25 novembre 2009
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Torréfaction 2.0


J’ai rédigé le nouveau site de la Brûlerie des cantons, designé par Marie-Claude Doyon et architecturé par Antoine Girard.

Antoine n’est autre que le fils des propriétaires de ce charmant établissement de Warwick, dans la région des Bois-Francs.

C’était une affaire de famille, mais aussi de passion, car nous avons donné notre meilleur pour que le site soit à la hauteur de la qualité des produits de la boutique.

L’achat de café en ligne n’est pas encore disponible mais je compte bien m’en servir pour profiter de leurs prix plus raisonnables que dans les commerces du Plateau…


25 novembre 2009
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Rogers Ventures: new player in the IT community



Last month I translated the Rogers Ventures website in French in collaboration with Duncan Moore.


Co-chaired by Melinda Rogers, daughter of company founder Ted Rogers, Rogers Ventures is a new « venture-style funding mechanism » for Canadian IT start-ups « with lots of value add ».

With already three start-ups in its investment portfolio (GridCentric, Thoora and Zoocasa), the new company will also actively support community events such as Webcamps across Canada.


25 novembre 2009
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« Pigistes Anonymes » en Italiano


Mon mini-guide Pigistes Anonymes: les 12 étapes du rétablissement vient d’être traduit par un confrère italien, Pino Rea, qui administre le portail de journalisme LSDI.

Grâce à son travail très généreux, plus de 2500 journalistes italiens abonnés à sa liste de diffusion ont reçu aujourd’hui une copie de Pigistes Anonymes: i 12 passi del recupero. Pino a tenu à conserver le titre en français, il dit que c’est mieux.

Dans son article annonçant mon ouvrage, Pino compare mes idées au «journalisme entrepreneurial» de l’Américain Jeff Jarvis. Ce n’est pas la première fois que j’entends ça. Je vous jure que je ne l’avais pas lu avant de rédiger ce projet!


25 novembre 2009
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Phuket entre le paradis et l’enfer



Toujours aussi organisé, j’ai quitté Bangkok sur un coup de tête matinal pour débarquer deux heures plus tard à l’aéroport de Phuket sans la moindre idée de la prochaine étape. Quelle plage est la meilleure? Où vais-je coucher?

Repérant mon œil hésitant, une nuée de solliciteurs s’est massée autour de moi en me tirant les manches et les valises. Taxi! Taxi! Tuk-tuk Phuket! Taxi Patong! Only 1000 bahts! Le touriste solitaire se fait spotter dans la foule tel l’ours sur la banquise.

En une fraction de seconde, j’avais le portrait de mes trois prochains jours à Patong.

Plage occidentale de l’île de Phuket dévastée par le tsunami de 2004 (dont on ne voit aucune trace aujourd’hui), Patong est le royaume de l’attrape-farang. Aucun Thaïlandais authentique ne vit ici. Ce bourg est une machine à extirper le maximum d’argent de nos poches, façon Cancùn, avec des tarifs exorbitants pour la moindre niaiserie. Si tu gares ton scooter, si tu t’assoies sur une chaise, si on te sert un pauvre Nescafé, paf! Tout coûte 200 ou 300 bahts, soit le salaire quotidien d’un Thaï moyen, ce qui par un calcul économique très simple sent l’arnaque à plein nez.

C’est pas pour économiser que les touristes débarquent ici à pleins avions. C’est pour le cul. Et un peu pour la plage, très féérique.

Patong est un bordel à ciel ouvert, avec un stock inépuisable de jeunes filles à offrir. Le matin, l’après-midi, surtout la nuit, les rues sont bordées de bars pleins de filles, au moins dix pour chaque touriste. On a l’embarras du choix. Des jeunes hommes aussi, et beaucoup de transsexuels.

La méthode est simple : vous dites bonjour à une des filles, elle vous sort deux-trois questions standard dans son anglais approximatif, et vous incite à jouer avec elle à un casse-tête ou un tic-tac-toe pendant que derrière le bar, la «mamasung» vous pousse à la consommation. C’est là que je me suis rendu personnellement, le reste est le fruit de mes enquêtes (je tiens à le préciser).

Après 5 minutes ou 5 heures, si vous voulez partir avec la fille, vous payez un «bar fine» (200 à 500 bahts). Si vous couchez avec, vous la payez directement (1000 à 2000 bahts) et faites votre affaire (après avoir payé à votre hôtel le «guest fee» de 200 à 500 bahts).

