6 novembre 2009
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Tokyo 3: Poissons, empereurs, poteries


Tout le monde m’avait dit d’aller au marché aux poissons de Tsujiki, le plus grand au monde. Alors je me suis levé à 5 heures ce matin pour aller voir cette foire.

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Comme de fait, c’était énorme. Je n’ai pas d’élément de comparaison (c’est le seul marché aux poissons que j’aie vu de ma vie) mais je crois sur parole que c’est le plus gros, en tout cas le plus malade mental.

Je tape sur les nerfs des poissonniers

Tous les trois pieds j’ai failli me faire frapper par un de leurs bolides poissonniers qui font des virages et accélérations soudaines sans crier gare. Il y en a des centaines, et je ne sais pas comment ils font pour trouver leur chemin prudemment, mais ils n’hésitent pas une seconde.

Cliquez pour agrandirTout au long de mon parcours dans les allées, j’ai eu l’impression de faire chier tout le monde, vendeurs acheteurs et ouvriers, ils me regardaient tous avec impatience et intolérance, bref je les emmerdais avec mon trip de photo.

Souvent ils me tassaient d’un coup de coude, ou me faisait des grands gestes de déguerpir. Pourtant je n’étais pas tout seul, il y avait plus de blancs que je n’avais jamais vu depuis le début de mon séjour, ce marché est dans tous les guides touristiques.

Dieu que je les comprends! Avoir une job aussi poche que ça et me taper en plus des touristes niaiseux qui me prennent en photo, je deviendrais fou moi avec. Mais ça m’a pas empêché de persévérer. Ma mission était établie, je voulais prendre un max de bonnes photos gluantes et sanglantes. J’en ai pas pris autant que je voulais parce que je me sentais vraiment pas le bienvenu, mais tout de même. À voir sur mon fil Flickr.

The Empire Strikes Back

Le saviez-vous? Les Japonais ont un empereur. Je veux dire, un vrai empereur présentement en activité. Moi quand je visite un pays je ne me documente qu’au dernier moment, et là j’avais manqué un bout. Résultat, après une longue marche au soleil vers la Cité Impériale, j’ai heurté une porte close. Ben oui, je comprends que c’était fermé, il y avait un empereur dedans!

Poteux avant l’heure

Avant tout le monde, il y avait les Jōmon. Ils étaient les premiers à faire de la poterie, pas seulement fonctionnelle mais ornementale à part ça. Je les ai vues leurs poteries, je témoigne: les Japonais avaient déjà une longueur d’avance sur nous il y a 12,000 ans!

Cliquez pour agrandirParmi les autres merveilles vues au Musée national de Tokyo, il y avait des dessins qui ressemblaient à s’y méprendre à de la bande-dessinée européenne d’avant-guerre.

Tout y était, à part peut-être les phylactères: les expressions, les faces, le mouvement… On aurait dit  Tintin. Seul détail, ça datait du 17ème siècle. La «ligne claire» 300 ans avant Hergé! Au même moment on en était encore à peindre la Vierge.

Demain la Thaïlande

C’en est déjà fini de mon trip japonais. Terminée l’Asie des riches. Demain, je serai à Bangkok. À partir de là, aucune idée. L’aventure, la relaxation, l’abandon au temps qui file sous les tropiques. Je me demande bien à quoi ça va ressembler. J’imagine un paradis. On verra bien…


5 novembre 2009
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Paradoxes japonais


Le Japon est une terre de paradoxes. En voici quelques-uns à la volée.

1) La propreté impeccable, sans poubelle

Cliquez pour agrandirJ’ai réussi à trouver UNE poubelle publique dans Tokyo, un vieux bidon de métal dans un parc perdu. À part ça, il n’y a jamais moyen de jeter ses cochonneries. On peut marcher très longtemps avant de trouver une poubelle et ce sera toujours le fruit d’une initiative privée (devant un dépanneur par exemple).

Pourtant, tout est incroyablement propre à Tokyo. On pourrait s’assoir en pantalon blanc sur le rebord du caniveau sans rien tâcher. On pourrait lécher les moindres recoins métallisés des rames de métro sans rien goûter. Toutes les vitres brillent sans cesse, les céramiques, les sols et les murs… et bien sûr, pas un mégot nulle part. À ce sujet, il faut dire qu’on peut pas fumer en dehors des endroits désignés. Pas parce que la fumée dérange (on peut fumer dans les bars et restaurants), mais justement pour éviter les botchs.

Cliquez pour agrandirMais je ne vois aucun Tokyoite se balader avec des déchets dans les mains. Je ne sais pas ce qu’ils en font. En produisent-ils au moins? Ils sont si propres… À deux millions de Montréalais on fait mille fois plus sale que 40 millions de Tokyonautes. C’est culturel. C’est peut-être le prix à payer pour avoir du fun dans la vie? Parce qu’à première vue je préfère ma vie latine du Québec à l’austérité japonaise…

À tout avouer j’ai vu quelques citoyens prendre l’initiative de nettoyer des parterres d’arbres, à quatre pattes dans le caniveau. J’en déduis que le secret de leur propreté se trouve dans l’acte citoyen généralisé et non dans la précision des services municipaux (qui sont extrêmement précis de toutes façons).

2) Tokyo 94

Cliquez pour agrandirDans les quartiers résidentiels comme celui de mon hôtel, j’ai tout bonnement l’impression d’être à Fontenay-sous-bois où j’ai passé mon adolescence. Les petites maisons ouvrières d’après-guerre croisées de rues à l’asphalte tout neuf, entourées de mobilier urbain dernier cri, un mélange de nostalgie et de modernité, le tout en format réduit organique, si ce n’était écrit partout en extra-terrestre on se croirait dans un vieux quartier typique de la banlieue parisienne.

Pourtant, si mon quartier offre un air familier à la Gif-sur-Yvette, incluant les maronniers et les platanes le long des rues, tout le monde est extraordinairement fucké, on s’entend. Ça reste des Japonais et ça reste l’autre bout du monde.

3) Personne n’attache son vélo

Ils se volent pas entre eux autres, les Tokyiens? Sur 40 millions d’habitants il doit bien y avoir un ou deux mécréants qui enfreignent la loi? Ça leur tente jamais de piquer un vélo? Il faut croire que non. Personne n’attache son vélo. Pourtant yen a des beaux, partout. Ils sont bien alignés, aussi.

