on ne s’y trompe pas : les Havanais sont des gens incroyablement positifs, optimistes, amicaux, festifs et joyeux (à défaut d’être parfaitement heureux), et ils sont très bien instruits et soignés par-dessus le marché.
C’est juste qu’ils passent leur vie entière dans une ville décrissée, patentée, patchée à coeur joie. C’est un peu comme vivre à Black Rock City à l’année longue, l’humidité en plus, l’imposture en moins. Les Burners qui parlent de leur life-changing experience n’ont pas été à Cuba, parce que c’est là que j’ai réellement vécu la mienne.
Si la ville est grande (plus de 2 millions d’habitants), on ne s’y sent pas perdus. Tout le monde se connaît, et on se croise constamment sur la rue, même s’il y a beaucoup de rues. C’est que ça ne circule pas beaucoup d’un quartier à l’autre ; alors chaque quartier devient comme un village. Après 5 jours, j’étais moi-même rendu à rencontrer des gens que je connaissais en marchant au hasard des rues…
Il faut dire que j’ai passé du temps avec les gens de mon quartier. J’ai jasé avec eux pour améliorer mon espagnol, et j’ai abondamment bu avec eux dans les bars locaux (i.e. un bar se qualifie par la présence d’un comptoir, de bouteilles et de chaises, optionnellement de tables). J’ai même dormi et mangé chez eux ; ça aide. L’étape supérieure aurait été de dormir AVEC eux, mais je ne me suis pas rendu là. Pas qu’on m’y ait pas fait penser, parce que le « sexual innuendo » est abondant.
De l’autre côté de la vitrine, celle qu’on affiche à la majeure partie des touristes (surtout dans les zones hôtelières hors de la capitale), il y a le deuxième Cuba. Le Cuba fake et crosseur. Plus on va dans les coins touristiques, plus on se fait traiter comme du bétail par des guides et des commerçants arrogants. Même les locaux qui habitent près des zones touristiques, qu’ils travaillent ou non avec les touristes, appartiennent à un genre de middle-class cubain. Ils sont même plutôt confortables.
C’est pourquoi après une escapade de 24 heures sur les plages paradisiaques de Varadero, où j’ai aussi dormi chez les gens plutôt que dans les hôtels, j’ai voulu revenir le plus vite possible à la Havane.
Tant pis pour la beach. Le Cuba que j’aime est définitivement en ville, entre les tas de gravas et les chiens errants qui s’enfilent. Crisse, on dirait de la poésie.
J’ai mis fin à sept ans de bons et loyaux services à titre de collaborateur de La Presse, et à ma pratique de journaliste en général. Par la même occasion, j’ai mis fin à 10 ans de travail autonome.
J’ai sauté la clôture pour devenir concepteur-rédacteur publicitaire. Un métier que je faisais on-and-off depuis des années, mais dorénavant pour de bon.
Je suis maintenant rédacteur Web chez Sid Lee. À temps plein, avec assurances collectives, vacances et toutes ces choses insoupçonnables du monde magique du salariat.
Alors voilà, je ne suis plus que nu-propriétaire de mon temps de jour. De 9 heures à 17 heures, Sid Lee en est l’usufruitier.
Le salariat est assez réconfortant comme univers ; plus besoin de m’occuper de tous les aspects de ma pratique, je suis maintenant membre d’une équipe, dans un environnement à la fois hautement créatif et organisé comme une montre suisse.
Cependant, j’étais un peu terrorisé à l’idée de ne plus pouvoir faire ce que je veux quand je le veux. L’oisiveté est la mère de tous les vices, mais tout de même, c’était bien de pouvoir faire une sieste quand ça me tentait et d’être présent pour Fouffy-reine-de-beauté.
Alors dans un dernier élan de liberté, je suis parti faire du backpacking à Cuba pendant toute la semaine dernière. Un voyage organisé sur un coup de tête et ma carte de crédit. (Cette figure-là mes amis ça s’appelle un hypallage. Enfin je crois.)
Je ne savais pas trop quoi y faire, mais j’ai finalement opté pour l’aventure plutôt que les hôtels et circuits touristiques classiques.
J’ai passé le plus clair de mon temps dans les rues de La Havane, avec les Cubains. Et j’ai vécu une de ces expériences qui vous changent la vie.
Bientôt je raconterai tout cela dans un nouveau billet. Et j’aurai des photos sur Flickr. Patience.
Pour l’instant, j’ai un peu la tête qui tourne à rencontrer des dizaines d’inconnus dans ma nouvelle entreprise, et à apprendre son organisation et sa culture.
Un seul problème avec ce nouveau métier : c’est difficile d’expliquer aux gens en quoi consiste la conception-rédaction publicitaire quand ils vous demandent ce que vous faites dans la vie. Surtout quand ils sont des communistes hispanophones prisonniers d’une île paradisiaque coupée de toute communication du monde extérieur.