Notez que les filles des bars sont des «freelance» qui travaillent sans proxénète; elles rapportent de l’argent au bar en incitant le client aux consommations et en payant le «bar fine». Les pimps exercent plutôt dans les «go-go bars», autres types d’établissements que je n’ai pas fréquentés (là où les filles portent des numéros et les clients les choisissent à distance).

Freelance ou pas, ces filles pratiquent la prostitution classique que nous connaissons tous.

Mais en Thaïlande, il y a une étape supplémentaire, qui explique les très nombreux couples surréalistes de vieux Blancs et de jeunes Thaï que l’on croise dans la rue.

Amours thaïlandaises

Si la fille rencontrée dans le bar vous plaît vraiment, elle peut devenir votre petite amie pour la semaine, le mois, l’année, la vie. Vous lui verserez un salaire de 10,000 à 20,000 bahts par mois (300 à 600$), soit l’équivalent du salaire d’un diplômé universitaire (ce qu’elle n’est pas!) et elle s’occupera de vous jour et nuit comme aucune Occidentale ne le fera jamais, sexe ménage lavage compris, jusqu’à vous éplucher une par une vos crevettes à table, sans jamais aucune remontrance, éternellement accrochée à votre main. Vous pouvez choisir d’aller habiter avec elle, de lui faire un enfant si ça vous chante. Elle ne vous quittera jamais tant que vous ne ferez rien de méchant.

Outre l’argent, la motivation des «thaï girlfriends» n’a rien à voir avec la beauté ou l’âge de leur compagnon mais avec sa gentillesse. S’il a «bon cœur», il est éligible. Typiquement, elles cherchent ce genre de relation monnayée après avoir connu un homme Thaï qui les maltraitait ou qui a fui le domicile, dans un coin de campagne quelconque où elles ont laissé leurs enfants à la garde de la grand-mère pendant qu’elles cherchent un «sponsor» occidental à Patong, Pattaya, Bangkok ou ailleurs.

Pour être franc, je ne sais pas si ça s’appelle encore de la prostitution à ce niveau. Nous avons longtemps eu ça chez nous aussi, les filles qui se cherchent avant tout un pourvoyeur pour les entretenir et/ou assurer leur survie. À Montréal, les hommes très riches peuvent se trouver des girlfriends à salaire beaucoup plus jeunes et belles qu’eux. La seule différence, c’est qu’ici n’importe quel ouvrier occidental tombe dans la catégorie «homme très riche».

Personnellement, j’aurais beaucoup de mal à embarquer là-dedans. Mais il faut avouer que ceux qui se prennent une «thaï girlfriend» n’ont pas une tête à trouver des girlfriends facilement chez eux… Alors à défaut d’autre chose, en dernier recours, si j’étais vieux moche et horriblement seul, ça me tenterait peut-être. Mais ce manque de sincérité, ce débalancement initial du désir sont inacceptables lorsqu’on sait à quoi ressemble une vraie relation de réciprocité avec une femme… aussi emmerdeuse soit-elle!

Pendant trois jours, j’ai vécu l’extortion totale et la sollicitation constante. Image évocatrice: vous empruntez une rue et soudain, vous marchez entre deux rangées de salons de massage devant lesquels douze filles en uniforme sexy vous crient «Massaaaage, Massaaaage, Hello Massaaaage». Vous faites mine d’aller droit devant, avec un but clair en tête, pour leur signifier votre ignorance; rien n’y fait. Certaines viennent vous agripper le bras. J’ai vécu cette scène 4 ou 5 fois. Leurs échos résonnent encore dans ma tête: Massaaaage Massaaaage Massaaaage!!!… Bien sûr qu’il y a un massage. Mais elles aimeraient aussi vous vendre la pipe ou la branlette (1000 bahts) et/ou devenir votre girlfriend.

Depuis que je suis en Thaïlande j’ai un principe: ne rien acheter qu’un vendeur vient me proposer de sa propre initiative. Je ne veux pas encourager la sollicitation abusive, je veux leur montrer que ça ne marche pas. Si un taxi me harrangue, je traverse la rue pour aller prendre celui qui ne m’a rien demandé. C’est plus fort que moi. Alors me faire crier «massaaage» m’agresse plutôt que de m’aguicher.

Derrière le sexe, Patong est la capitale du profilage racial, en quelque sorte. Si vous êtes un farang, vous êtes automatiquement identifié comme un gros naïf dépensier et obsédé de cul. Je crie aux stéréotypes!