Cliquez pour agrandirOù est le paradoxe? Il est dans ma conscience convaincue de la nature humaine. Si les Japonais sont des humains comme nous, et ceci semble établi je crois, il devrait y avoir un petit délit de temps à autre, une  envie de traverser au bonhomme rouge, de jeter son mégot par terre, tout au moins d’attendre le métro un pied au-delà de la bande jaune, non? Comment font-ils?

Le secret des Japonais semble résider dans cet étrange concept de la «face» dont je commence à peine à distinguer les contours. Something to do with self-control. Rapport à l’honneur et ce genre de choses. L’impératif catégorique à la puissance dix. Seul l’alcool les délivre de temps à autre, et brutalement me dit-on.

4) Personne ne s’impatiente

Toujours rapport à la «face», les Japonais prennent un temps fou à me rendre service pour la moindre niaiserie. Je demande mon chemin, on m’accompagne jusqu’à l’autre bord du bâtiment pour me le montrer. Si par malheur ils sont payés pour me rendre service, comme par exemple dans une boutique, on me fait des salamaleks à ras-de-terre, avec moult explications pertinentes, en passant derrière tout ce que je touche avec un petit chiffon. Je connais pas beaucoup d’employés par chez nous qui en feraient autant.

Cliquez pour agrandirRemarquez bien, c’est plaisant, je dirai pas le contraire! Mais serais-je capable de leur rendre un dixième de ça? Il faudrait que je refasse ma vie à zéro pour arriver à un tel niveau de patience et de dévotion. Moi j’ai grandi avec des Parisiens exaspérés, des vendeurs qui connaissent rien à leurs produits, et des serveurs qui se la pètent.

Je dis patience et dévotion, mais cela n’enlève rien à l’indifférence parfaite dont on me témoigne, notez bien. Malgré les gentillesses, je reste parfaitement invisible et inexistant. Tant qu’on leur adresse pas la parole, pas le moindre regard. Si on fait le premier pas, on a la totale. Dans un style tout à fait impersonnel, il va sans dire. Paradoxe paradoxe paradoxe.

5) Ils ont jamais vu un appareil photo

Toute ma vie, j’ai imaginé les Japonais comme des photographes extrêmes. Dans toutes les villes occidentales, on peut les voir photographier tout ce qui bouge avec passion. Mais quand on les visite, ils ont jamais vu ça dis-donc!

Cliquez pour agrandirDès que je sors mon appareil photo, j’ai l’air inopiné! On aura tout vu! C’est l’hôpital qui se fout de la charité, vraiment… Ah puis n’essayez pas de les prendre en photo, même par inadvertance, ils fuient aussitôt. Une chance que j’ai mon grand angle qui les pogne sans qu’ils le sachent… Et les quelques photos directes que j’ai réussi à prendre n’ont été possibles que par louvoiements extrêmes (voir mon fil Flickr).

Pourtant c’est eux autres qui fabriquent 99% des caméras du monde, ils devraient pas être surpris d’en voir une…

6) Tout est neuf neuf neuf

Cette ville a 5 ans. D’un bout à l’autre de la ville centrale (je ne dirai pas « centre-ville » parce qu’il y en a quinze différents), tout semble fraîchement construit ou rénové.

Cliquez pour agrandirLes bâtiments, les rues. Toutes les autos ont l’air neuf et sortent tout droit du lavage. Même les camions de marchandises brillent de tout leur chrome. Les vêtements des gens, toujours neufs et fraichement repassés. Toutes les filles sortent d’une carte de mode. Cette ville a des centaines d’années et toutes les raisons de vieillir prématurément sous le poids de ses habitants, mais elle ne souffre d’aucune usure. Jamais.

Pourtant on voit très peu de travaux sur la voie publique. Quelques échaffaudages, délicatement masqués. Pour le reste, tout reste neuf constamment. Quel est leur secret? Peut-être que c’est la qualité extrême de leur travail. De la belle manufacture japonaise, faite pour durer. Et les matériaux, on lésine pas mes amis! Ils semble que le stainless coûte pas un rond au Japon, ils le sortent à la moindre occasion. Et le marbre, et les belles céramiques, et les vitres splendides, et les pierres finement sablées…

Finalement, leur extérieur ressemble à un intérieur. Propre propre propre, sage sage sage, cute cute cute.


4 novembre 2009
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Alone in Tokyo


Cliquez pour agrandirSeul dans la plus grande mégalopole du monde industrialisé, personne à qui parler, la tête arrachée par les avenues, les trains, les gratte-ciel, les marées humaines costumées, la débauche technologique, les voix étrangères dans les haut-parleurs partout, sans aucune ombre d’un indice pour comprendre ce qu’on me dit et pour leur faire comprendre à mon tour, je suis seul comme jamais parmi 40 millions de personnes.

Cliquez pour agrandirÇa bouge partout autour de moi et je suis seul, seul, seul (on dirait du Jean-Jacques Goldman vous trouvez pas?). Alors viennent en moi toutes sortes de pensées sur le sens de nos vies.

Me voilà, le grand bavard grégaire hyperactif, en pleine cure de mutisme. Ça ne sert à rien de leur parler. Ils ont beau me répéter dix fois la même phrase, patiemment comme si j’allais finir par comprendre, je n’ai pas l’ombre d’une racine européenne pour m’accrocher. Alors je garde mon sourire idiot, et tant que je leur parle pas, ils me laissent tranquille. Je dirais même qu’ils en ont strictement rien à branler de ma présence.

Cliquez pour agrandirQuand par hasard on croise un autre blanc-bec dans la foule, on se spotte immédiatement avec un brin de réassurance mutuelle. Mais je veux pas me tenir avec les autres touristes. Pas tout de suite. Je préfère continuer à explorer ma solitude.

Je suis d’autant plus seul que ma vie entière et même la vôtre n’ont plus aucune importance à Tokyo. Pas plus que leurs vies à tous ces gens n’avaient d’importance pour nous, c’est l’évidence.

Ce que j’essaie de vous dire, maman, Jo-Annie, David, tout le monde, c’est que je me sens comme si nous étions tous disparus il y a très longtemps.

