20 février 2009
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Nids de Français


C’est encore arrivé l’autre soir. Je suis dans un party. La porte sonne. Trois Français débarquent. Ça sonne encore. Quatre autres Français. Ding-dong! Cinq de plus. Et ainsi de suite. Pas un indigène en vue. On serait dans un bar de Ménilmontant que ça changerait rien.

Un Français heureux au Québec.En général, j’évite ces situations que j’appelle des « nids de Français ». Ils ruinent ma conception personnelle de l’immigration. Je ne leur en veux pas, mais ils me dépriment.

Depuis quelques mois, ça devient plus difficile de les éviter.

Il semble que les Français « ghettoïsés » se sont multipliés ces dernières années. Leur ghetto s’étend dangereusement dans les milieux que je fréquente, qui étaient sensiblement French-free auparavant.

Je crois que c’est en raison du permis vacances-travail (PVT), ce visa spécial qui permet aux Français de venir tester la vie à Montréal sans investissement important. Dans mon temps, les enfants, c’était à la dure ! Aujourd’hui, on peut devenir facilement une sorte de « touriste-citoyen » pour une période de quelques mois à plusieurs années.

C’est très bien pour eux, mais d’après moi le contre-coup du « PVT » est qu’il supprime le critère de motivation du processus d’immigration. Pas besoin de vraiment vouloir, de vraiment désirer la vie à Montréal : on essaie un moment, ça coûte rien. Ça ou un autre pays, bof, on vient ici par hasard, du moment qu’on peut se barrer de la France.

Le risque, c’est de devenir un touriste à long terme sans jamais vraiment apprécier ce qui fait la beauté de la citoyenneté montréalaise. On arrive dans une gang de Français déjà installés, on se tient entre Français dans des ghettos de Français. On parle des Québécois à la troisième personne. On échange des expressions comme « ça me fait kiffer » ou « Sarko est un facho », en lisant Libération et en écoutant les Guignols sur le Web.

J’ai beau me dire que c’est leur droit, que les autres font comme ils veulent, je dois avouer que ça me décourage. Quel gâchis d’opportunités manquées, de nouvelles vies ratées ! Ne me dites quand même pas que vous êtes encore attachés à la France ? Franchement, il n’y a pas de quoi. C’est fini, la France. Depuis 60 ans que c’est fini. Ou même depuis le Second Empire. Alors si vous voyez du pays, profitez-en pour oublier un peu le vôtre…