Similan, le paradis de la plongée

Je me suis enfui de là grâce aux conseils d’un instructeur de plongée qui m’a vanté les mérites de la communauté balnéaire de Rawai, au sud de Phuket. Il disait vrai. Ça fait une semaine que je vis là et c’est exactement la Thaïlande paradisiaque que je cherchais, avec la plage, la vie tranquille sous les palmiers, quelques bars amusants, des tarifs dérisoires, et surtout des Thaïs normaux qui ne sont pas là seulement pour nous.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit le proverbe, alors j’ai pas grand chose à vous raconter sur Rawai, à part mes photos. Tout va bien, je me vide la tête et je me remplis le bide de bouffe extraordinaire pour moins de 100 bahts le repas. En gros, c’est cela.

Avant de m’envoyer à Rawai, mon instructeur de plongée m’a vendu une croisière de deux jours dans les îles Similan, dans l’Océan Indien au large de Khao Lac. Très fréquenté par les plongeurs, l’archipel est truffé de sites d’une beauté à couper le souffle (dont « Boulder City », succession de blocs de granite sous-marins alignés comme les rues d’une ville), avec une visibilité sans entrave et une vie marine foisonnante.

Parmi les perles : des requins-zèbres, des raies, une grosse tortue, de gros homards, et un poisson-pierre de 60 cm (mon instructeur n’avait jamais vu ça). Hélas, les raies manta sont en vacances jusqu’en janvier. C’est pas la saison. Pareil pour les requins-baleines. Dommage.

Après huit plongées en deux jours, dont une de nuit, j’étais complètement épuisé mais ravi. Le bateau était extrêmement bien organisé, comme une montre suisse. Même si nous étions une trentaine, chacun était servi comme un roi sans aucune bousculade. Il y avait même un gars pour m’enfiler mon BCD et me tirer mes palmes.

À présent, je suis Advanced Open Water Diver. Mais PADI fonctionne comme une secte; chaque fois que vous atteignez un niveau, vous visez le suivant! Alors je songe à m’inscrire pour un cours de plongée en air enrichi (Nitrox) qui me permettra de plonger plus longtemps, plus profond. En attendant, j’ai acheté des palmes et un masque de prix pour avoir l’air d’un pro à défaut d’en être un. Que voulez-vous, I love gear.

Mon rhume thaïlandais m’a empêché de plonger depuis cette croisière, mais je compte bien reprendre à plein temps quand j’irai dans les îles du golfe, de l’autre côté de la péninsule. Dimanche, direction Koh Tao, petite île relax entièrement axée sur la plongée, où mon cher ami Guillaume a vécu heureux avant d’aller vivre au Honduras voilà quelques années. Je ferai aussi un tour au fameux Full Moon Party à Koh Phangan. Retour à Bangkok vers le 15 décembre… on verra.

Ah oui, j’ai aussi essayé le kite surfing. Et l’acupuncture. Et le karaoké Thaï. Et le barbecue Thaï. Et la chair délicieuse du jacquier. Mais si je vous racontais tout, je passerais mon temps à bloguer plutôt que de relaxer…


15 novembre 2009
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Bangkok: Welcome to the Jungle


Ah Bangkok… Par où commencer? Expliquer Bangkok, c’est comme expliquer Montréal: c’est plus ou moins séduisant en photo, mais on tombe sous le charme une fois qu’on y est.

Pour commencer, c’est une affaire de vibe. D’images, mais aussi de sons, d’odeurs, de contacts… Tous les sens sont en éveil dans cette métropole tropicale qui mixe avec virtuosité la richesse et la pauvreté, la rapidité et la lenteur, la folie et la sagesse.

C’est pas compliqué: Bangkok est un zoo. On utilise souvent l’expression «jungle urbaine» pour faire branché, mais ici elle s’applique pour vrai, incluant le climat. Le mélange des espèces, la sueur qui coule partout, les bruits à n’en plus finir, la saleté, le bordel né d’une totale absence de planification, et tous les charlatans à chaque coin de rue qui veulent vous vendre des putes, des tours en taxi, des massages, des costumes… (dans cet ordre).

Beaucoup plus Jungle que le L.A. chanté par Guns’n'Roses.

C’est aussi une affaire de gens. Le sourire légendaire des Thaïs est au rendez-vous. Par exemple, c’est le genre à vous accompagner tout le tour du bloc si vous demandez votre chemin sur le coin de la rue (un peu comme les Japonais mais la comparaison s’arrête là). Ils sont souriants et amicaux, vous taquinent et vous tapotent le bras pour un rien, comme ça, en deux minutes. C’est l’âme thaï. Ça a un même un nom (Suskit ou quelque chose du genre), le Sanouk, un art de vivre qui consiste à toujours prendre la vie du bon côté, même dans les pires corvées. Alors ils plaisantent sans cesse, même quand ils essaient de vous crosser. C’est charmant.

