6 février 2010
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Le gars le plus bronzé de Vancouver


Trois mois et demi, c’est long. Je suis parti le 1er novembre, et ça me paraît déjà si loin. Dans deux jours, je vais revoir la neige pour la première fois depuis très longtemps.

Ce n’est pas la neige de Montréal qui m’attend, mais celle de Whistler, où je vais couvrir les Jeux Olympiques pour le portail Sympatico, du 12 au 28 février (vous pouvez déjà voir ma section réservée).

Ensuite seulement, je reviendrai à la maison, back in business pour mes clients qui, je l’espère, ne m’ont pas oublié ni remplacé durant mon voyage. Je vais revoir ma douce princesse Fouffy qui a passé l’hiver chez matante Stéphanie dans le Grand Nord (à Rosemont), et mes plantes dont Jo-Annie s’est généreusement occupée durant mon absence. Je vous aime, les filles!

À mi-chemin entre l’Asie et l’Occident, Vancouver m’offrira une transition idéale pour revenir en douceur. Mais j’y serai pour travailler, alors la partie «vacances» de mon voyage est définitivement terminée.

Ce long séjour en Asie du Sud-Est était un test. En tant que travailleur autonome, je voulais voir si je pouvais fuir la dépression hivernale, et retrouver mes clients et mes revenus à mon retour. Si ça marche, je recommencerai chaque année. Pourquoi attendre la retraîte pour jouer les snowbirds?

Toute la difficulté de l’opération consiste à retrouver mes clients quand je reviens après trois mois d’absence, surtout que je me suis endetté à force de dépenser comme un bourgeois.

À ce titre, ma collaboration à Sympatico tombe à pic, puisqu’elle va me replonger dans le travail aussitôt rentré au pays. Après ça, j’espère bien retrouver le rythme de travail infernal d’avant mon départ.

Ce n’est pas qu’une queston d’argent. J’aime mon travail. Après quelques années de galère, je suis fier d’être devenu un workaholic super productif. Tant que j’arrive à produire de la qualité et du volume, je ne compte pas les heures, week-ends inclus.

Ça fait trois mois et demi que je branle rien, à part me balader, m’amuser et prendre des photos. Jamais plus d’une ou deux tâches par jour: sous le soleil des tropiques, on se doit d’être lent et patient. Bref, rien à voir avec mes journées montréalaises.

J’ai bien essayé de faire des contrats à distance pour quelques clients, mais je sentais bien que le climat ralentissait mon cerveau. Trop chaud, trop mou. Sans parler du décalage de 12 heures, qui rend les réunions téléphoniques difficiles. À 22 heures après deux bières, j’ai du mal à synchroniser mon humeur avec mes clients de Montréal qui prennent leur deuxième café du matin.

Vais-je être capable de retrouver mon rythme d’antan? Je le souhaite fort, car toutes les plages paradisiaques du monde ne remplaceront jamais le plaisir de remplir mes journées d’un travail accompli. Je suis comme ça. Pas capable de glandouiller, fut-ce sous les cocotiers.

Durant ce voyage, j’ai découvert de nouvelles cultures, j’ai peaufiné ma débrouillardise, et j’ai appris à trouver du plaisir dans la solitude et le mutisme. J’ai rencontré plein de gens intéressants d’une auberge à l’autre. J’ai vécu des expériences magiques, d’autres insupportables.

J’ai vécu beaucoup de joies – et beaucoup de colères aussi. C’est normal quand on vient pour la première fois par ici, on tombe dans de nombreux pièges, aussi malin et préparé que l’on soit. Ça m’aura permis d’explorer les facettes de ma personnalité face à des sentiments nouveaux. Bref, l’aventure, quoi!

Mon voyage était-il trop long? Aurais-je du explorer davantage de pays plutôt que de me poser deux semaines à chaque endroit? Ce qui est fait est fait.

Quel que soit le circuit choisi, je crois que le but du départ a été atteint: m’évader au bout du monde jusqu’à oublier ma chère Montréal, pour mieux l’embrasser à mon retour avec une passion renouvelée, sans voir ses pustules hivernaux.

Je compte bien recommencer l’expérience, mais cette fois-ci en Amérique du Sud, où les fuseaux horaires sont plus pratiques pour le travail à distance, et où je croiserai beaucoup moins de saoûlons anglo-saxons torse-nu (désormais la race que j’haïs le plus au monde). Le projet est lancé! Première étape: prendre des cours d’espagnol dès mon retour. Vous avez de bonnes adresses pas trop chères?


1 février 2010
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A Love Letter to Crocs


Les Crocs sont les sandales que tout le monde adore haïr. Tombées en désuétude aussi vite qu’elles avaient connu le succès, ces bouses de plastique massives ne m’ont pourtant apporté que des bénéfices durant mes trois mois de voyage en Asie – loin devant les autres sandales.

Bénéfice 1: Les Crocs ne sont pas si laides que ça

Qu’on se le dise : je suis soucieux de mon image. Même dans la plus débauchée des îles tropicales, vous ne me verrez jamais faire les magasins en camisole pourrie, ou dîner au restaurant en culottes de sport. Je respecte les gens en évitant de les choquer par mon image. Je suis prêt à souffrir, en jeans serrés sous 35° au soleil s’il le faut. Pour moi, c’est une question de discipline. Dont je suis fier. Ma seule entorse à cette discipline, ce sont les Crocs. Je le sais que vous les trouvez laides. Mais le sont-elles tant que ça? Si on se met dans le contexte du voyage, je croise tellement de gens mal habillés, hippies de carnaval, hooligans en vacances, mononcles pervers, etc. Si on considère que le reste de mon look est plus propre et respectueux que tous ces gens, me semble que mes pieds ont droit à une petite excentricité… C’est ça pour moi les Crocs: une excentricité. Si le reste du look est propre, alors ça passe très bien. Et de toutes façons, en Thaïlande on passe son temps à retirer ses chaussures partout…

Bénéfice 2: les Crocs donnent zéro douleur

J’ai tout essayé durant mon voyage: les Havanaias avec le petit drapeau du Brésil dessus (vous les aimez celles-là, hein!), les Hush Puppies avec semelle ergonomique, les snickers d’été… Soumises au test du voyage intensif, toutes ces paires m’ont fait souffrir en moins d’une semaine, avec sang et blessures profondes. J’étais rendu à porter les unes pendant que les blessures des autres cicatrisaient. Et puis j’ai découvert les Crocs. Jamais eu mal avec les Crocs. J’ai fait des kilomètres, dans la chaleur, la sueur, la mer et la terre. Jamais rien senti. Je n’ai même pas besoin de forcer des muscles inhabituels pour qu’elles tiennent en place, comme c’est le cas avec les autres modèles. En fait, ce sont les seules sandales que j’oublie quand je les porte.

