Mon non-voyage en Thaïlande
J’ai beaucoup apprécié mon non-voyage en Thaïlande. Pendant quelques semaines, j’étais tout excité, heureux comme un pape. Bangkok, te rends-tu compte? Le bout du monde ! Et soudain j’avais des tas d’amis prêts à partager leur expérience, me régalant d’anecdotes et de bons conseils, plein de douces anticipations tropicales…
Et pouf, c’est parti comme c’était venu.
J’ai appelé mon Allemand qui devait louer mon loft, j’ai annulé mon billet d’avion à 2000$, et je suis resté à Montréal pour endurer l’hiver avec courage.
Oh, des raisons objectives il y en a : travail, argent, opportunités possibles… Mais pas plus que de raisons de partir, très franchement.
On dirait que j’ai simplement vécu mon trip thaïlandais à même son anticipation. Curieuse psychologie.
Mais faudra quand même que j’y aille. Alors décembre-janvier, disons. Quand c’est creux à nouveau. Quand les mêmes états dépressifs hivernaux qui m’avaient poussé à acheter mon billet d’un coup de tête reviendront fidèles au calendrier, comme chaque année, dans cette période où rien ne semble bouger et tout le monde semble très occupé sauf moi.
Bref, je ne pars plus pour le moment, mais ça va mieux par ailleurs, tout bien pesé.
Au pire je me ferai un petit trip au Texas à South by Southwest au mois de mars, pour la troisième année consécutive… Ça me fera ma dose de soleil luminothérapeutique.
Fuite en avant
Quand ça va mal, que tout a été tenté en vain, et que rien ne présage une amélioration, mieux vaut prendre ses jambes à son cou et partir.
Partir, c’est ma vie. Voilà bientôt 11 ans, je suis parti au Canada pour de bon, abandonnant tout derrière moi, faisant peu à peu de Montréal le centre de ma vie, la norme de mes repères. Il est temps de m’imposer un nouvel électrochoc.
À 20 ans, le Québec était un choc majeur. Devenu un homme adulte et endurci, j’ai besoin d’un choc plus grand encore. À l’autre bout de la planète, à l’autre bout du spectre anthropologique, là où d’autres peuples font tout différemment et ne font rien comme nous.
J’avais pensé à l’Iran, histoire d’en profiter pour gagner ma vie de journaliste dans un endroit qui fait les manchettes. Mais je ne suis pas sûr que j’ai les nerfs pour ça. Et j’ai eu beau chercher un prof de perse à Montréal, on dirait que ça ne court pas les rues. La Chine aussi serait un bon endroit, surtout que ce sont eux les vrais maîtres du monde maintenant, mais justement, ils sont devenus un peu trop chers pour mon budget.
Restent l’Afrique équatoriale, et l’Asie du Sud-Est. Mon coeur balance. Idéalement, un endroit où je serais confronté aux plus grands dépaysements tout en minimisant mes chances de me prendre une bastos dans la caboche ou de me faire voler mon appareil-photo.
En effet, mon but est aussi de prendre un maximum de photos, les plus impossibles possibles. J’ai découvert une nouvelle passion pour la photo documentaire à La Havane, cet automne (voir mon billet précédent). Mon appareil en main, je me transformais en un animal social insoupçonné, me forçant à aller vers les gens.
La photo offre une double satisfaction : celle de créer des images intrigantes, et celle d’apprendre à connaitre des gens à qui on n’aurait pas adressé la parole sans le charmant prétexte de les prendre en photo.
La photo comme regard, la photo comme rencontre.
Quand l’appareil photo devient un outil de communication, le message devient le médium. L’image obtenue n’est qu’une excuse, un reste d’un moment vécu. Tout l’art du photographe consiste ensuite à offrir des photos qui rendent compte dudit moment en donnant le sentiment à celui qui les regarde d’avoir lui-même vécu cette rencontre. Ce qui est loin d’être évident.
Ce n’est pas à Montréal que je peux prolonger cette expérimentation. Je suis trop chez moi, trop confortable. Je dois donc partir.
Si la situation ne s’améliore pas d’ici 3 semaines, je me barre.

