4 novembre 2009
Posté dans Voyages
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Alone in Tokyo


Cliquez pour agrandirSeul dans la plus grande mégalopole du monde industrialisé, personne à qui parler, la tête arrachée par les avenues, les trains, les gratte-ciel, les marées humaines costumées, la débauche technologique, les voix étrangères dans les haut-parleurs partout, sans aucune ombre d’un indice pour comprendre ce qu’on me dit et pour leur faire comprendre à mon tour, je suis seul comme jamais parmi 40 millions de personnes.

Cliquez pour agrandirÇa bouge partout autour de moi et je suis seul, seul, seul (on dirait du Jean-Jacques Goldman vous trouvez pas?). Alors viennent en moi toutes sortes de pensées sur le sens de nos vies.

Me voilà, le grand bavard grégaire hyperactif, en pleine cure de mutisme. Ça ne sert à rien de leur parler. Ils ont beau me répéter dix fois la même phrase, patiemment comme si j’allais finir par comprendre, je n’ai pas l’ombre d’une racine européenne pour m’accrocher. Alors je garde mon sourire idiot, et tant que je leur parle pas, ils me laissent tranquille. Je dirais même qu’ils en ont strictement rien à branler de ma présence.

Cliquez pour agrandirQuand par hasard on croise un autre blanc-bec dans la foule, on se spotte immédiatement avec un brin de réassurance mutuelle. Mais je veux pas me tenir avec les autres touristes. Pas tout de suite. Je préfère continuer à explorer ma solitude.

Je suis d’autant plus seul que ma vie entière et même la vôtre n’ont plus aucune importance à Tokyo. Pas plus que leurs vies à tous ces gens n’avaient d’importance pour nous, c’est l’évidence.

Ce que j’essaie de vous dire, maman, Jo-Annie, David, tout le monde, c’est que je me sens comme si nous étions tous disparus il y a très longtemps.

Cliquez pour agrandirEntre ces tours bizarroïdes à la fois géantes et small-sized, ces quartiers Playmobil électriques, ces trottoirs et ces camions propres comme des sous neufs, ces milliers de trains à 12 ou 20 wagons où l’on entend une mouche voler, ces forêts de cellulaires qui textent et textent et textent encore, et toute cette typographie d’extra-terrestres, se trouve une gigantesque marée humaine hyper-sophistiquée qui n’en a rien à foutre de vous et moi parce que nous sommes tous des fantômes d’un autre monde, des morts de Pompei en quelque sorte.

Cliquez pour agrandirJe pense qu’ils étaient juste partis trop loin quand nos civilisations ont commencé à se fréquenter, et bien que nous partagions des structures matérielles et financières, je traverse une sorte de réalité alternative.

Nue dans mon regard d’étranger, la vacuité de leurs excitations me renvoie la mienne. Tout ce qui faisait du plein dans ma vie, mon travail, ma culture, mes médias… pfffffff… Pas plus important que leurs visages juchés en haut des tours de Shibuya, tout aussi inepte que leurs shows de bruit.

Grande Analyse Très Songée : nous sommes tous égaux devant la vacuité. La condition humaine, dites-vous? Certes, mais d’habitude elle se fait oublier parmi les autres humains. Ici, elle et moi sommes seule à seul.

Cliquez pour agrandirJe me rends compte comme jamais à quel point mes proches sont précieux. Fantôme occidental à la dérive  dans l’indifférence japonaise, je pense à vous plus que d’habitude, et mieux que d’habitude.

Ça va quand on voyage chez les pauvres, on se dit c’est pas grave qu’ils vivent leur vie, ils ne savent pas ce qu’ils manquent, toutes sortes de choses pour nous rassurer comme quoi nos vies sont encore pleines. Mais au Japon mes pauvres amis, nous n’avons plus aucune excuse. Nous sommes des fantômes et puis c’est tout.

Reste une seule vérité : la bouffe. Hmmm. Ces épines dorsales d’anguille grillées sont longues en bouche.

Cliquez pour agrandirOu comme dirait Nine Inch Nails, une seule vérité : la douleur. Je suis un zombie jetlagué, un vrai Bill Murray à la fois fringant et décrissé à midi comme à 4 heures du matin. Peut-être pour ça que je patauge dans la philosophie à rallonge…

En réalité, si je me tape un down ce soir, c’est aussi parce que j’ai réussi à perdre mon iPhone tout neuf après seulement trois jours, tombé de mon sac dans le métro je pense. What’s next? Mon Macbook Pro ou mon Canon 5D et ses coûteuses lentiles? Je savais que je risquais le vol à la tire à Bangkok ou Saïgon, mais perdre mon iPhone comme un cave d’entrée de jeu, c’est dur.

Update 11:46pm — OH GOD J’AI RETROUVÉ MON IPHONE! Il était dans une autre poche de mon sac. Tout ça pour ça! Par la magie de la vie, je suis retourné à 1 heure de métro dans le bar où je pensais l’avoir perdu et devinez ce qui m’est arrivé? UNE JAPONAISE M’A FAIT LA CONVERSATION et même si ça a duré 10 minutes, ça m’a fait un bien fou. Il faut croire qu’il y en a qui sont curieux de me connaître un peu, quand même… Même si elle parlait anglais comme un mouton mongolais. Alors voilà, j’ai retrouvé à la fois mon iPhone et mon humanité, prolongeant un peu le construit social qui m’empêche de sombrer à nouveau dans la conscience de ma vacuité. Moralité: I NEED TECHNOLOGY + HUMAN BEINGS.


3 commentaires à «Alone in Tokyo»


  • ad a écrit :

    A timely post.
    I’ve been feeling that way but without having travelled to another country. Thanks for the perspective.

  • Cecile Gladel a écrit :

    Niko, ce voyage semble te faire réfléchir…Mais super intéressant de lire tes réflexions sur ce pays. et je sais, on est seul, même si la Californie est plus proche du Québec que le Japon, je m’y suis sentie seule. Une solitude qui ne fait pas de mal parfois ;-)

  • Marie-Julie a écrit :

    J’adore ce billet! Quel délicieuse sensation que cet état de déséquilibre… Merci de me faire revivre tout ça! :-)

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