Cliquez pour agrandirEntre ces tours bizarroïdes à la fois géantes et small-sized, ces quartiers Playmobil électriques, ces trottoirs et ces camions propres comme des sous neufs, ces milliers de trains à 12 ou 20 wagons où l’on entend une mouche voler, ces forêts de cellulaires qui textent et textent et textent encore, et toute cette typographie d’extra-terrestres, se trouve une gigantesque marée humaine hyper-sophistiquée qui n’en a rien à foutre de vous et moi parce que nous sommes tous des fantômes d’un autre monde, des morts de Pompei en quelque sorte.

Cliquez pour agrandirJe pense qu’ils étaient juste partis trop loin quand nos civilisations ont commencé à se fréquenter, et bien que nous partagions des structures matérielles et financières, je traverse une sorte de réalité alternative.

Nue dans mon regard d’étranger, la vacuité de leurs excitations me renvoie la mienne. Tout ce qui faisait du plein dans ma vie, mon travail, ma culture, mes médias… pfffffff… Pas plus important que leurs visages juchés en haut des tours de Shibuya, tout aussi inepte que leurs shows de bruit.

Grande Analyse Très Songée : nous sommes tous égaux devant la vacuité. La condition humaine, dites-vous? Certes, mais d’habitude elle se fait oublier parmi les autres humains. Ici, elle et moi sommes seule à seul.

Cliquez pour agrandirJe me rends compte comme jamais à quel point mes proches sont précieux. Fantôme occidental à la dérive  dans l’indifférence japonaise, je pense à vous plus que d’habitude, et mieux que d’habitude.

Ça va quand on voyage chez les pauvres, on se dit c’est pas grave qu’ils vivent leur vie, ils ne savent pas ce qu’ils manquent, toutes sortes de choses pour nous rassurer comme quoi nos vies sont encore pleines. Mais au Japon mes pauvres amis, nous n’avons plus aucune excuse. Nous sommes des fantômes et puis c’est tout.

Reste une seule vérité : la bouffe. Hmmm. Ces épines dorsales d’anguille grillées sont longues en bouche.

Cliquez pour agrandirOu comme dirait Nine Inch Nails, une seule vérité : la douleur. Je suis un zombie jetlagué, un vrai Bill Murray à la fois fringant et décrissé à midi comme à 4 heures du matin. Peut-être pour ça que je patauge dans la philosophie à rallonge…

En réalité, si je me tape un down ce soir, c’est aussi parce que j’ai réussi à perdre mon iPhone tout neuf après seulement trois jours, tombé de mon sac dans le métro je pense. What’s next? Mon Macbook Pro ou mon Canon 5D et ses coûteuses lentiles? Je savais que je risquais le vol à la tire à Bangkok ou Saïgon, mais perdre mon iPhone comme un cave d’entrée de jeu, c’est dur.

Update 11:46pm — OH GOD J’AI RETROUVÉ MON IPHONE! Il était dans une autre poche de mon sac. Tout ça pour ça! Par la magie de la vie, je suis retourné à 1 heure de métro dans le bar où je pensais l’avoir perdu et devinez ce qui m’est arrivé? UNE JAPONAISE M’A FAIT LA CONVERSATION et même si ça a duré 10 minutes, ça m’a fait un bien fou. Il faut croire qu’il y en a qui sont curieux de me connaître un peu, quand même… Même si elle parlait anglais comme un mouton mongolais. Alors voilà, j’ai retrouvé à la fois mon iPhone et mon humanité, prolongeant un peu le construit social qui m’empêche de sombrer à nouveau dans la conscience de ma vacuité. Moralité: I NEED TECHNOLOGY + HUMAN BEINGS.


20 septembre 2009
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Ma journée de cowboy à Saint-Tite


Cowgirl et son chienDe retour de Saint-Tite où avait lieu le festival Western qui réunissait pour sa 42ème édition plus de 500,000 amateurs de cowboyeries, j’ai découvert que j’étais décidément une sacrée moumoune.

Lors de la finale du rodéo aujourd’hui, nous avons eu la chance, mon ami David et moi, de nous installer dans la «chute» avec les cowboys.

La «chute», c’est l’équivalent du puits en Formule 1, là où ils enfourchent les chevaux sauvages devant nous avant qu’on leur ouvre l’enclos.

Cowboys sur une fontaine à leur gloire

Je me suis supris à sursauter des dizaines de fois dans la violence des chocs autour de nous, petit urbain frêle aux ailes fragiles, pendant que les locaux demeuraient placides.

Les chevaux en panique, visiblement stressés dans leur mini-enclos avant le coup d’envoi, se câbraient et donnaient des coups de fers arrières d’une puissance extraordinaire sur les portes en métal à 2 mètres de moi. Les explosions pyrotechniques frappaient violemment nos tympans, excitant davantage encore les animaux.

L'âme insondable du cowboy

Et les cowboys, ah les cowboys ! Je les ai vus de près, moi. De sacrés personnages.

C’est le genre d’hommes qui ne parlent pas beaucoup dans la vie, qui agissent sans broncher, avec un regard d’une intrigante mélancolie qui semblait trahir de profondes réflexions intérieures, enfin je crois.

J’ai fini par comprendre pourquoi les cowboys se préparaient avec tant de solennité quand j’ai vu ce qu’on leur demandait de faire.

Comment faire revoler un veau

Une fois leur enclos ouvert, ils étaient aussitôt précipités dans l’arène sur le dos d’un monstre de colère et d’énergie qui ne demandait qu’à se débarrasser d’eux.

À noter que le cheval continuait à courir avec la même panique furie une fois son cowboy tombé ; il fallait la technique hautement précise des gardiens montés de l’arène pour le ramener à l’enclos.

L’an dernier, durant la finale, l’un de ces chevaux était si énervé qu’il est parti en furie avec une corde autour de la cuisse, qui la lui a sectionnée aussitôt sorti. Il a dû être abattu devant tout le monde quelques secondes plus tard.

Le cheval volant

Ma seule expérience du cheval se limitant à quelques balades dans la campagne française sur le dos de bourrins très dociles, je peux dire que j’ai été surpris par l’énergie, et surtout la vitesse de galop des chevaux réunis à Saint-Tite.