Bénéfice 3: les Crocs sont antichoc

Quand on voyage dans le Sud, on court 10 fois plus de risque de se péter les orteils. Les rues sales et collantes, les obstacles inattendus, les roches, la circulation, les transports collectifs sont autant d’ennemis à combattre pour un petit gars distrait sorti de son confort montréalais. Avec les Crocs, envoyez-en! Pas de problème. Combien de fois j’ai glissé ou heurté mes pieds contre des obstacles qui m’auraient déchiré de douleur si je n’avais pas eu mes Crocs? Avec les Crocs, on peut bûcher aussi fort qu’on veut sur ce qu’on veut, s’appuyer sur un pot d’échappement brûlant… rien n’arrive ! Sous leur apparence molle, les Crocs sont en béton.

Bénéfice 4: les Crocs vont partout

Légères, anti-dérapantes, bien accrochées au pied grâce à un design ingénieux, les Crocs peuvent être portées indifféremment pour la marche, la course, l’escalade, le bateau, la moto, et même la baignade. Plongez dans la mer en Crocs, vous ne les perdrez pas. Et si vous marchez sur des coraux, vous serez contents de les avoir.

Bénéfice 5: les Crocs vont plus vite

Lors de mon trekking en montagne à Chiang Mai, j’ai gravi des sentiers interminables parsemés de roches, de pentes sableuses à pic, de ruisseaux boueux. Mes camarades touristes avaient prévu leurs chaussures de marche dispendieuses, et je suis sûrs qu’au début, ils riaient sous cape de me voir en Crocs. C’est moi qui ai ri le dernier. Je suis un des rares membres du groupe à ne pas m’être planté une seule fois. Quand les autres glissaient, j’avançais bien agrippé. Quand ils faisaient la file sur un pont précaire, je prenais un raccourci directement dans l’eau. Définitivement, je recommande les Crocs à tout le monde. Et je compte bien garder les miennes pour mes futures aventures. Seule question: irais-je jusqu’à les porter cet été sur le Plateau? C’est à voir.


22 janvier 2010
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La vraie de vraie Thaïlande


Je pense que j’étais en dépression ces deux dernières semaines dans les îles du Sud. J’ai maintenant retrouvé le bonheur, dans la ville nordique de Chiang Mai où j’ai rejoint mon ami Daniel.

Capitale de la Thaïlande du Nord, riche en histoire et en spiritualité, Chiang Mai est belle, intelligente et cultivée. On y trouve un peu du chaos de Bangkok, des putes de Phuket, des hippies des îles… Mais on y trouve aussi un sens et une profondeur qui m’ont fait défaut ailleurs.

On le voit dès qu’on arrive: les rues, les bâtisses, les jardins, l’urbanisme n’ont rien à voir avec la broche à foin, le béton grossier ou la scrap hippie qui domine le Sud. À Chiang Mai, tout est relativement beau et bien entretenu. De plus, on côtoie les Thaïs dans leur état naturel, et ils traitent les touristes comme du monde normal, avec un respect et une sympathie authentiques.

Bien sûr, il y a aussi des coins comme ça à Bangkok, mais ils sont cachés et difficiles d’accès, tandis qu’ici on atterrit en plein milieu.

J’ai trouvé ici ce qui me manquait depuis des semaines, depuis le Vietnam en fait: pouvoir croire à ce que je vois, et donner un sens à ce qui m’entoure.

Résultat, je suis en train de me réconcilier avec moi-même, que je ne supportais plus, avec les Thaïs que je trouvais de moins en moins sympas, avec les autres touristes qui m’agaçaient de plus en plus.

Si j’avais blogué avant d’arriver à Chiang Mai, je vous aurai balancé un ramassis d’ondes négatives sur ma fatigue des crosseurs, des solliciteurs, du mépris des Thaï, de la connerie des touristes. Et des moustiques. Mais j’aurais eu tort.

Le problème se trouvait en moi-même.
(Sauf pour les moustiques.)

Tout a commencé par un sentiment d’échec. Voyez-vous, j’avais réservé au moins 6 semaines pour la plongée dans ce voyage. Après avoir perdu le mois de décembre à cause d’une côte brisée bêtement, je n’ai finalement eu droit qu’à 7 jours (trippants!) de plongée avant de pogner une atroce infection à l’oreille (swimmer’s ear) qui m’a interdit l’eau à nouveau.

Déprimé par mon impuissance et mon oisiveté (il n’y a rien à foutre à Koh Tao à part plonger), j’ai dit au revoir à mes amis du sympathique New Heaven Dive Shop et j’ai filé à l’île voisine de Koh Pha Ngan pour aller oublier mes soucis sur la plage d’Haad Rin (lieu notoire du Full Moon Party). J’ai ouvert mes yeux et mes oreilles, j’ai décidé d’accepter tout ce qu’on me proposait et de lâcher prise sur mes angoisses.

Ça a fonctionné pendant 3 jours et trois nuits, pour finir en apothéose de débauche au Black Moon Party. C’était carrément partytastique. Je me suis fait pote avec des petits jeunes excités, on a bu on a dansé sur la plage. L’abandon total à la stupidité m’a fait du bien. Mais très vite, cette dernière m’est revenue en pleine face. Je me suis mis à haïr tout le monde, autant les jeunes fêtards que les serveurs et commerçants (qui passent leur temps à vous arnaquer en plus de vous traiter comme de la merde).

Là je vous entends déjà: t’es idiot d’aller à Haad Rin, à Koh Pha Ngan ya plein d’autres plages plus sympas! Oui mais la plage sympa, elle m’emmerde. J’avais déjà donné à Koh Tao. Je voyage seul, et je suis difficile en amitié. Je n’aime pas m’asseoir à ne rien faire sur une plage pendant plus de 10 minutes. Et je suis un gars de la ville, alors palmiers ou pas, ça reste de la cambrousse.

Mais surtout, ce que j’aime dans le tourisme, c’est d’aller me fondre parmi les locaux, marcher dans la foule et sortir de mon confort. Dans le Sud, ce sont plutôt les locaux qui se fondent parmi les farangs. Bref, hors de la plongée, le Sud m’a plutôt énervé.

Ô joie ! Chiang Mai a tout changé. Ça fait du bien d’être vraiment en Thaïlande, pour vrai de vrai. Si je marche 1 heure en ville, je croise tout au plus une douzaine d’autres farangs, qui ne sont pas en bedaine ou en camisole pourrie. Les Thaïs, pour leur part, vaquent à des affaires sérieuses sans se soucier de nous. Enfin!

J’ai bien fait de quitter la barbarie pour la civilisation. Rétabli par cet environnement sain, beau et amical, je peux enfin commencer à me concentrer sur mon travail, entre mes balades et mes sorties avec la gang à Daniel. C’est que dans trois semaines, je dois être à Vancouver pour couvrir les Olympiques. Ça va être super intense, et je n’ai encore rien préparé. Mes trois mois de vacances tirent à leur fin, faut que je m’y mette.


21 décembre 2009
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Tourisme, francophonie et communisme


Je tiens à défaire deux grands mythes sur le Vietnam: ce pays n’est ni francophone, ni vraiment communiste.

