
Je tiens à défaire deux grands mythes sur le Vietnam: ce pays n’est ni francophone, ni vraiment communiste.
Ma brève expérience vaut ce qu’elle vaut, mais en deux semaines, je n’ai rencontré aucun Vietnamien qui parle français. On me dit: il faut parler aux vieux (70+) car ils ont été éduqués en français. D’accord, j’essaye. D’abord des vieux il faut en trouver; si on les avait pas tous massacrés la moyenne d’âge serait moins jeune dans ce pays. Ensuite ceux que j’ai rencontrés n’ont jamais compris ce que je leur demandais.
Peut-être qu’il faut aller du côté des intellectuels plutôt que des commerçants. Mais s’il ne reste que trois vieux profs à la retraite qui parlent français, alors je n’appelle pas ça un pays francophone. Je suspecte que l’appartenance du Vietnam à la francophonie en 2009 est dûe à un vieux reste d’orgueil de la France qui aime se trouver importante et refuse de croire que son influence disparaît.
Bien sûr que le Vietnam est communiste dans son régime et ses institutions gouvernementales, et de nombreuses victimes des camps de rééducation peuvent en témoigner, mais dans la vie quotidienne, j’ai l’impression d’un folklore, un peu comme la monarchie en Grande-Bretagne.
Encore une fois, j’avoue que je vois ça de l’extérieur, c’est sûrement ancré plus profondément que ça! Mais ma perception (purement superficielle) c’est qu’à part les haut-parleurs qui diffusent les «nouvelles» tous les matins de 7h30 à 8h dans les villes et villages du Nord, on voit beaucoup moins de traces du communisme que du capitalisme.
Quand j’étais à Cuba, personne n’avait le droit de posséder une entreprise privée, on voyait pas de publicité, on trouvait pas de KFC. Ici, c’est la grosse business comme en Thaïlande (qui est elle-même une para-dictature militaire, sans que personne ne s’offusque). J’ai même trouvé un magazine «Marketing Vietnam» qui prouve une fois pour toutes que la guerre a bel et bien été gagnée par les Américains les capitalistes.
Je quitte aujourd’hui Hanoi pour rejoindre mon ami Van Tri à Saigon. Ça va me faire du bien, je me les pèle grave ici. Je ne suis pas venu en Asie pour attraper un rhume, je suis venu pour glander sous les cocotiers!
À l’encontre de sa réputation, Hanoi m’a émerveillé. Capitale qui se respecte, avec de longs boulevards bordés d’arbres majestueux, un vieux quartier splendide, plein de belles choses à acheter (plus qu’à Saigon ou Bangkok). Et contrairement à ce qu’on m’avait dit, les Hanoïens m’ont moins donné d’attitude de merde qu’à Saigon. J’ai vécu de nombreux moments magiques, et peu d’irritations.
Je suis allé voir l’oncle Ho, qui gît la mine fade dans un mausolée façon Lénine, puis j’ai fait un tour au musée de la guerre pour découvrir tous les exploits héroïques de l’Armée de libération contre les agresseurs chinois, français et américains. Dans la cour se trouve un tableau de chasse aérienne surnaturel, sous forme d’une grande sculpture d’appareils américains en morceaux. C’était assez cool. Pour le reste, la propagande en vignette à travers le musée ne me choquait pas. L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est pareil chez nous…
Tout le monde m’a dit: va voir la Baie d’Halong, tu vas tripper. J’ai donc pilé sur mes principes de voyageur autonome iconoclaste et bourgeois, et j’ai embarqué dans un AUTOBUS en GROUPE pour la journée d’hier. Quelle horreur…
La mafia du tourisme
J’ai cru mourir 30 fois sur la route, mais ça se raconte pas vraiment. L’essentiel c’est qu’en arrivant je suis tombé dans une discipline militaire à un rythme imposé, comme toutes les sorties de groupe, et après 2 mois de liberté totale ça m’a fait un choc nerveux. Une fois dans la baie, j’étais rendu parano. Tout me semblait une gigantesque mise en scène: le petit village de maisons-bâteaux avec les paysans marins authentiques qui vendent des tomates dans leur barque (je ne sais pas où ils font pousser leurs tomates!), la grotte «naturelle» sur-aménagée, etc.
Bien sûr nous avons arrêté deux fois dans un centre d’achat pour touristes, pendant que l’autobus allait se cacher pour nous forcer à bien rester 30 minutes à l’intérieur, au cas où on aurait la subite envie d’acheter ICI ET MAINTENANT la boîte de baguettes ou la statue de Boudha qu’on a eu 8000 fois l’occasion d’acheter depuis l’arrivée au pays.
Je suis un peu tanné des stéréotypes que l’industrie touristique asiatique entretient à mon égard, chaque fois que je lui montre ma blanche face. Non, j’ai pas envie de voir un match de foot de fucking Liverpool ou Manchester, non j’aime pas le whiskey, non je dis pas «yeah mate» avec un accent de gros con, non je n’ai pas besoin de m’assoir confortablement dans un «restaurant» (concept purement occidental), oui je sais manger avec des baguettes!
Si je suis pas content, c’est la même chose: les zones les plus touristiques sont exclusivement quadrillées par la mafia touristique si bien qu’il est impossible de louer son propre véhicule ou de faire son propre parcours, même avec tout l’argent du monde. T’es obligé de prendre la visite boboche en groupe. C’est le syndicat du tourisme qui veut ça.
C’est la raison pour laquelle je n’irai pas à Angkor. Mon expérience de la baie d’Halong a été si révélatrice que je ne peux plus supporter une seconde de parcours imposé, de règles à suivre. Liberté je crie ton nom! Et puis franchement, la baie d’Halong, c’est très beau blablabla, j’ai vu, merci bonsoir. Que voulez-vous, je suis un urbain indécrottable. Alors les statues d’Angkor, je vois ça d’ici: hooo, haaa, bon, on rentre?
C’est pourquoi je skippe le Cambodge et le Laos pour retourner directement en Thaïlande, là où est mon bonheur. Mon tattoo est guéri, ma côte se défracture tranquillement, d’ici 2 semaines je pourrai plonger avec les poissons tropicaux.
Je ne sais pas encore où je passerai le réveillon de Noël, ce sera la surprise. Mais je m’en bats un peu. J’aime l’idée que Noël passe sans que je m’en rende compte. Pas de chants, pas de décorations, aucun signe proéminent de Noël. C’est sûr, zen ont rien à foutre de Jésus mis à part pour nous faire plaisir dans les hôtels de touristes. En Thaïlande ils sont officiellement en l’an 2552, pour vous dire.