Évidemment, tous les cowboys sont tombés de leur monture à un moment ou l’autre. Mais rassurez-vous : comme l’a rappelé l’animateur au micro, «ya pas un cowboy qui sort d’ici la tête basse !».

10 secondes plus tard

En dehors du rodéo, le festival de Saint-Tite est plutôt pépère. On y voit simplement des milliers de personnes habillées en western, pour la plupart âgées, qui se promènent entre les commerçants de T-shirts quétaines, de chips et hot-dogs, de queues de castor et de Molson Ex (seule bière distribuée durant l’événement).

Partout autour, dans les stationnements, les champs, les cours arrières des domiciles : des véhicules récréatifs et des roulottes par centaines.

Une mauvaise posture.

Aussi, beaucoup de petits chiens de poche vêtus d’oripeaux roses, reliés au poignet de maîtresses d’âge vénérable qui se sont encowboyées (ou plutôt encowgirlées) spécifiquement pour cette occasion.

Faqu’après 4-5 heures, ça faisait. On est parti en évitant le gros trafic vers Hérouxville (capitale québécoise du racisme, vous souvenez-vous?) puis Trois-Rivières, où nous avons pris un hamburger plus ou moins bon à la terrasse du lounge Carlito, rue Des Forges.

Trois-Rivières possède un centre-ville magnifique, rempli de bâtiments splendides allant du style Nouvelle-France au style industriel d’avant-guerre façon montréalaise.

To Catch A Cow

Les rues trifluviennes offrent beaucoup de terrasses et des promenades fort agréables, et son front de fleuve est extrêmement bien dessiné pour les visiteurs.

Cela dit, j’ai eu le même malaise qu’à Saint-Tite, à Jonquière ou partout ailleurs qu’à Montréal ou Québec : une absence totale de représentants de ma génération.

Il semble que tous les gens de 20 à 40 ans ont déserté les régions du Québec, et ceux qui ont moins de 20 ans attendent juste la première occasion pour le faire. On ne les voit nulle part, ou presque.

Enfin, je peux sortir mon chapeau!

Disons que les trentenaires représentent 0.2% des gens qu’on croise dans la rue en Mauricie, alors que sur le Plateau on frise le 70% et les baby-boomers sont quasiment absents du décor. Je ne sais pas ce que Statistique Canada dit de tout ça, ça ne doit pas être si terrible, mais c’est en tout cas ma perception. C’en est même choquant.

En tout cas. Aujourd’hui, j’aurai enfin pu me promener toute la journée avec mon beau chapeau de cowboy acheté au Texas en ayant l’air parfaitement normal dans le décor.

MISE À JOUR 22-09: Suite à quelques malentendus je tiens à préciser que c’est bien moi qui prend toutes les photos diffusées dans ce blogue.


21 juillet 2009
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Honduras 3: The Politics of Reef Conservation


La Escuela de Punta Gorda, RoatanJenny Myton and Ian Drysdale are a married couple of Honduran environment engineers trying to promote responsible fishing, boating and diving around the coral-rich island of Roatán. Besides consulting local entrepreneurs on environmental issues, they’re both active in the Roatan Marine Park non-profit organization overseeing all marine activities on the island.

I met Jenny and Ian at a local Italian restaurant a few nights ago. I was immediately struck by their deep understanding of the environmental issues around here, and their talent to communicate them with simple, powerful examples.

Save the Mangrove!The first question I asked them was one of compassion. « Do you feel a sense of achievement in your work? », I asked. « Since I’ve been here, all I saw was people dumping everything everywhere, not caring the least about the environment, not only around the island, but on its roads and waterways as well. I had a very hard time dumping my first glass bottle in a trash bin. This is something we’ve long been teached never to do in Canada. »

They’re not really happy about the situation, indeed. But they keep on fighting, trying to get local fishermen not to fish turtles or use nets, and divers not to fire spear guns or disrupt marine life.

Alone on a wonderful beachEven if the law is on their side, it’s always a hard fight around here. You just can’t send a local fisherman to the police for one dead turtle. Traditions are still strong, and using a repressive approach overnight would just turn the people against Marine Park – which is also in charge of the whole reef infrastructure, including exhaustive mapping and buoy-planting.

In a few words, the Marine Park is all about diplomacy and education. These are slower, but deeply more powerful activities than automatic law enforcement, as long as they’re sustained over a period of years.

Which brings us to politics.

These guys don't give a fuck about politics!...You see, even before the current political crisis nobody knew what amount could be spent by any governement program in Honduras, since the Zelaya administration never published a 2009 budget. So the Ministry of the environment (careful, MS Internet Explorer only!) can’t tell whether or not the Roatan Marine Park deserves more money this year. And now the Ministry is held by an interim government which won’t announce any kind of budget since it doesn’t know how long it’s going to be around (the next presidential elections are still scheduled for November).

Another major source of aid, US-funded USAID, has been suspended due to the still-unresolved crisis. USAID’s yearly budget for all of Honduras was $1.9M. In the past, this funding helped Marine Park achieve significant milestones, such as building a fully-functional beach-side laboratory to test sea water, which is instrumental in monitoring the evolution of marine life conditions and backing decisions with data.

No politics here either.When I spoke about this Zelaya situation with Jenny & Ian at the Italian restaurant the other night, they was no doubt on their minds. « Mel », as the nickname goes, has to go for good. What happened in Honduras was a totally legitimate action taken by Congress and the courts against the executive powers. It was a perfect demonstration of the checks and balances of democracy in action, in full respect of the 100-year-old Honduran Constitution (« older than the active French constitution », Ian proudly reminded me).

What’s more (still according to Jenny & Ian), the use of the military force to oust Zelaya from his home in his now-famous pyjamas was a legitimate call from Congress whose official enforcement power is the army, while the police only answers to the executive branch (as opposed to most Western democracies where the chief of state is also the commander-in-chief).

I found my dream restaurantAs legitimate as their move was, Micheletti’s interim government had no sense of  politics when they ousted an active president at gunpoint while deploying military in the streets and imposing their still-standing curfew at 10 or 11PM.