Mon problème : difficile de rencontrer un Thaï sans qu’il ait quelque chose à me vendre, directement ou plus subtilement (comme les fameuses « thai girlfriends », fiancées à salaire que l’on voit au bras de nombreux Occidentaux qui n’ont pas une tête à les mériter).

Même règle qu’à Cuba ou au Mexique : si quelqu’un connaît l’anglais ou le français, c’est qu’il attend quelque chose de vous. Je peux comprendre, dans un pays où le salaire moyen est entre 300 et 500$ par mois pour un diplômé universitaire… Mais j’ai un peu de mal à leur faire confiance au-delà des sympathies.

Pour accéder à la «vraie» Thaïlande, celle où on n’a rien à vous vendre, il faut parler Thaï. Et ça mes amis, ce n’est pas donné à tout le monde. Leur langue est truffée d’intonations qui font d’elle une douce chanson ludique, mais qui la rend d’autant plus complexe. Au-cu-ne chance.

Alors je reste un Falang, aussi connu sous le nom de «walking ATM».

Falang un jour, Falang toujours

Parlant des Falangs, j’en ai rencontré plusieurs sortes. D’abord les expatriés, qui sont très nombreux à Bangkok. De tous âges et nationalités, on les croise surtout autour des luxueuses tours à bureaux du centre-ville. Ensuite, les touristes sexuels typiques, pour la plupart des hommes américains ou allemands qui se promènent au bras d’une chick super hot qui pourrait être leur petite-fille.

Ils ont généralement l’air d’un cadre moyen insupportablement BORING sorti d’un bungalow de la banlieue de Milwaukee ou d’Edmonton. Même avec leur belle chick, ils ont désespérément l’air triste et vide. D’ailleurs ce qui est intéressant quand on dîne à côté d’un de ces couples contre nature, c’est qu’ils n’échangent PAS UN MOT. Jamais. En revanche ils se tiennent la main constamment. Très franchement, ils me fascinent. Je suis obsédé par leur cas. C’est rendu que je les vois venir sur le trottoir de loin (un très grand et gros baby-boomer en bermuda de vieux, avec une petite et frêle brunette super lookée). Je poursuis présentement mon enquête à Phuket où je suis arrivé ce matin, et où je croise de tels duos tous les trente mètres (sans exagérer du tout). À suivre…

Enfin, bien sûr, il y a les touristes réguliers (quoique potentiellement sexuels), de partout dans le monde. Qu’ils soient hippies ou bourgeois, la plupart ont l’air très sympathique. Beaucoup de voyageurs à long terme, comme moi. Beaucoup de personnes seules, comme moi. Mais aussi des couples. Beaucoup de couples lesbiens, curieusement. Anyway, ils sont tous le fun à rencontrer parce que 1) quand on est seul on fait moins son difficile et 2) on a tous besoin de s’entraider pour naviguer entre les arnaques et connaître les meilleurs plans.

Pour le moment, j’ai dépensé beaucoup trop d’argent. Pourtant, tout coûte 3 dollars (ou 100 bahts) à Bangkok, qu’il s’agisse d’un délicieux Pad Thaï, d’une bière ou d’une course en taxi au bout de la ville. Mais 100 fois par jour… ça fait 300 piasses. Et croyez-moi, ils ont le don pour vider vos poches avant qu’on s’en rende compte.

Mais tout est si merveilleux ici. On voudrait tout acheter. À date j’ai commandé trois costumes sur mesure à trois tailleurs différents, tous recommandés par une relation (je vous donnerai le résultat de mes tests), j’ai acheté des fringues et une statue d’une déesse quelconque qui pèse très lourd.

Je suis maintenant dans le Sud où je prévois faire le tour des îles de rêve: Ko Phi Phi, Ko Pha-Ngan, Ko Tao. J’étudie la possibilité d’embarquer dans une croisière de plongée de trois jours dans la réserve naturelle des Îles Similan, pour nager avec les requins-baleines, requins-marteaux et raies manta. Un autre 500$ à débourser…


11 novembre 2009
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Les Pigistes Anonymes expliqués en 6 minutes


Écoutez mon entrevue avec Lise Millette de Radio J au sujet de mon guide Pigistes Anonymes.

Radio J est la balado de l’excellent observatoire sur le journalisme Projet J (J-Source en anglais).