Ma brève expérience vaut ce qu’elle vaut, mais en deux semaines, je n’ai rencontré aucun Vietnamien qui parle français. On me dit: il faut parler aux vieux (70+) car ils ont été éduqués en français. D’accord, j’essaye. D’abord des vieux il faut en trouver; si on les avait pas tous massacrés la moyenne d’âge serait moins jeune dans ce pays. Ensuite ceux que j’ai rencontrés n’ont jamais compris ce que je leur demandais.

Peut-être qu’il faut aller du côté des intellectuels plutôt que des commerçants. Mais s’il ne reste que trois vieux profs à la retraite qui parlent français, alors je n’appelle pas ça un pays francophone. Je suspecte que l’appartenance du Vietnam à la francophonie en 2009 est dûe à un vieux reste d’orgueil de la France qui aime se trouver importante et refuse de croire que son influence disparaît.

Bien sûr que le Vietnam est communiste dans son régime et ses institutions gouvernementales, et de nombreuses victimes des camps de rééducation peuvent en témoigner, mais dans la vie quotidienne, j’ai l’impression d’un folklore, un peu comme la monarchie en Grande-Bretagne.

Encore une fois, j’avoue que je vois ça de l’extérieur, c’est sûrement ancré plus profondément que ça! Mais ma perception (purement superficielle) c’est qu’à part les haut-parleurs qui diffusent les «nouvelles» tous les matins de 7h30 à 8h dans les villes et villages du Nord, on voit beaucoup moins de traces du communisme que du capitalisme.

Quand j’étais à Cuba, personne n’avait le droit de posséder une entreprise privée, on voyait pas de publicité, on trouvait pas de KFC. Ici, c’est la grosse business comme en Thaïlande (qui est elle-même une para-dictature militaire, sans que personne ne s’offusque). J’ai même trouvé un magazine «Marketing Vietnam» qui prouve une fois pour toutes que la guerre a bel et bien été gagnée par les Américains les capitalistes.

Je quitte aujourd’hui Hanoi pour rejoindre mon ami Van Tri à Saigon. Ça va me faire du bien, je me les pèle grave ici. Je ne suis pas venu en Asie pour attraper un rhume, je suis venu pour glander sous les cocotiers!

À l’encontre de sa réputation, Hanoi m’a émerveillé. Capitale qui se respecte, avec de longs boulevards bordés d’arbres majestueux, un vieux quartier splendide, plein de belles choses à acheter (plus qu’à Saigon ou Bangkok). Et contrairement à ce qu’on m’avait dit, les Hanoïens m’ont moins donné d’attitude de merde qu’à Saigon. J’ai vécu de nombreux moments magiques, et peu d’irritations.

Je suis allé voir l’oncle Ho, qui gît la mine fade dans un mausolée façon Lénine, puis j’ai fait un tour au musée de la guerre pour découvrir tous les exploits héroïques de l’Armée de libération contre les agresseurs chinois, français et américains. Dans la cour se trouve un tableau de chasse aérienne surnaturel, sous forme d’une grande sculpture d’appareils américains en morceaux. C’était assez cool. Pour le reste, la propagande en vignette à travers le musée ne me choquait pas. L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est pareil chez nous…

Tout le monde m’a dit: va voir la Baie d’Halong, tu vas tripper. J’ai donc pilé sur mes principes de voyageur autonome iconoclaste et bourgeois, et j’ai embarqué dans un AUTOBUS en GROUPE pour la journée d’hier. Quelle horreur…

La mafia du tourisme

J’ai cru mourir 30 fois sur la route, mais ça se raconte pas vraiment. L’essentiel c’est qu’en arrivant je suis tombé dans une discipline militaire à un rythme imposé, comme toutes les sorties de groupe, et après 2 mois de liberté totale ça m’a fait un choc nerveux. Une fois dans la baie, j’étais rendu parano. Tout me semblait une gigantesque mise en scène: le petit village de maisons-bâteaux avec les paysans marins authentiques qui vendent des tomates dans leur barque (je ne sais pas où ils font pousser leurs tomates!), la grotte «naturelle» sur-aménagée, etc.

Bien sûr nous avons arrêté deux fois dans un centre d’achat pour touristes, pendant que l’autobus allait se cacher pour nous forcer à bien rester 30 minutes à l’intérieur, au cas où on aurait la subite envie d’acheter ICI ET MAINTENANT la boîte de baguettes ou la statue de Boudha qu’on a eu 8000 fois l’occasion d’acheter depuis l’arrivée au pays.

Je suis un peu tanné des stéréotypes que l’industrie touristique asiatique entretient à mon égard, chaque fois que je lui montre ma blanche face. Non, j’ai pas envie de voir un match de foot de fucking Liverpool ou Manchester, non j’aime pas le whiskey, non je dis pas «yeah mate» avec un accent de gros con, non je n’ai pas besoin de m’assoir confortablement dans un «restaurant» (concept purement occidental), oui je sais manger avec des baguettes!

Si je suis pas content, c’est la même chose: les zones les plus touristiques sont exclusivement quadrillées par la mafia touristique si bien qu’il est impossible de louer son propre véhicule ou de faire son propre parcours, même avec tout l’argent du monde. T’es obligé de prendre la visite boboche en groupe. C’est le syndicat du tourisme qui veut ça.

C’est la raison pour laquelle je n’irai pas à Angkor. Mon expérience de la baie d’Halong a été si révélatrice que je ne peux plus supporter une seconde de parcours imposé, de règles à suivre. Liberté je crie ton nom! Et puis franchement, la baie d’Halong, c’est très beau blablabla, j’ai vu, merci bonsoir. Que voulez-vous, je suis un urbain indécrottable. Alors les statues d’Angkor, je vois ça d’ici: hooo, haaa, bon, on rentre?

C’est pourquoi je skippe le Cambodge et le Laos pour retourner directement en Thaïlande, là où est mon bonheur. Mon tattoo est guéri, ma côte se défracture tranquillement, d’ici 2 semaines je pourrai plonger avec les poissons tropicaux.

Je ne sais pas encore où je passerai le réveillon de Noël, ce sera la surprise. Mais je m’en bats un peu. J’aime l’idée que Noël passe sans que je m’en rende compte. Pas de chants, pas de décorations, aucun signe proéminent de Noël. C’est sûr, zen ont rien à foutre de Jésus mis à part pour nous faire plaisir dans les hôtels de touristes. En Thaïlande ils sont officiellement en l’an 2552, pour vous dire.


17 décembre 2009
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Bangkok, Saïgon, Hoi An


Mon système de productivité tropicale: ne jamais me donner plus d’une tâche par jour, et ne jamais la commencer après midi. Sinon: FAIL.

Lors de mon retour à Bangkok la semaine dernière, ce système m’a permis d’accomplir de nombreuses tâches qui paraîtraient niaiseuses à Montréal mais qui prennent beaucoup d’efforts mentaux et physiques sous les tropiques.