From a Western media point of view, Military + Central America = blood in the streets. In Canada or the US, we only have 10 seconds to devote to an Honduran news, and showing military in the streets imposing curfew to citizens after ousting a president at gunpoint quickly brings back memories of Salvador, Nicaragua or even Chile.

It’s already too late, the catastrophic PR is done: as I prepared to board my plane to Honduras last week, all my friends were telling me I was crazy. They didn’t know much detail, but what they knew was enough. Political crisis in Central America = Stay the fuck away and go to Cancun to spend your vacation instead.

Jimmy feeding his daughter at the end of the charted worldUntil now, they’ve been wrong. Life on this island is good life as usual, except for the extreme lack of tourism that’s killing local entrepreneurs. All of them are mad, but none of them do support Zelaya’s return. As Jenny and Ian told me, the ousting was legitimate, but it was conducted in the most clumsy, irresponsible way.

That night at the Italian restaurant, there was a Zelaya supporter among us. Fernando was the lucky man going out with the Texas girl whose birthday we were celebrating. Jenny talked with him for at least an hour. At the end, nobody was convinced of the other’s point of view. But the debate was interesting – and would even more have been so if I had the slightest command of Spanish.

Fernando summed up his views for me in a few words. For him, Zelaya represents the end of status quo. According to him, it’s time to renew the political, financial and educational powers that have fallen in the hands of the same old gang for too long. For Fernando, who’s said to belong to a rich Honduran family (which he refused to confirm), Zelaya represents the promise of such a renewal.

« He’s just a young idealist », Jenny whispered to me. « His views are only based on emotions, not logic. »

Best. Sunset. Ever.For sure, emotional reactions have been very underestimated when sending the military oust a pyjama-clad active president in his private house at dawn. The media got their emotional clip – it was already too late.

For all the fear that’s playing out back North about a possible civil war or even a military intervention from Venezuela, let me tell you something: if all Hondurans are to debate in calm and friendliness around an Italian wine like I saw those two debate the other night, you don’t have anything to worry about. They were entrenched on both sides, for sure. But not once did they start screaming at each other. Let’s hope the whole political thing on the mainland will get solved that way.

Whatever the outcome, let’s pray it’ll be quick. A lot of turtles are betting their life on it.


19 juillet 2009
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Honduras 2: Ridder et le générateur


G. en train d'expliquer un truc à RidderQuand j’ai débarqué, G. m’a vite mis au parfum. «Ridder, comment dire… C’est difficile à expliquer. Tu vois, ici au Honduras, il y a toutes sortes de gens qui font des choses pour nous. Ils font des choses pour lesquelles ils ne sont pas payés, et de notre côté, nous ne faisons jamais rien pour eux, à part leur tenir compagnie.»

Ridder, c’est un ami. Mais en même temps on se fout un peu de lui. Il n’est jamais invité, mais il est toujours là, de jour comme de nuit. Si on ne s’occupe pas de lui, il attend tranquillement. Jamais un mot plus haut que l’autre. En fait, la plupart du temps on ne s’occupe pas de lui. Il est comme une ombre qui nous suit affectueusement.

L'endroit d'ou je vous écrisC’est épatant, dès qu’on a besoin d’un truc, on lui demande. Un aller-retour à l’autre bout de la ville pour aller chercher une connerie? Pas de problème, j’y vais, attendez-moi les gars. Un plan after-party après la fermeture des bars? (qui survient à 11h avec le fucking couvre-feu, je vous le rappelle) Pas de problème, j’appelle tous mes amis en pleine nuit pour leur demander, attendez-moi les gars.

Bien sûr, c’est toujours lui qui chauffe et qui attend dans le truck. Attendre, toujours attendre, rien que cela est un don de soi.

Parfois G. l’insulte un peu, lui donne des tapes en arrière de la tête. Pour rire ou pour réaffirmer son statut, genre. G. a lui-même certains troubles psychologiques, il les passe ainsi. Moi il m’a recommandé de ne pas le faire («tu viens d’arriver, je pense qu’il serait un peu perdu si tu t’y mettais aussi»). Mais ça ne me tente absolument pas. Ce pauvre Ridder. Serviable Ridder. Souriant Ridder. Comment pourrais-je?

Les petites salopes vous bouffent un arbre en une nuitEn fait, Ridder c’est exactement comme Turtle dans Entourage, sauf qu’il n’aura jamais la chance d’entrer vraiment dans notre cercle ou d’être dans nos secrets. Surtout qu’il parle juste espagnol (ce qui est choquant pour un étudiant en littérature anglaise).

La clef de sa motivation se trouve ailleurs que dans l’argent, l’estime ou même le respect le plus basique. En effet, devant les autres Honduriens, nous sommes ses «associés». C’est ce qu’il leur dit tout le temps. Ça et son iPhone flambant neuf, ça pète grave. Même si personne n’est dupe.

Life in Coxen Hole, RoatanSi ce n’était de ses amis expatriés, dans la vie Ridder ne foutrait strictement rien semble-t-il. Un de ces pseudo-étudiants qui traîne chez ses parents à 24 ans. Son père a une compagnie d’électriciens. Il s’en sort pas mal. Son fils fout rien, il traîne avec nous.

Ça me fait de la peine de l’admettre, parce qu’il est si gentil souriant et tout, mais c’est vrai que Ridder il est pas très fûté.

L’autre jour G. lui a demandé un truc simple. Au port il y a un container pour lui, qui vient d’arriver de Thaïlande. Dans ce container, l’équipement pour ouvrir son nouveau restaurant à Roatan (mais c’est une autre histoire). Entre autres de la vaisselle, du linge et quelque 500 bouteilles précieuses de Bordeaux qui sont en train de cuire dans ce four à 100 degrés depuis un mois.

Gaz manChaque fois que G. est allé chercher son container, il s’est heurté à l’inefficacité bureaucratique, jusqu’à ce qu’il en ait marre d’échouer. Pour l’instant, aucun restaurant n’est ouvert donc on n’a pas besoin du container. Tout ce qu’on veut, c’est un objet qui se trouve dans le container. Un générateur énorme. Au Honduras, les générateurs ont beaucoup de valeur. L’électricité est souvent coupée, et ces machines sont un premier pas pour séparer la réussite de la pauvreté. Bref, ça se vend comme des petits pains.