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Outre mes propos un peu confus par moment, je suis à deux doigts de mériter le surnom Nicolas «là-là» Ritoux à l’instar du maire de Saguenay. Ça ne l’a pas empêché d’être réélu, alors ça me rassure.


11 novembre 2009
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Je ne suis pas un précaire !


C’est ce que je clame dans un essai paru dans Le Trente, la revue des journalistes. Sous l’angle de mon exemple personnel, c’est en fait du «nous» collectif des pigistes que je veux parler.

Cliquez pour lire (PDF)Je n’en peux plus des perceptions incorrectes et injustes qu’ont certaines personnes à l’égard des journalistes à la pige. Trop de gens les croient misérables, malheureux, ou pire encore débutants dans l’attente d’un «vrai» emploi salarié (comme si le salariat était un statut supérieur à l’entrepreneuriat).

Ces perceptions sont en partie notre faute. Nous, les journalistes, sommes un peu pelleteux de nuage et surtout, et nous avons un esprit très critique. C’est très bien pour faire notre métier, mais quand vient le temps de nous vendre, ce ne sont pas les qualités à mettre de l’avant!

C’est pourquoi j’ai écrit Pigistes Anonymes : les 12 étapes du rétablissement. Et c’est pourquoi je récidive ce mois-ci dans le Trente.

Cliquez pour lire (soyez indulgents sur la forme: c’est tiré d’une maquette!)

L’avenir est aux pigistes… à condition qu’ils sachent se vendre. Ils n’y arriveront pas s’ils se présentent comme des miséreux, ou pire encore s’ils ont un malaise à se vendre. Ce malaise est hérité du monde du salariat, dont nous ne faisons pas partie. Mais même ce principe de base n’est pas encore accepté par tous.

Question simple : pourquoi mes amis pigistes en design graphique, gestion de projet ou programmation ne souffrent-ils pas de la même perception d’infériorité par rapport à leurs homologues salariés? J’espère que nous trouverons la réponse tous ensemble, car pour l’instant, j’ai parfois l’impression de faire cavalier seul.


6 novembre 2009
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Tokyo 3: Poissons, empereurs, poteries


Tout le monde m’avait dit d’aller au marché aux poissons de Tsujiki, le plus grand au monde. Alors je me suis levé à 5 heures ce matin pour aller voir cette foire.

Cliquez pour agrandir

Comme de fait, c’était énorme. Je n’ai pas d’élément de comparaison (c’est le seul marché aux poissons que j’aie vu de ma vie) mais je crois sur parole que c’est le plus gros, en tout cas le plus malade mental.

Je tape sur les nerfs des poissonniers

Tous les trois pieds j’ai failli me faire frapper par un de leurs bolides poissonniers qui font des virages et accélérations soudaines sans crier gare. Il y en a des centaines, et je ne sais pas comment ils font pour trouver leur chemin prudemment, mais ils n’hésitent pas une seconde.

Cliquez pour agrandirTout au long de mon parcours dans les allées, j’ai eu l’impression de faire chier tout le monde, vendeurs acheteurs et ouvriers, ils me regardaient tous avec impatience et intolérance, bref je les emmerdais avec mon trip de photo.

Souvent ils me tassaient d’un coup de coude, ou me faisait des grands gestes de déguerpir. Pourtant je n’étais pas tout seul, il y avait plus de blancs que je n’avais jamais vu depuis le début de mon séjour, ce marché est dans tous les guides touristiques.

Dieu que je les comprends! Avoir une job aussi poche que ça et me taper en plus des touristes niaiseux qui me prennent en photo, je deviendrais fou moi avec. Mais ça m’a pas empêché de persévérer. Ma mission était établie, je voulais prendre un max de bonnes photos gluantes et sanglantes. J’en ai pas pris autant que je voulais parce que je me sentais vraiment pas le bienvenu, mais tout de même. À voir sur mon fil Flickr.

The Empire Strikes Back

Le saviez-vous? Les Japonais ont un empereur. Je veux dire, un vrai empereur présentement en activité. Moi quand je visite un pays je ne me documente qu’au dernier moment, et là j’avais manqué un bout. Résultat, après une longue marche au soleil vers la Cité Impériale, j’ai heurté une porte close. Ben oui, je comprends que c’était fermé, il y avait un empereur dedans!

Poteux avant l’heure

Avant tout le monde, il y avait les Jōmon. Ils étaient les premiers à faire de la poterie, pas seulement fonctionnelle mais ornementale à part ça. Je les ai vues leurs poteries, je témoigne: les Japonais avaient déjà une longueur d’avance sur nous il y a 12,000 ans!