Tâches réalisées: J’ai lavé tout mon linge. J’ai complété mes commandes de vêtements sur mesure. J’ai magasiné au marché (2 fois). J’ai stocké 25 kilos de bagages dans un locker. Je me suis fait manger les pieds par des poissons-masseurs. J’ai cherché un traducteur anglais-Thaï pour traduire une phrase de mon cru, qui a été tatouée sur mon bras droit par un professionnel que j’ai pris soin de me faire recommander par des cool Thaïs qu’il m’a fallu eux-mêmes repérer au préalable. Tout ça en 3 jours!

Ensuite j’ai acheté mon billet d’avion pour le Vietnam et j’ai rejoint mon ami montréalais Van Tri, qui m’a accueilli en grand à Saïgon (scusez, Ho Chi Minh-Ville). Grâce à lui et ses amis, j’ai pu goûter au vrai nightlife saïgonais, incluant un guet-apens mémorable dans la célébration populaire d’une quelconque victoire de soccer (voir photo). Van Tri m’a parlé abondamment de la culture du Vietnam moderne, et des sentiments complexes qui l’animent en tant que Vietnamien de la diaspora.

Amitiés mises à part, j’ai vécu un gros choc à mon arrivée. Comment dire… Le Vietnam n’a strictement rien à voir avec la Thaïlande, pourtant à un jet de pierre sur la carte. C’est un tout autre monde.

L’armée des Saïgomobiles

Pour commencer, l’architecture et l’urbanisme n’ont rien à voir, avec des rues bordées de grands arbres et de bâtiments tout minces ornés de splendides balcons et galeries. Tout est relativement bien entretenu, même si je n’ai visité que les quartiers «chics» du centre.

Alors que la Thaïlande a perpétuellement l’air d’avoir 15 ans, avec ses bâtiments neufs érigés à la va-vite aussi bien en ville qu’à la plage, le Vietnam est construit plus costaud. On sent l’influence coloniale, mais aussi un souci culturel d’entretenir le patrimoine (souci qui échappe totalement aux Thaïlandais, temples mis à part).

Saïgon serait plaisante s’il n’y avait pas autant de scooters qui klaxonnent et zigzaguent par millions, constamment, nuit et jour. Le bruit, l’odeur, le stress, le poids mental de cette légion incessante de Saïgomobiles devient rapidement insupportable.

Le Vietnam a beau s’être pris 15 ans de guerre sale sur la gueule, on n’en voit pas une trace aujourd’hui. Me semble que lorsqu’on tue 5 millions de personnes, ça laisse des traces. Mais non. On croirait que rien ne s’est passé. Vous me direz, Saïgon a été plutôt épargnée. Faudra que je voie Hanoi. De toutes façons, c’est loin tout ça, tout le monde a 20 ans ici.

Seules quelques reliques des derniers jours du régime sudiste trônent sous la poussière au Musée de la Réunification de Saïgon, ancien palace présidentiel laissé dans l’état exact où il se trouvait lorsque les tanks nordistes l’ont pénétré le 30 avril 1975, forçant le président Duong Van Minh à ordonner à ses troupes de baisser les armes. Le tank est toujours là, de même que le téléphone d’où a été lancé l’ordre. Ambiance sixties garantie, architecture soviétique en prime. Mais la muséographie est à chier.

Tradition vs. tourisme

Je vous écris de Hoi An, ville très cute et typique sur la côte centrale du Vietnam. La vieille ville est absolument splendide, avec de vieilles bâtisses construites solidement il y a plus de 100 ans, moult ornements et boiseries, encore des rues bordées de grands arbres, et le rythme tranquille d’un bourg de campagne plongé dans la tradition.

J’ai vu la première rizière de ma vie en arrivant de l’aéroport de Da Nang (car je ne voyage qu’en avion!). Avec des boeufs qui tirent des paysans maigrichons au chapeau conique, tout. Une rizière, quoi!

Les scooters ne sont plus une source de stress ici. Ils ont cédé la place aux commerçants. Hoi An est réputé pour ses nombreuses bébelles décoratives et tailleurs sur mesure, alors ses habitants mettent le paquet pour vous en vendre un maximum. Leur attitude de sollicitation contante est parfaitement insupportable, assez pour ruiner une promenade.

Moi qui ai pour principe de voyage de ne jamais acheter quelque chose si son vendeur me sollicite le premier, je ne vais pas réussir à magasiner ici. Y’en a pas un seul qui se la ferme. Il faut toujours qu’ils m’emmerdent dès que j’ai le malheur de montrer ma face de touriste. Dix fois pire qu’en Thaïlande, sans l’attitude relax ni les beaux sourires. Et même si on leur achète un truc, ça leur suffit pas, ils vous tirent la manche pour aller voir les costumes du beau-frère.

Calmez-vous les amis, on est tous venus à Hoi An pour vous acheter des trucs anyway, alors c’est pas la peine de mettre la pression! Comment dit-on «lâche moé crisse» en vietnamien?

Verdict après 3 jours: le Vietnam est splendide, et les Vietnamiens m’apprennent à aimer encore plus les Thaïs. À l’exception bien sûr de la gang à Van Tri, qui est super cool. Merci encore Van Tri pour ton aide précieuse et ta sympathie inébranlable.


4 décembre 2009
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Hello Koh Tao


Il y a plusieurs Thaïlandes en Thaïlande. J’ai vu celle de la jungle urbaine, celle des putes, et maintenant celle des hippies.

Règle numéro 1 dans le Golfe de Thaïlande: plus on choisit une île éloignée de la côte, plus elle est cool et relax. Ainsi, au large de Surat Thani se succèdent des îles de plus en plus petites. La première, Ko Samui, est un gros bordel touristique, aux deux sens du terme, comme Phuket. La seconde, Koh Pha Ngan, est celle des fêtards qui vont (sans moi) au Full Moon Party. Et la troisième, Koh Tao, est celle des plongeurs et hippies en tous genres.

On m’avait prévenu, et j’aurais dû débarquer ici bien avant. Koh Tao est ma Thaïlande préférée. Outre l’environnement paradisiaque, on y subit très peu de prostitution, très peu de vendeurs qui vous courent après, très peu de nuisances, et juste assez d’excitations.

Je suis en paix et je fais plein de rencontres trippantes, malgré des problèmes de système respiratoire qui surviennent, comble de malchance, juste quand je visite ce paradis de la plongée. C’est décidé, je reviendrai passer le mois de janvier ici, quand j’irai mieux, après avoir visité le Vietnam et le Cambodge.

Dans mon coin de Phuket, j’étais le seul moins de 50 ans. Uniquement des Blancs âgés plus ou moins dépressifs, en quête d’amour illusoire avec de jeunes Thaïs. Très peu de gonzesses. Ici c’est l’inverse: 20-40 ans avec des tas de gonzesses (incluant une proportion étonnante de blondes grassouillettes britanniques), et une bonne humeur contagieuse.