Ridder, ce générateur est notre ligne de vie. Nous n’avons plus d’argent, nous devons des loyers et des conneries à gauche à droite, il nous faut vendre au plus vite ce générateur dont nous pourrons tirer au moins 12000$. Ridder, c’est à toi que nous confions cette mission de la plus haute importance. Reste à San Pedro pour t’occuper de ça. Pendant ce temps on va faire de la plongée à Roatan. Tiens-nous au courant!

Ça fait une semaine que Ridder est supposé vendre le générateur. Déjà qu’il a du mal à se lever avant 13 heures, et Dieu sait qu’on ne peut rien faire d’utile dans une journée quand on se lève à 13 heures et particulièrement sous les tropiques, mais en plus, il prend des heures à faire le moindre effort.

Gaz GirlsIl a fini par aller le chercher. Il l’a remorqué chez lui avec le Ford 350 que nous lui prêtons tout ce temps, et dont il se sert abondamment pour épater toute la ville en tant qu’«associé.» Il le mérite bien, il est si serviable! Mais pas pour ce genre de missions complexes, semble-t-il.

Depuis, les jours passent et rien n’évolue. Gentil comme il est, Ridder est bien évidemment le pire vendeur de générateurs usagés que la terre a jamais porté et lorsqu’il rencontre son premier client, que fait-il ? Il laisse partir l’acheteur en week-end avec notre générateur en remorque, sans payer rien, pour le «tester» présumément jusqu’à lundi matin, lorsqu’il prendra la décision de l’acheter ou non.

El SculptorD’ici lundi, c’est pas mal certain que le générateur aura soit disparu, soit subi une discrète vasectomie pour en tirer des pièces. Mais Ridder il était tout étonné quand G. lui a dit ça. Il trouvait qu’on se faisait du souci pour rien. G. avait beau s’énerver au téléphone, ça faisait rigoler Ridder. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, quand Ridder est mal à l’aise, il rigole. Les yeux tirés, la tête en arrière, pendant de longues et lourdes secondes.

Ben là notre «associé» il a rigolé pendant une bonne minute pendant que G. l’engueulait comme du poisson pourri. Ça augure mal, tout ce rigolage. Le générateur on peut tirer une croix dessus! Tu parles d’un associé…


15 juillet 2009
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Honduras 1: Vive la police


Bienvenido a San Pedro SulaLa première fois que j’ai vu le gun de J. dépasser de sa poche arrière, ou plutôt pendouiller vaguement comme j’y pendouillerais mon cellulaire, j’ai compris le sens unique du mot «sécurité» dans un pays en développement comme le Honduras.

Vendredi soir après trois vols épuisants, j’ai changé d’air dès les dix premières minutes de route depuis l’aéroport de San Pedro Sula, ville industrielle où l’industrie sert surtout à blanchir l’argent de la cocaïne.

«Ça, c’est la maison de quelqu’un», m’a indiqué mon hôte G., pointant trois piquets surmontés d’une planche sur le bord de la route, qui surplombe une étendue bidonvillesque infinie.

Ah d’accord, je ne suis plus chez moi, c’est clair.

Habitations à loyer modique...Quand j’ai vu le gun de J. pendouiller alors qu’il sortait du Ford 350 pour aller chercher je ne sais plus quoi, j’ai compris qu’il serait difficile pendant ce voyage de sortir ma caméra à 3500$ pour aller photographier le «vrai peuple» dans les rues pauvres du tiers-monde, comme je l’avais fait en toute sécurité à Cuba.

Dans le gun de J., les deux premières balles du chargeur sont perforantes, régulières. C’est pour défoncer les portes. Les suivantes sont de grade militaire, pour arracher les intestins. J. vient de New York, il y a très longtemps, il était dans les rues de Staten Island avec un autre gun, il a vu bien des choses comme moi je n’en ai vu que dans un film de Scorsese.

J. est un enfant de la balle. Calme et paisible, un brin touchant par son dark side qui déborde du regard, me fait penser à Christopher dans les Sopranos. Mais ici, son italien ne sert pas beaucoup. Il négocie toute la journée avec les gens du coin pour tenir en vie son club, qui fait danser un peu la classe moyenne de San Pedro. Les Honduriens aiment fêter et danser, ça on ne peut pas le nier – et ils ont une curieuse façon de le faire, mais je vous parlerai de ça plus tard.

Police privée, everywhereUne fois, J. s’est servi de son gun pour tenir tête à la police, qui venait l’embêter dans son club vers minuit pour le simple plaisir d’aller chercher un bakshish. Il est sorti avec ses videurs et s’est tenu devant les policiers, gun en main, face-off tout à fait vraisembable dans un pays ou les policiers ne sont pas plus intègres que leurs pushers. Les policiers ont fini par partir, penauds.

Voilà le genre d’histoire qui explique les guns ainsi que la protection hallucinante des maisons (du moins celles qui contiennent un minimum de biens), forteresses couronnées de fil barbelé électrifié, grilles de métal dans toutes portes et fenêtres. Quand la police n’est pas plus fiable que les intentions du voisin, certains choisissent de faire police eux-mêmes.

Tipico!Ils ont construit un mall, à San Pedro. Le mall le plus luxueux au pays. Trois étages de magasins dont vous connaissez les noms, tenus par des employés nombreux pour rien, qui n’y restent jamais plus de deux mois pour éviter de leur donner des droits, et fréquentés par une poignée de paumés occidentaux qui ont assez d’argent pour acheter ce qui s’y vend. Les autres, les locaux, errent dans les allées et le food court, pour profiter de la climatisation sans jamais rien acheter. Si ça ce n’est pas du blanchiment, moi je suis un virtuose de la salsa et du meringue.

Derrière la peinture cliquante, tout s’écroule déjà et on doit réparer le toit à grands renforts d’échaffaudages. La conformité aux normes de construction, c’est comme les «accidents» fatals : ça s’achète.

Sortie en familleQuand parfois des Honduriens s’élèvent dans ce qui ressemble à la classe moyenne, alors ils se payent des merveilles. Au premier chef de belles autos, de beaux cellulaires, et de beaux vêtements (dans cet ordre). Surtout les signes extérieurs de réussite, même s’ils ne font aucun sens. Pourquoi boire du café mûri dans son climat idéal sur la montagne à deux kilomètres d’ici quand on peut se payer l’excellent Nescafé qui fait des publicités partout en ville?