Cliquez pour agrandirParmi les autres merveilles vues au Musée national de Tokyo, il y avait des dessins qui ressemblaient à s’y méprendre à de la bande-dessinée européenne d’avant-guerre.

Tout y était, à part peut-être les phylactères: les expressions, les faces, le mouvement… On aurait dit  Tintin. Seul détail, ça datait du 17ème siècle. La «ligne claire» 300 ans avant Hergé! Au même moment on en était encore à peindre la Vierge.

Demain la Thaïlande

C’en est déjà fini de mon trip japonais. Terminée l’Asie des riches. Demain, je serai à Bangkok. À partir de là, aucune idée. L’aventure, la relaxation, l’abandon au temps qui file sous les tropiques. Je me demande bien à quoi ça va ressembler. J’imagine un paradis. On verra bien…


5 novembre 2009
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Paradoxes japonais


Le Japon est une terre de paradoxes. En voici quelques-uns à la volée.

1) La propreté impeccable, sans poubelle

Cliquez pour agrandirJ’ai réussi à trouver UNE poubelle publique dans Tokyo, un vieux bidon de métal dans un parc perdu. À part ça, il n’y a jamais moyen de jeter ses cochonneries. On peut marcher très longtemps avant de trouver une poubelle et ce sera toujours le fruit d’une initiative privée (devant un dépanneur par exemple).

Pourtant, tout est incroyablement propre à Tokyo. On pourrait s’assoir en pantalon blanc sur le rebord du caniveau sans rien tâcher. On pourrait lécher les moindres recoins métallisés des rames de métro sans rien goûter. Toutes les vitres brillent sans cesse, les céramiques, les sols et les murs… et bien sûr, pas un mégot nulle part. À ce sujet, il faut dire qu’on peut pas fumer en dehors des endroits désignés. Pas parce que la fumée dérange (on peut fumer dans les bars et restaurants), mais justement pour éviter les botchs.

Cliquez pour agrandirMais je ne vois aucun Tokyoite se balader avec des déchets dans les mains. Je ne sais pas ce qu’ils en font. En produisent-ils au moins? Ils sont si propres… À deux millions de Montréalais on fait mille fois plus sale que 40 millions de Tokyonautes. C’est culturel. C’est peut-être le prix à payer pour avoir du fun dans la vie? Parce qu’à première vue je préfère ma vie latine du Québec à l’austérité japonaise…

À tout avouer j’ai vu quelques citoyens prendre l’initiative de nettoyer des parterres d’arbres, à quatre pattes dans le caniveau. J’en déduis que le secret de leur propreté se trouve dans l’acte citoyen généralisé et non dans la précision des services municipaux (qui sont extrêmement précis de toutes façons).

2) Tokyo 94

Cliquez pour agrandirDans les quartiers résidentiels comme celui de mon hôtel, j’ai tout bonnement l’impression d’être à Fontenay-sous-bois où j’ai passé mon adolescence. Les petites maisons ouvrières d’après-guerre croisées de rues à l’asphalte tout neuf, entourées de mobilier urbain dernier cri, un mélange de nostalgie et de modernité, le tout en format réduit organique, si ce n’était écrit partout en extra-terrestre on se croirait dans un vieux quartier typique de la banlieue parisienne.

Pourtant, si mon quartier offre un air familier à la Gif-sur-Yvette, incluant les maronniers et les platanes le long des rues, tout le monde est extraordinairement fucké, on s’entend. Ça reste des Japonais et ça reste l’autre bout du monde.

3) Personne n’attache son vélo

Ils se volent pas entre eux autres, les Tokyiens? Sur 40 millions d’habitants il doit bien y avoir un ou deux mécréants qui enfreignent la loi? Ça leur tente jamais de piquer un vélo? Il faut croire que non. Personne n’attache son vélo. Pourtant yen a des beaux, partout. Ils sont bien alignés, aussi.

Cliquez pour agrandirOù est le paradoxe? Il est dans ma conscience convaincue de la nature humaine. Si les Japonais sont des humains comme nous, et ceci semble établi je crois, il devrait y avoir un petit délit de temps à autre, une  envie de traverser au bonhomme rouge, de jeter son mégot par terre, tout au moins d’attendre le métro un pied au-delà de la bande jaune, non? Comment font-ils?

Le secret des Japonais semble résider dans cet étrange concept de la «face» dont je commence à peine à distinguer les contours. Something to do with self-control. Rapport à l’honneur et ce genre de choses. L’impératif catégorique à la puissance dix. Seul l’alcool les délivre de temps à autre, et brutalement me dit-on.