À mesure que je découvre de nouvelles Thaïlandes, je découvre certaines constantes du voyageur. Chaque fois que j’arrive dans un nouvel endroit, je commence toujours par tomber dans tous les pièges en payant 3 ou 4 fois trop cher pour un taxi ou un hôtel. Ça me prend toujours 48 heures pour comprendre où et comment voyager dans le coin où j’arrive, grâce aux observations et aux trucs et astuces échangés entre voyageurs (aucun guide de voyage ne peut remplacer ça). Une fois la phase d’arnaque passée, j’accède enfin aux bons plans pour dormir, manger, me déplacer. À bien y penser c’était pareil dans mes voyages précédents, au Mexique, à Cuba ou ailleurs.

Sachant cela, j’ai un peu peur de changer d’endroit, car je sais que je vais me faire attraper par tout le monde dès que je serai arrivé, et que ça me prendra 48 heures à sortir du piège. Toujours pareil.

Pour mes prochains moves, je suis protégé. Mon ami Van Tri m’attend à Saïgon, et des amis d’amis m’accueilleront au Cambodge et à Chiang Mai. Pour le Laos, j’ai personne, mais je suis pas sûr d’y aller et de toutes façons c’est un endroit moins touristique donc moins piégé.

Une fois de plus, les gens heureux n’ont pas d’histoire alors je vous laisse dans la neige pour profiter, quant à moi, de la vie paisible de Koh Tao… Rien de plus puissant pour guérir les hyperactifs workaholiques comme moi. Je ne pensais pas être capable de ne rien foutre à ce point sans pour autant m’emmerder. Haaaaaah.


25 novembre 2009
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Phuket entre le paradis et l’enfer



Toujours aussi organisé, j’ai quitté Bangkok sur un coup de tête matinal pour débarquer deux heures plus tard à l’aéroport de Phuket sans la moindre idée de la prochaine étape. Quelle plage est la meilleure? Où vais-je coucher?

Repérant mon œil hésitant, une nuée de solliciteurs s’est massée autour de moi en me tirant les manches et les valises. Taxi! Taxi! Tuk-tuk Phuket! Taxi Patong! Only 1000 bahts! Le touriste solitaire se fait spotter dans la foule tel l’ours sur la banquise.

En une fraction de seconde, j’avais le portrait de mes trois prochains jours à Patong.

Plage occidentale de l’île de Phuket dévastée par le tsunami de 2004 (dont on ne voit aucune trace aujourd’hui), Patong est le royaume de l’attrape-farang. Aucun Thaïlandais authentique ne vit ici. Ce bourg est une machine à extirper le maximum d’argent de nos poches, façon Cancùn, avec des tarifs exorbitants pour la moindre niaiserie. Si tu gares ton scooter, si tu t’assoies sur une chaise, si on te sert un pauvre Nescafé, paf! Tout coûte 200 ou 300 bahts, soit le salaire quotidien d’un Thaï moyen, ce qui par un calcul économique très simple sent l’arnaque à plein nez.

C’est pas pour économiser que les touristes débarquent ici à pleins avions. C’est pour le cul. Et un peu pour la plage, très féérique.

Patong est un bordel à ciel ouvert, avec un stock inépuisable de jeunes filles à offrir. Le matin, l’après-midi, surtout la nuit, les rues sont bordées de bars pleins de filles, au moins dix pour chaque touriste. On a l’embarras du choix. Des jeunes hommes aussi, et beaucoup de transsexuels.

La méthode est simple : vous dites bonjour à une des filles, elle vous sort deux-trois questions standard dans son anglais approximatif, et vous incite à jouer avec elle à un casse-tête ou un tic-tac-toe pendant que derrière le bar, la «mamasung» vous pousse à la consommation. C’est là que je me suis rendu personnellement, le reste est le fruit de mes enquêtes (je tiens à le préciser).

Après 5 minutes ou 5 heures, si vous voulez partir avec la fille, vous payez un «bar fine» (200 à 500 bahts). Si vous couchez avec, vous la payez directement (1000 à 2000 bahts) et faites votre affaire (après avoir payé à votre hôtel le «guest fee» de 200 à 500 bahts).

Notez que les filles des bars sont des «freelance» qui travaillent sans proxénète; elles rapportent de l’argent au bar en incitant le client aux consommations et en payant le «bar fine». Les pimps exercent plutôt dans les «go-go bars», autres types d’établissements que je n’ai pas fréquentés (là où les filles portent des numéros et les clients les choisissent à distance).

Freelance ou pas, ces filles pratiquent la prostitution classique que nous connaissons tous.

Mais en Thaïlande, il y a une étape supplémentaire, qui explique les très nombreux couples surréalistes de vieux Blancs et de jeunes Thaï que l’on croise dans la rue.

Amours thaïlandaises

Si la fille rencontrée dans le bar vous plaît vraiment, elle peut devenir votre petite amie pour la semaine, le mois, l’année, la vie. Vous lui verserez un salaire de 10,000 à 20,000 bahts par mois (300 à 600$), soit l’équivalent du salaire d’un diplômé universitaire (ce qu’elle n’est pas!) et elle s’occupera de vous jour et nuit comme aucune Occidentale ne le fera jamais, sexe ménage lavage compris, jusqu’à vous éplucher une par une vos crevettes à table, sans jamais aucune remontrance, éternellement accrochée à votre main. Vous pouvez choisir d’aller habiter avec elle, de lui faire un enfant si ça vous chante. Elle ne vous quittera jamais tant que vous ne ferez rien de méchant.

Outre l’argent, la motivation des «thaï girlfriends» n’a rien à voir avec la beauté ou l’âge de leur compagnon mais avec sa gentillesse. S’il a «bon cœur», il est éligible. Typiquement, elles cherchent ce genre de relation monnayée après avoir connu un homme Thaï qui les maltraitait ou qui a fui le domicile, dans un coin de campagne quelconque où elles ont laissé leurs enfants à la garde de la grand-mère pendant qu’elles cherchent un «sponsor» occidental à Patong, Pattaya, Bangkok ou ailleurs.

Pour être franc, je ne sais pas si ça s’appelle encore de la prostitution à ce niveau. Nous avons longtemps eu ça chez nous aussi, les filles qui se cherchent avant tout un pourvoyeur pour les entretenir et/ou assurer leur survie. À Montréal, les hommes très riches peuvent se trouver des girlfriends à salaire beaucoup plus jeunes et belles qu’eux. La seule différence, c’est qu’ici n’importe quel ouvrier occidental tombe dans la catégorie «homme très riche».

Personnellement, j’aurais beaucoup de mal à embarquer là-dedans. Mais il faut avouer que ceux qui se prennent une «thaï girlfriend» n’ont pas une tête à trouver des girlfriends facilement chez eux… Alors à défaut d’autre chose, en dernier recours, si j’étais vieux moche et horriblement seul, ça me tenterait peut-être. Mais ce manque de sincérité, ce débalancement initial du désir sont inacceptables lorsqu’on sait à quoi ressemble une vraie relation de réciprocité avec une femme… aussi emmerdeuse soit-elle!