Je regarde tout ça, d’un coin de l’oeil car je ne connais encore presque rien du pays, et je me dis quand même : à quoi servent nos beaux idéaux canadiens de coopération internationale? Le commerce équitable? La construction d’écoles de campagne? Si ça vous fait plaisir.

Moi je crois que ce qu’il leur faut avant tout, c’est une école de police et des salaires de policiers qui se respectent. La corruption ronge les idéaux comme la rouille, partout dans les rues, il n’y a qu’à regarder les fusils à pompe des mecs qui gardent les gated communities pour comprendre qu’une police intègre en contrôle de la situation, ça changerait tout. Ça serait la base. Et je n’en reviens pas de dire cela, j’ai toujours détesté les policiers comme on déteste l’odeur des poubelles par un jour de ramassage estival – un mal nécessaire. C’est pourtant vrai. Vive la police!

Une seule chose positive sur cette police de carnaval: ils ne nous emmerdent pas avec le putain de couvre-feu, qui était en vigueur jusqu’à dimanche en raison de la crise politique qui secoue la capitale, loin au Sud. Si on se fait arrêter dans les rues soudainement vides après 11h, pas grave: un petit 20 dollars et on continue sa route.

Arrivée au paradisJ. est resté à San Pedro. Nous sommes allés avec G. sur l’île de Roatan, qui nous accueillait les bras pleins de fleurs et d’oiseaux tropicaux. Un paradis terrestre, vraiment. Avec des bidonvilles dessus, et des chances accrues de se faire mugger mais beaucoup moins que sur le continent. Ça commence à se développer touristiquement, mais c’est encore l’endroit le plus authentique et vierge que j’ai vu dans les Caraïbes. Je vous en reparle dans un prochain billet.

Ah, puis j’ai commencé la plongée grâce au statut d’instructeur PADI de mon ami G., mais pour le moment je n’ai pas réussi à égaliser en dessous de cinq mètres et je me sens moitié moins homme suite à cet échec.

Je réessaye tantôt, parce que je me suis levé tôt ce matin. Le Honduras ça sert pas juste à se péter la tronche sur le bord de la plage jusqu’aux petites heures, en essayant de danser la salsa et de parler espagnol comme une vache irlandaise…


18 mars 2009
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SXSW Day 5 – Nothing to Do with SXSW


The Ubiquitous Austin Crackle Here’s my new motto: South by Southwest has nothing to do with South by Southwest. D’année en année, je m’éloigne de plus en plus des conférences pour passer mes journées à profiter d’Austin. Hier j’ai atteint le niveau ultime: je n’ai même pas posé le pied dans le centre des congrès.

Sous un soleil de plomb, j’ai été prendre un déjeuner au bord d’un charmant lac de retenue dans l’Ouest de la ville, avant de me diriger vers South Congress pour m’acheter un beau chapeau Stetson.

The New Me !!!J’aurai quand même hésité deux ans avant de passer à l’acte… Je ne peux m’empêcher de penser que si je le porte à Montréal, j’aurai l’ai de me donner un genre. Pourtant ici, dans ce magasin rempli de centaines de bottes, mon choix de chapeau avait l’air très sobre. Tout est question de contexte. Pour l’instant je l’adore. I think this hat embodies my passage from a Yankee farmboy to a real Texas man. Ça va faire un malheur au fin fond de la Corrèze la prochaine fois que j’irai y jouer au gentleman farmer en famille.

Puuurrrr!!! Roooaaarrr!!!Au gré du hasard, je me suis retrouvé au volant d’une Corvette 1978 rouge pétant, intérieur rouge aussi. Sa carosserie à n’en plus finir est d’une extravagance radicale. Un vrai speedboat routier avec son moteur 8 cylindres de 6 litres. Ça a du couple ça mes amis. On pèse un demi-pouce sur le gaz et ça rugit comme dix lions. Quand on ne pèse sur rien, ça ronronne comme cent chats. Bien sûr, pas une once de plastoc là-dedans. C’est du vrai char. Mais le test-drive a fini très vite, et j’ai dû la rendre à son propriétaire.

Media Temple PartyLe soir venu, nous sommes retournés en ville pour une dernière soirée avec Fred, mais ça sentait la fin pour nous, les geeks. Déjà les musiciens ont pris d’assaut les rues, avec leur belle jeunesse cooler-than-thou et leurs filles beaucoup plus belles que les nôtres. On a quand même été au party de clôture de SXSW Interactive, organisé par l’hébergeur Media Temple (un party organisé par un hébergeur, ça fait du sens n’est-ce pas?). Il y avait un taureau mécanique. Et c’est à peu près tout. On est rentrés tôt avec une caisse de Fat Tire. Mais on se plaint pas, on a largement eu notre quota de party durant les 5 soirées précédentes…

As I was saying, South by Southwest has nothing to do with South by Southwest. It’s all about Austin. Except I wouldn’t have such an Austinite experience without South by Southwest.

Pendant ce temps au centre des congrès...J’ai sûrement manqué beaucoup de grandes révélations technologiques, mais je l’aurais su par la bande si c’était le cas. Or mes radars m’indiquent qu’aucune tendance majeure ne se dégage de SXSW 2009. Il y a deux ans, il n’y en avait que pour Facebook. L’an passé, pour Twitter qui commençait à grossir. Mais cette année, on a bâti sur les fondations existantes.

Aucune grande nouveauté 2009 n’a bénéficié de l’effet catalyseur de la convergence de l’élite geek à Austin. On a surtout parlé de comment mieux utiliser tout ce qui existe déjà, et on a répété des concepts déjà acquis. Par exemple Chris Anderson, rédac-chef de Wired dont j’ai manqué le keynote d’hier, s’est contenté d’explorer davantage son concept du Long Tail (2004) et la victoire annoncée du « freemium » sur le « premium » (qui fait l’objet de son nouveau bouquin).