4) Personne ne s’impatiente

Toujours rapport à la «face», les Japonais prennent un temps fou à me rendre service pour la moindre niaiserie. Je demande mon chemin, on m’accompagne jusqu’à l’autre bord du bâtiment pour me le montrer. Si par malheur ils sont payés pour me rendre service, comme par exemple dans une boutique, on me fait des salamaleks à ras-de-terre, avec moult explications pertinentes, en passant derrière tout ce que je touche avec un petit chiffon. Je connais pas beaucoup d’employés par chez nous qui en feraient autant.

Cliquez pour agrandirRemarquez bien, c’est plaisant, je dirai pas le contraire! Mais serais-je capable de leur rendre un dixième de ça? Il faudrait que je refasse ma vie à zéro pour arriver à un tel niveau de patience et de dévotion. Moi j’ai grandi avec des Parisiens exaspérés, des vendeurs qui connaissent rien à leurs produits, et des serveurs qui se la pètent.

Je dis patience et dévotion, mais cela n’enlève rien à l’indifférence parfaite dont on me témoigne, notez bien. Malgré les gentillesses, je reste parfaitement invisible et inexistant. Tant qu’on leur adresse pas la parole, pas le moindre regard. Si on fait le premier pas, on a la totale. Dans un style tout à fait impersonnel, il va sans dire. Paradoxe paradoxe paradoxe.

5) Ils ont jamais vu un appareil photo

Toute ma vie, j’ai imaginé les Japonais comme des photographes extrêmes. Dans toutes les villes occidentales, on peut les voir photographier tout ce qui bouge avec passion. Mais quand on les visite, ils ont jamais vu ça dis-donc!

Cliquez pour agrandirDès que je sors mon appareil photo, j’ai l’air inopiné! On aura tout vu! C’est l’hôpital qui se fout de la charité, vraiment… Ah puis n’essayez pas de les prendre en photo, même par inadvertance, ils fuient aussitôt. Une chance que j’ai mon grand angle qui les pogne sans qu’ils le sachent… Et les quelques photos directes que j’ai réussi à prendre n’ont été possibles que par louvoiements extrêmes (voir mon fil Flickr).

Pourtant c’est eux autres qui fabriquent 99% des caméras du monde, ils devraient pas être surpris d’en voir une…

6) Tout est neuf neuf neuf

Cette ville a 5 ans. D’un bout à l’autre de la ville centrale (je ne dirai pas « centre-ville » parce qu’il y en a quinze différents), tout semble fraîchement construit ou rénové.

Cliquez pour agrandirLes bâtiments, les rues. Toutes les autos ont l’air neuf et sortent tout droit du lavage. Même les camions de marchandises brillent de tout leur chrome. Les vêtements des gens, toujours neufs et fraichement repassés. Toutes les filles sortent d’une carte de mode. Cette ville a des centaines d’années et toutes les raisons de vieillir prématurément sous le poids de ses habitants, mais elle ne souffre d’aucune usure. Jamais.

Pourtant on voit très peu de travaux sur la voie publique. Quelques échaffaudages, délicatement masqués. Pour le reste, tout reste neuf constamment. Quel est leur secret? Peut-être que c’est la qualité extrême de leur travail. De la belle manufacture japonaise, faite pour durer. Et les matériaux, on lésine pas mes amis! Ils semble que le stainless coûte pas un rond au Japon, ils le sortent à la moindre occasion. Et le marbre, et les belles céramiques, et les vitres splendides, et les pierres finement sablées…

Finalement, leur extérieur ressemble à un intérieur. Propre propre propre, sage sage sage, cute cute cute.


4 novembre 2009
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Alone in Tokyo


Cliquez pour agrandirSeul dans la plus grande mégalopole du monde industrialisé, personne à qui parler, la tête arrachée par les avenues, les trains, les gratte-ciel, les marées humaines costumées, la débauche technologique, les voix étrangères dans les haut-parleurs partout, sans aucune ombre d’un indice pour comprendre ce qu’on me dit et pour leur faire comprendre à mon tour, je suis seul comme jamais parmi 40 millions de personnes.

Cliquez pour agrandirÇa bouge partout autour de moi et je suis seul, seul, seul (on dirait du Jean-Jacques Goldman vous trouvez pas?). Alors viennent en moi toutes sortes de pensées sur le sens de nos vies.

Me voilà, le grand bavard grégaire hyperactif, en pleine cure de mutisme. Ça ne sert à rien de leur parler. Ils ont beau me répéter dix fois la même phrase, patiemment comme si j’allais finir par comprendre, je n’ai pas l’ombre d’une racine européenne pour m’accrocher. Alors je garde mon sourire idiot, et tant que je leur parle pas, ils me laissent tranquille. Je dirais même qu’ils en ont strictement rien à branler de ma présence.