Pendant trois jours, j’ai vécu l’extortion totale et la sollicitation constante. Image évocatrice: vous empruntez une rue et soudain, vous marchez entre deux rangées de salons de massage devant lesquels douze filles en uniforme sexy vous crient «Massaaaage, Massaaaage, Hello Massaaaage». Vous faites mine d’aller droit devant, avec un but clair en tête, pour leur signifier votre ignorance; rien n’y fait. Certaines viennent vous agripper le bras. J’ai vécu cette scène 4 ou 5 fois. Leurs échos résonnent encore dans ma tête: Massaaaage Massaaaage Massaaaage!!!… Bien sûr qu’il y a un massage. Mais elles aimeraient aussi vous vendre la pipe ou la branlette (1000 bahts) et/ou devenir votre girlfriend.

Depuis que je suis en Thaïlande j’ai un principe: ne rien acheter qu’un vendeur vient me proposer de sa propre initiative. Je ne veux pas encourager la sollicitation abusive, je veux leur montrer que ça ne marche pas. Si un taxi me harrangue, je traverse la rue pour aller prendre celui qui ne m’a rien demandé. C’est plus fort que moi. Alors me faire crier «massaaage» m’agresse plutôt que de m’aguicher.

Derrière le sexe, Patong est la capitale du profilage racial, en quelque sorte. Si vous êtes un farang, vous êtes automatiquement identifié comme un gros naïf dépensier et obsédé de cul. Je crie aux stéréotypes!

Similan, le paradis de la plongée

Je me suis enfui de là grâce aux conseils d’un instructeur de plongée qui m’a vanté les mérites de la communauté balnéaire de Rawai, au sud de Phuket. Il disait vrai. Ça fait une semaine que je vis là et c’est exactement la Thaïlande paradisiaque que je cherchais, avec la plage, la vie tranquille sous les palmiers, quelques bars amusants, des tarifs dérisoires, et surtout des Thaïs normaux qui ne sont pas là seulement pour nous.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit le proverbe, alors j’ai pas grand chose à vous raconter sur Rawai, à part mes photos. Tout va bien, je me vide la tête et je me remplis le bide de bouffe extraordinaire pour moins de 100 bahts le repas. En gros, c’est cela.

Avant de m’envoyer à Rawai, mon instructeur de plongée m’a vendu une croisière de deux jours dans les îles Similan, dans l’Océan Indien au large de Khao Lac. Très fréquenté par les plongeurs, l’archipel est truffé de sites d’une beauté à couper le souffle (dont « Boulder City », succession de blocs de granite sous-marins alignés comme les rues d’une ville), avec une visibilité sans entrave et une vie marine foisonnante.

Parmi les perles : des requins-zèbres, des raies, une grosse tortue, de gros homards, et un poisson-pierre de 60 cm (mon instructeur n’avait jamais vu ça). Hélas, les raies manta sont en vacances jusqu’en janvier. C’est pas la saison. Pareil pour les requins-baleines. Dommage.

Après huit plongées en deux jours, dont une de nuit, j’étais complètement épuisé mais ravi. Le bateau était extrêmement bien organisé, comme une montre suisse. Même si nous étions une trentaine, chacun était servi comme un roi sans aucune bousculade. Il y avait même un gars pour m’enfiler mon BCD et me tirer mes palmes.

À présent, je suis Advanced Open Water Diver. Mais PADI fonctionne comme une secte; chaque fois que vous atteignez un niveau, vous visez le suivant! Alors je songe à m’inscrire pour un cours de plongée en air enrichi (Nitrox) qui me permettra de plonger plus longtemps, plus profond. En attendant, j’ai acheté des palmes et un masque de prix pour avoir l’air d’un pro à défaut d’en être un. Que voulez-vous, I love gear.

Mon rhume thaïlandais m’a empêché de plonger depuis cette croisière, mais je compte bien reprendre à plein temps quand j’irai dans les îles du golfe, de l’autre côté de la péninsule. Dimanche, direction Koh Tao, petite île relax entièrement axée sur la plongée, où mon cher ami Guillaume a vécu heureux avant d’aller vivre au Honduras voilà quelques années. Je ferai aussi un tour au fameux Full Moon Party à Koh Phangan. Retour à Bangkok vers le 15 décembre… on verra.

Ah oui, j’ai aussi essayé le kite surfing. Et l’acupuncture. Et le karaoké Thaï. Et le barbecue Thaï. Et la chair délicieuse du jacquier. Mais si je vous racontais tout, je passerais mon temps à bloguer plutôt que de relaxer…


15 novembre 2009
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Bangkok: Welcome to the Jungle


Ah Bangkok… Par où commencer? Expliquer Bangkok, c’est comme expliquer Montréal: c’est plus ou moins séduisant en photo, mais on tombe sous le charme une fois qu’on y est.

Pour commencer, c’est une affaire de vibe. D’images, mais aussi de sons, d’odeurs, de contacts… Tous les sens sont en éveil dans cette métropole tropicale qui mixe avec virtuosité la richesse et la pauvreté, la rapidité et la lenteur, la folie et la sagesse.

C’est pas compliqué: Bangkok est un zoo. On utilise souvent l’expression «jungle urbaine» pour faire branché, mais ici elle s’applique pour vrai, incluant le climat. Le mélange des espèces, la sueur qui coule partout, les bruits à n’en plus finir, la saleté, le bordel né d’une totale absence de planification, et tous les charlatans à chaque coin de rue qui veulent vous vendre des putes, des tours en taxi, des massages, des costumes… (dans cet ordre).

Beaucoup plus Jungle que le L.A. chanté par Guns’n'Roses.

C’est aussi une affaire de gens. Le sourire légendaire des Thaïs est au rendez-vous. Par exemple, c’est le genre à vous accompagner tout le tour du bloc si vous demandez votre chemin sur le coin de la rue (un peu comme les Japonais mais la comparaison s’arrête là). Ils sont souriants et amicaux, vous taquinent et vous tapotent le bras pour un rien, comme ça, en deux minutes. C’est l’âme thaï. Ça a un même un nom (Suskit ou quelque chose du genre), le Sanouk, un art de vivre qui consiste à toujours prendre la vie du bon côté, même dans les pires corvées. Alors ils plaisantent sans cesse, même quand ils essaient de vous crosser. C’est charmant.

Mon problème : difficile de rencontrer un Thaï sans qu’il ait quelque chose à me vendre, directement ou plus subtilement (comme les fameuses « thai girlfriends », fiancées à salaire que l’on voit au bras de nombreux Occidentaux qui n’ont pas une tête à les mériter).

Même règle qu’à Cuba ou au Mexique : si quelqu’un connaît l’anglais ou le français, c’est qu’il attend quelque chose de vous. Je peux comprendre, dans un pays où le salaire moyen est entre 300 et 500$ par mois pour un diplômé universitaire… Mais j’ai un peu de mal à leur faire confiance au-delà des sympathies.

