Alamogordo: Le cauchemar des serpents
On se demandait ce qu’il mâchouillait depuis tantôt. Il vient de le cracher dans un seau à nos pieds ; du tabac, on dirait à la couleur. C’est peut-être de là aussi que vient la tâche sur son chandail. Mais il peut y aller, ça ne salira pas plus la place.
Improvisée sous un toit de tôle au milieu de sa « cour à scrap », la boutique de surplus militaire de Tom Moore n’a pas l’air d’avoir été nettoyée depuis qu’il l’a ouvert en 1981. La seule chose qui nous rattache au présent, c’est la radio de la police dans le haut-parleur au-dessus de nos têtes.
« Si j’entends un suspect du nom de Larry Moore, je saurai que mon fils a fait des bêtises », plaisante l’homme de 64 ans. Lui en fait, en tout cas. Il y a cinq ans, tout ce que la région compte d’agents est descendu sur sa propriété. « Ils ont amené un hélicoptère et un avion. Ils pensaient que je vendais des armes automatiques à d’autres pays. Ça m’a coûté beaucoup de temps et d’argent pour rien. Il n’y a même pas eu de procès. Une gang d’enfants de ch…, si vous voulez mon avis. »
Tom Moore ne doit pas seulement sa célébrité à cette descente de police spectaculaire, mais aussi à sa collection de serpents à sonnette. Devant sa boutique, un trou a été creusé pour en accueillir une cinquantaine. Pour 25 cents, Tom vous donne une baloune que vous pouvez jeter dans le trou. Les serpents mordront dedans. Ça ne manque jamais.
Depuis vingt ans, Tom organisait le « rodéo des serpents à sonnette » (rattlesnake roundup) durant la foire agricole d’Alamogordo, au mois d’avril. Cette année, elle n’aura pas lieu, faute de rentabilité. « Ça a eu beaucoup de succès les premières années. On a reçu jusqu’à 5000 spectateurs de tout le pays », raconte-t-il.
Et ça consiste en quoi ? « Les gars de la région réunissent tous les serpents qu’ils ont capturé dans un grand cercle. On donne des prix pour le plus long et le plus pesant. Je leur achète le reste à la livre, pour revendre la peau. Ensuite, on fait un spectacle pour les gens, en leur expliquant comment manipuler les serpents. Larry leur montre qu’il peut entrer dans un sac de couchage avec vingt ou trente serpents, et ressortir sans se faire mordre. Il fait ce tour depuis qu’il était tout petit. »
Le « rodéo » de Tom a souvent été critiqué pour la violence faite à ces animaux. Des centaines y étaient tués chaque année – certains pour finir sur le barbecue. « J’ai eu souvent des manifestants sur ma propriété », soupire-t-il. « Je leur souhaite la bienvenue, ils ont droit à leur point de vue. Il n’empêche que personne n’aime voir des serpents autour de sa maison. »
Texte et images COPYRIGHT 2007 Nicolas Ritoux. Tous droits réservés.