17 novembre 2006
Posté dans Journalisme
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(exclusif) À bas les campeurs !


Je publie cet article en exclusivité ici, parce qu’il n’a pas pu être publié dans La Presse. NON, c’est pas parce qu’ils le trouvaient poche, stu clair ! C’est parce qu’il n’y avait plus d’espace. Ça arrive.


À BAS LES CAMPEURS !

Par Nicolas Ritoux

Accusés de sournoiserie et de lâcheté par certains, tolérés par d’autres, les « campeurs » créent la controverse dans la plupart des jeux de tir multijoueurs sur Internet, de Unreal Tournament à Call of Duty.

Il ne reste plus que deux minutes de jeu. Vous êtes en vue du drapeau. Plus que quelques mètres avant de vous en emparer pour le ramener à l’équipe. Avec prudence, vous vérifiez qu’aucun adversaire ne se trouve autour de vous. Mais dès votre premier pas, vous êtes dégommé d’un tir à la tête sorti de nulle part. Vous avez beau revenir et mourir vingt fois au même endroit, vous ne repérez jamais votre tueur. Normal : vous avez été victime d’un campeur.

Dans les jeux de tir à plusieurs, le camping est une tactique qui consiste à se planter discrètement dans un coin sans jamais bouger, pour tirer sur les adversaires sans s’exposer, ou pour guetter l’apparition d’un objet convoité. On trouve régulièrement deux ou trois campeurs dans chaque partie de shooter en ligne, et dans toutes les variantes de jeu, de la capture de drapeau au deathmatch.

Évidemment, le grand avantage de ne pas bouger, c’est qu’on évite les pruneaux. Mais les autres joueurs, qui font l’effort de se déplacer pour aller à l’encontre de l’adversaire, ont souvent tendance à mépriser les campeurs en raison de leur avantage injuste. Même leurs coéquipiers les punissent souvent, par des agressions verbales, des gestes hostiles ou des exécutions sommaires ; en effet, le camping peut être considéré comme une forme de désertion. Dans les armées du monde réel, on expédirait ces lâches au tribunal militaire, voire au poteau !

« Quand tu joues pour le fun sur un serveur public, le but n’est pas de camper », reconnaît David Richard, 20 ans, qui joue à Call of Duty 2 pour l’équipe québécoise eGe (Electronic Gaming Evolution). « Les campeurs ne font pas l’unanimité. Personnellement, je pense que chacun a son style de jeu et qu’on a le droit d’être patient plutôt que de courir partout. »

Toléré dans certains cas

Selon David, les campeurs sont officieusement acceptés pour certains rôles précis, comme la défense dans une partie de capture de drapeau. On accepte souvent qu’un ou deux joueurs campent à proximité du drapeau pour le surveiller, tant qu’ils restent dans la zone de leur propre équipe.

« On peut aussi tolérer le camping dans des jeux où une des deux équipes est clairement défensive, comme dans certaines parties de Counter-Strike, quand les anti-terroristes attendent que les terroristes viennent planter leur bombe », précise Talmadge Wright, sociologue à l’Université Loyola de Chicago, qui a étudié les interactions humaines dans ce célèbre jeu en ligne – son étude a été publiée dans le site Web de « ludologie » Gamestudies.org.

« Également, dans tous les shooters en ligne, certaines cartes vont être clairement dessinées pour favoriser les tireurs d’élite (snipers), et dans ce cas la dynamique du jeu va être précisément centrée sur le camping », poursuit M. Wright, dont l’étude a notamment révélé que les joueurs plus âgés pratiquaient davantage cette tactique de patience.

Réservé à la compétition

« Bien sûr, le problème des campeurs se pose uniquement sur les serveurs de jeu publics. En compétition, c’est tout à fait différent », précise Jonathan Leblanc, un étudiant en communications de 23 ans qui dirige l’équipe eGe depuis plusieurs années – elle est devenue une des meilleures, sinon la meilleure équipe du Québec dans le jeu Counter Srike.

« Sur un serveur public, c’est frustrant de se faire tuer dix fois par le même gars caché au même endroit. Mais en compétition, tous les coups sont permis », explique Jonathan. « D’ailleurs, on est plutôt incités à garder les mêmes positions pendant toute une partie, parce que nos coéquipiers ont une stratégie à respecter et s’attendent à nous voir là où ils ont besoin de nous. Cela dit, quand les joueurs sont bons, ils connaissent toutes les cachettes de chaque carte et délogent facilement les campeurs. »

« La tolérance envers les campeurs dépend étroitement de la façon dont les joueurs perçoivent le but du jeu », résume Talmadge Wright. « Si on joue uniquement pour le plaisir, alors les campeurs risquent de nuire au fun des autres en les tuant sans leur laisser de chance. Selon moi, le choix de camper est lié à la perception que chacun a de son équipe : est-ce que je fais partie d’un groupe auquel je dois collaborer, ou est-ce que je joue pour moi seul ? »


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