Pour accéder à la «vraie» Thaïlande, celle où on n’a rien à vous vendre, il faut parler Thaï. Et ça mes amis, ce n’est pas donné à tout le monde. Leur langue est truffée d’intonations qui font d’elle une douce chanson ludique, mais qui la rend d’autant plus complexe. Au-cu-ne chance.

Alors je reste un Falang, aussi connu sous le nom de «walking ATM».

Falang un jour, Falang toujours

Parlant des Falangs, j’en ai rencontré plusieurs sortes. D’abord les expatriés, qui sont très nombreux à Bangkok. De tous âges et nationalités, on les croise surtout autour des luxueuses tours à bureaux du centre-ville. Ensuite, les touristes sexuels typiques, pour la plupart des hommes américains ou allemands qui se promènent au bras d’une chick super hot qui pourrait être leur petite-fille.

Ils ont généralement l’air d’un cadre moyen insupportablement BORING sorti d’un bungalow de la banlieue de Milwaukee ou d’Edmonton. Même avec leur belle chick, ils ont désespérément l’air triste et vide. D’ailleurs ce qui est intéressant quand on dîne à côté d’un de ces couples contre nature, c’est qu’ils n’échangent PAS UN MOT. Jamais. En revanche ils se tiennent la main constamment. Très franchement, ils me fascinent. Je suis obsédé par leur cas. C’est rendu que je les vois venir sur le trottoir de loin (un très grand et gros baby-boomer en bermuda de vieux, avec une petite et frêle brunette super lookée). Je poursuis présentement mon enquête à Phuket où je suis arrivé ce matin, et où je croise de tels duos tous les trente mètres (sans exagérer du tout). À suivre…

Enfin, bien sûr, il y a les touristes réguliers (quoique potentiellement sexuels), de partout dans le monde. Qu’ils soient hippies ou bourgeois, la plupart ont l’air très sympathique. Beaucoup de voyageurs à long terme, comme moi. Beaucoup de personnes seules, comme moi. Mais aussi des couples. Beaucoup de couples lesbiens, curieusement. Anyway, ils sont tous le fun à rencontrer parce que 1) quand on est seul on fait moins son difficile et 2) on a tous besoin de s’entraider pour naviguer entre les arnaques et connaître les meilleurs plans.

Pour le moment, j’ai dépensé beaucoup trop d’argent. Pourtant, tout coûte 3 dollars (ou 100 bahts) à Bangkok, qu’il s’agisse d’un délicieux Pad Thaï, d’une bière ou d’une course en taxi au bout de la ville. Mais 100 fois par jour… ça fait 300 piasses. Et croyez-moi, ils ont le don pour vider vos poches avant qu’on s’en rende compte.

Mais tout est si merveilleux ici. On voudrait tout acheter. À date j’ai commandé trois costumes sur mesure à trois tailleurs différents, tous recommandés par une relation (je vous donnerai le résultat de mes tests), j’ai acheté des fringues et une statue d’une déesse quelconque qui pèse très lourd.

Je suis maintenant dans le Sud où je prévois faire le tour des îles de rêve: Ko Phi Phi, Ko Pha-Ngan, Ko Tao. J’étudie la possibilité d’embarquer dans une croisière de plongée de trois jours dans la réserve naturelle des Îles Similan, pour nager avec les requins-baleines, requins-marteaux et raies manta. Un autre 500$ à débourser…


6 novembre 2009
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Tokyo 3: Poissons, empereurs, poteries


Tout le monde m’avait dit d’aller au marché aux poissons de Tsujiki, le plus grand au monde. Alors je me suis levé à 5 heures ce matin pour aller voir cette foire.

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Comme de fait, c’était énorme. Je n’ai pas d’élément de comparaison (c’est le seul marché aux poissons que j’aie vu de ma vie) mais je crois sur parole que c’est le plus gros, en tout cas le plus malade mental.

Je tape sur les nerfs des poissonniers

Tous les trois pieds j’ai failli me faire frapper par un de leurs bolides poissonniers qui font des virages et accélérations soudaines sans crier gare. Il y en a des centaines, et je ne sais pas comment ils font pour trouver leur chemin prudemment, mais ils n’hésitent pas une seconde.

Cliquez pour agrandirTout au long de mon parcours dans les allées, j’ai eu l’impression de faire chier tout le monde, vendeurs acheteurs et ouvriers, ils me regardaient tous avec impatience et intolérance, bref je les emmerdais avec mon trip de photo.

Souvent ils me tassaient d’un coup de coude, ou me faisait des grands gestes de déguerpir. Pourtant je n’étais pas tout seul, il y avait plus de blancs que je n’avais jamais vu depuis le début de mon séjour, ce marché est dans tous les guides touristiques.

Dieu que je les comprends! Avoir une job aussi poche que ça et me taper en plus des touristes niaiseux qui me prennent en photo, je deviendrais fou moi avec. Mais ça m’a pas empêché de persévérer. Ma mission était établie, je voulais prendre un max de bonnes photos gluantes et sanglantes. J’en ai pas pris autant que je voulais parce que je me sentais vraiment pas le bienvenu, mais tout de même. À voir sur mon fil Flickr.

The Empire Strikes Back

Le saviez-vous? Les Japonais ont un empereur. Je veux dire, un vrai empereur présentement en activité. Moi quand je visite un pays je ne me documente qu’au dernier moment, et là j’avais manqué un bout. Résultat, après une longue marche au soleil vers la Cité Impériale, j’ai heurté une porte close. Ben oui, je comprends que c’était fermé, il y avait un empereur dedans!

Poteux avant l’heure

Avant tout le monde, il y avait les Jōmon. Ils étaient les premiers à faire de la poterie, pas seulement fonctionnelle mais ornementale à part ça. Je les ai vues leurs poteries, je témoigne: les Japonais avaient déjà une longueur d’avance sur nous il y a 12,000 ans!

Cliquez pour agrandirParmi les autres merveilles vues au Musée national de Tokyo, il y avait des dessins qui ressemblaient à s’y méprendre à de la bande-dessinée européenne d’avant-guerre.

Tout y était, à part peut-être les phylactères: les expressions, les faces, le mouvement… On aurait dit  Tintin. Seul détail, ça datait du 17ème siècle. La «ligne claire» 300 ans avant Hergé! Au même moment on en était encore à peindre la Vierge.

Demain la Thaïlande

C’en est déjà fini de mon trip japonais. Terminée l’Asie des riches. Demain, je serai à Bangkok. À partir de là, aucune idée. L’aventure, la relaxation, l’abandon au temps qui file sous les tropiques. Je me demande bien à quoi ça va ressembler. J’imagine un paradis. On verra bien…


5 novembre 2009
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Paradoxes japonais


Le Japon est une terre de paradoxes. En voici quelques-uns à la volée.