Cliquez pour agrandirQuand par hasard on croise un autre blanc-bec dans la foule, on se spotte immédiatement avec un brin de réassurance mutuelle. Mais je veux pas me tenir avec les autres touristes. Pas tout de suite. Je préfère continuer à explorer ma solitude.

Je suis d’autant plus seul que ma vie entière et même la vôtre n’ont plus aucune importance à Tokyo. Pas plus que leurs vies à tous ces gens n’avaient d’importance pour nous, c’est l’évidence.

Ce que j’essaie de vous dire, maman, Jo-Annie, David, tout le monde, c’est que je me sens comme si nous étions tous disparus il y a très longtemps.

Cliquez pour agrandirEntre ces tours bizarroïdes à la fois géantes et small-sized, ces quartiers Playmobil électriques, ces trottoirs et ces camions propres comme des sous neufs, ces milliers de trains à 12 ou 20 wagons où l’on entend une mouche voler, ces forêts de cellulaires qui textent et textent et textent encore, et toute cette typographie d’extra-terrestres, se trouve une gigantesque marée humaine hyper-sophistiquée qui n’en a rien à foutre de vous et moi parce que nous sommes tous des fantômes d’un autre monde, des morts de Pompei en quelque sorte.

Cliquez pour agrandirJe pense qu’ils étaient juste partis trop loin quand nos civilisations ont commencé à se fréquenter, et bien que nous partagions des structures matérielles et financières, je traverse une sorte de réalité alternative.

Nue dans mon regard d’étranger, la vacuité de leurs excitations me renvoie la mienne. Tout ce qui faisait du plein dans ma vie, mon travail, ma culture, mes médias… pfffffff… Pas plus important que leurs visages juchés en haut des tours de Shibuya, tout aussi inepte que leurs shows de bruit.

Grande Analyse Très Songée : nous sommes tous égaux devant la vacuité. La condition humaine, dites-vous? Certes, mais d’habitude elle se fait oublier parmi les autres humains. Ici, elle et moi sommes seule à seul.

Cliquez pour agrandirJe me rends compte comme jamais à quel point mes proches sont précieux. Fantôme occidental à la dérive  dans l’indifférence japonaise, je pense à vous plus que d’habitude, et mieux que d’habitude.

Ça va quand on voyage chez les pauvres, on se dit c’est pas grave qu’ils vivent leur vie, ils ne savent pas ce qu’ils manquent, toutes sortes de choses pour nous rassurer comme quoi nos vies sont encore pleines. Mais au Japon mes pauvres amis, nous n’avons plus aucune excuse. Nous sommes des fantômes et puis c’est tout.

Reste une seule vérité : la bouffe. Hmmm. Ces épines dorsales d’anguille grillées sont longues en bouche.

Cliquez pour agrandirOu comme dirait Nine Inch Nails, une seule vérité : la douleur. Je suis un zombie jetlagué, un vrai Bill Murray à la fois fringant et décrissé à midi comme à 4 heures du matin. Peut-être pour ça que je patauge dans la philosophie à rallonge…

En réalité, si je me tape un down ce soir, c’est aussi parce que j’ai réussi à perdre mon iPhone tout neuf après seulement trois jours, tombé de mon sac dans le métro je pense. What’s next? Mon Macbook Pro ou mon Canon 5D et ses coûteuses lentiles? Je savais que je risquais le vol à la tire à Bangkok ou Saïgon, mais perdre mon iPhone comme un cave d’entrée de jeu, c’est dur.

Update 11:46pm — OH GOD J’AI RETROUVÉ MON IPHONE! Il était dans une autre poche de mon sac. Tout ça pour ça! Par la magie de la vie, je suis retourné à 1 heure de métro dans le bar où je pensais l’avoir perdu et devinez ce qui m’est arrivé? UNE JAPONAISE M’A FAIT LA CONVERSATION et même si ça a duré 10 minutes, ça m’a fait un bien fou. Il faut croire qu’il y en a qui sont curieux de me connaître un peu, quand même… Même si elle parlait anglais comme un mouton mongolais. Alors voilà, j’ai retrouvé à la fois mon iPhone et mon humanité, prolongeant un peu le construit social qui m’empêche de sombrer à nouveau dans la conscience de ma vacuité. Moralité: I NEED TECHNOLOGY + HUMAN BEINGS.