1) La propreté impeccable, sans poubelle

Cliquez pour agrandirJ’ai réussi à trouver UNE poubelle publique dans Tokyo, un vieux bidon de métal dans un parc perdu. À part ça, il n’y a jamais moyen de jeter ses cochonneries. On peut marcher très longtemps avant de trouver une poubelle et ce sera toujours le fruit d’une initiative privée (devant un dépanneur par exemple).

Pourtant, tout est incroyablement propre à Tokyo. On pourrait s’assoir en pantalon blanc sur le rebord du caniveau sans rien tâcher. On pourrait lécher les moindres recoins métallisés des rames de métro sans rien goûter. Toutes les vitres brillent sans cesse, les céramiques, les sols et les murs… et bien sûr, pas un mégot nulle part. À ce sujet, il faut dire qu’on peut pas fumer en dehors des endroits désignés. Pas parce que la fumée dérange (on peut fumer dans les bars et restaurants), mais justement pour éviter les botchs.

Cliquez pour agrandirMais je ne vois aucun Tokyoite se balader avec des déchets dans les mains. Je ne sais pas ce qu’ils en font. En produisent-ils au moins? Ils sont si propres… À deux millions de Montréalais on fait mille fois plus sale que 40 millions de Tokyonautes. C’est culturel. C’est peut-être le prix à payer pour avoir du fun dans la vie? Parce qu’à première vue je préfère ma vie latine du Québec à l’austérité japonaise…

À tout avouer j’ai vu quelques citoyens prendre l’initiative de nettoyer des parterres d’arbres, à quatre pattes dans le caniveau. J’en déduis que le secret de leur propreté se trouve dans l’acte citoyen généralisé et non dans la précision des services municipaux (qui sont extrêmement précis de toutes façons).

2) Tokyo 94

Cliquez pour agrandirDans les quartiers résidentiels comme celui de mon hôtel, j’ai tout bonnement l’impression d’être à Fontenay-sous-bois où j’ai passé mon adolescence. Les petites maisons ouvrières d’après-guerre croisées de rues à l’asphalte tout neuf, entourées de mobilier urbain dernier cri, un mélange de nostalgie et de modernité, le tout en format réduit organique, si ce n’était écrit partout en extra-terrestre on se croirait dans un vieux quartier typique de la banlieue parisienne.

Pourtant, si mon quartier offre un air familier à la Gif-sur-Yvette, incluant les maronniers et les platanes le long des rues, tout le monde est extraordinairement fucké, on s’entend. Ça reste des Japonais et ça reste l’autre bout du monde.

3) Personne n’attache son vélo

Ils se volent pas entre eux autres, les Tokyiens? Sur 40 millions d’habitants il doit bien y avoir un ou deux mécréants qui enfreignent la loi? Ça leur tente jamais de piquer un vélo? Il faut croire que non. Personne n’attache son vélo. Pourtant yen a des beaux, partout. Ils sont bien alignés, aussi.

Cliquez pour agrandirOù est le paradoxe? Il est dans ma conscience convaincue de la nature humaine. Si les Japonais sont des humains comme nous, et ceci semble établi je crois, il devrait y avoir un petit délit de temps à autre, une  envie de traverser au bonhomme rouge, de jeter son mégot par terre, tout au moins d’attendre le métro un pied au-delà de la bande jaune, non? Comment font-ils?

Le secret des Japonais semble résider dans cet étrange concept de la «face» dont je commence à peine à distinguer les contours. Something to do with self-control. Rapport à l’honneur et ce genre de choses. L’impératif catégorique à la puissance dix. Seul l’alcool les délivre de temps à autre, et brutalement me dit-on.

4) Personne ne s’impatiente

Toujours rapport à la «face», les Japonais prennent un temps fou à me rendre service pour la moindre niaiserie. Je demande mon chemin, on m’accompagne jusqu’à l’autre bord du bâtiment pour me le montrer. Si par malheur ils sont payés pour me rendre service, comme par exemple dans une boutique, on me fait des salamaleks à ras-de-terre, avec moult explications pertinentes, en passant derrière tout ce que je touche avec un petit chiffon. Je connais pas beaucoup d’employés par chez nous qui en feraient autant.

Cliquez pour agrandirRemarquez bien, c’est plaisant, je dirai pas le contraire! Mais serais-je capable de leur rendre un dixième de ça? Il faudrait que je refasse ma vie à zéro pour arriver à un tel niveau de patience et de dévotion. Moi j’ai grandi avec des Parisiens exaspérés, des vendeurs qui connaissent rien à leurs produits, et des serveurs qui se la pètent.

Je dis patience et dévotion, mais cela n’enlève rien à l’indifférence parfaite dont on me témoigne, notez bien. Malgré les gentillesses, je reste parfaitement invisible et inexistant. Tant qu’on leur adresse pas la parole, pas le moindre regard. Si on fait le premier pas, on a la totale. Dans un style tout à fait impersonnel, il va sans dire. Paradoxe paradoxe paradoxe.

5) Ils ont jamais vu un appareil photo

Toute ma vie, j’ai imaginé les Japonais comme des photographes extrêmes. Dans toutes les villes occidentales, on peut les voir photographier tout ce qui bouge avec passion. Mais quand on les visite, ils ont jamais vu ça dis-donc!

Cliquez pour agrandirDès que je sors mon appareil photo, j’ai l’air inopiné! On aura tout vu! C’est l’hôpital qui se fout de la charité, vraiment… Ah puis n’essayez pas de les prendre en photo, même par inadvertance, ils fuient aussitôt. Une chance que j’ai mon grand angle qui les pogne sans qu’ils le sachent… Et les quelques photos directes que j’ai réussi à prendre n’ont été possibles que par louvoiements extrêmes (voir mon fil Flickr).

Pourtant c’est eux autres qui fabriquent 99% des caméras du monde, ils devraient pas être surpris d’en voir une…

6) Tout est neuf neuf neuf

Cette ville a 5 ans. D’un bout à l’autre de la ville centrale (je ne dirai pas « centre-ville » parce qu’il y en a quinze différents), tout semble fraîchement construit ou rénové.

Cliquez pour agrandirLes bâtiments, les rues. Toutes les autos ont l’air neuf et sortent tout droit du lavage. Même les camions de marchandises brillent de tout leur chrome. Les vêtements des gens, toujours neufs et fraichement repassés. Toutes les filles sortent d’une carte de mode. Cette ville a des centaines d’années et toutes les raisons de vieillir prématurément sous le poids de ses habitants, mais elle ne souffre d’aucune usure. Jamais.

Pourtant on voit très peu de travaux sur la voie publique. Quelques échaffaudages, délicatement masqués. Pour le reste, tout reste neuf constamment. Quel est leur secret? Peut-être que c’est la qualité extrême de leur travail. De la belle manufacture japonaise, faite pour durer. Et les matériaux, on lésine pas mes amis! Ils semble que le stainless coûte pas un rond au Japon, ils le sortent à la moindre occasion. Et le marbre, et les belles céramiques, et les vitres splendides, et les pierres finement sablées…

Finalement, leur extérieur ressemble à un intérieur. Propre propre propre, sage sage sage, cute cute cute.