Et maintenant je repars bronzé dans 4 autres semaines de grisaille slocheuse. Et bien sûr, je retourne à mon rythme de blogging lâche… :)


17 mars 2009
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SXSW Day 4 – Tech Graffiti & Yellow Tex-Marde


Vue imprenable !Pour plus d’authenticité, Fred et moi sommes allés déjeuner au restaurant latino des latinos, plutôt que dans le restaurant latino des étudiants. Ben c’était encore plus merdique, à croire qu’ils cherchent à s’entretuer. Je ne peux même pas croire qu’on puisse considérer ça comme de la nourriture.

Mon plat, c’était des Empenadas, mais entre nous ça pourrait être n’importe quoi puisque ça consistait en une piscine de coulis pétrifié brun d’un bord, jaune de l’autre. Rien, strictement rien dans cette assiette ne contenait un nutrient utile. Une baignoire de Singles de Kraft mélangée à de la refriture d’ex-bines, pour moi un bol de marde de cheval cancéreux aurait aussi bien fait.

Some dog shit with that?Je suis pas du genre à critiquer les restos, les gens difficiles avec la bouffe ça m’ennuie. Mais là, vraiment, c’est un génocide en temps réel sous mes yeux. Certains mangent ça tous les jours ! Le pire c’est que les 30 items du menu sont tous les mêmes, la même baignore plate d’une luisance sèche, faits à partir des 4 mêmes ingrédients merdiques. Mélangez la marde comme vous voulez, vous obtenez quoi ? De la marde ! Ouais ! D’abord la bouffe dure c’est comme la terre : ça se doit d’être en relief. « Il n’y a de paysage qu’encaissé » (Roland Barthes).

James Powderly, très charismatiqueAprès ça pouf ! Keynote : l’artiste multimédia James Powderly, en conversation avec Virginia Heffernan (columnist au New York Times). Super sympa et amusant, Powderly est un virtuose du « techno street art ». Il est derrière les LED Throwies (événements où le public est invité à jeter des LEDs magnétisés sur des surfaces publiques en métal) et surtout le Graffiti Research Lab.

Ce collectif s’amuse à tracer des graffitis sur des bâtiments avec un faisceau laser, à très longue distance (le record est de 1200 mètres à travers le port de Hong Kong). Un logiciel s’occupe de traduire l’écriture en faisceau, et la persistance rétinienne fait le reste. Mais c’est pas si facile, selon Powderly: « it’s like writing with a 100-meter pencil ». En passant, Powderly conçoit ses performances collaboratives avec l’aide de Ward Cunningham, qui n’est autre que l’inventeur des Wikis.

Marketing 101Comme à mon habitude, je n’ai assisté à aucune autre conférence de la journée… J’ai plutôt pris le taxi pour aller me payer un battery grip pour ma caméra. 100$ usagé, quand même. Mais j’ai une préhension incomparable à présent, et une durée de vie double sur mes batteries. Oh, et ma caméra est encore plus imposante, ce qui me rend très viril.

Vers 5 heures j’ai rejoint Louis-Jacques et Martin sur le toit de l’hôtel Omni, splendide vue sur la ville au bord d’une piscine où je ne pouvais tremper faute de maillot. Bières et bouffe gratuite, ces deux-là m’ont sauvé la vie car j’avais rien bouffé depuis ma tex-marde matinale. Mmmh les brochettes de poulet! Et des légumes! Incluant des asperges!!!

Danse improvisée...Encore malade, je suis allé passer le reste de la journée ensoleillée à faire la sieste pour mieux sortir le soir aux gros partys de la semaine (le lundi est la grosse soirée de SXSWi). British Booze-Up, South by NorthWest, Mashable Party… Mais les line-ups étaient pires encore que les années précédentes, et après 90 minutes d’attente sans jamais absorber une goutte d’alcool, debouts comme des cons, on a décidé de filer à l’anglaise pour rejoindre les premiers arrivants de la partie Musique du festival, qui commence mercredi. Une toute autre gang.

Fred et moi sommes donc retournés au temple de la bière, le Ginger Man, avec Johnny de BandeApart.fm qui s’apprête à baladodiffuser assidument pour les prochains jours. J’ai aussi apprécié ma rencontre avec Annie Q de Vice Québec qui a l’air bien divertissante, et qui m’a juré que je pourrais voir des chauve-souris s’envoler par centaines de milliers si j’arrivais pile au lever ou coucher du soleil près du pont de Congress Street. On m’en a déjà parlé de ces chauves-souris, mais je n’ai jamais eu le bon timing. En tout cas, leur nombre explique pourquoi on ne voit pas l’ombre d’un insecte à Austin.


16 mars 2009
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SXSW Day 3 – Statistics & Iceberg Cheese


Le méchant Mr. Spam !Ô soleil du Texas, te voilà enfin ! Juste au moment où tu pointes ton crisse de nez après trois jours de crachin breton, je me sens indisposé et manque de tomber inconscient. Ah ironie, moi qui ne suis jamais malade de tout l’hiver à Montréal, je me tape un gros rhume en plein quand il faut pas. Mais je lutte, ou plutôt j’ignore l’adversité. J’essaie quand même de trouver de la vitamine C et quelque chose qui ressemble à des légumes, histoire de soutenir mes défenses. Passons.

Nuits texanes...Hier j’ai encore essayé de donner une chance aux conférences, mais tout comme l’an dernier, mon intérêt s’effrite à mesure que les jours avancent. Combien encore me faudra-t-il encore de panels barbants avant que je comprenne que 95% d’entre eux ne savent pas faire un panel ?

Ces supposés « How-To » ne donnent généralement qu’un paquet de récits personnels où le succès n’est issu que d’un concours de circonstances non reproductible. Voici comment ça a marché pour moi, voici comment j’ai réussi par la peau du cul, faites-en ce que vous voulez. Voilà qui n’est pas très « actionnable » pour parler bien français.

Mais ce qui compte, au fond, c’est moins l’intérêt individuel de chaque panel que leur atmosphère collective d’insightful geekiness. Même si chacun ne m’apporte rien de palpable, leur cumul me plonge peu à peu dans un bain salutaire de Webitude dernier cri. Et au fond, ce sont les rencontres que l’on fait hors des salles de conférence qui nous apprennent le plus de choses.

Nate Silver de FiveThirtyEightKeynote pas pire : Nate Silver, un roi des chiffres qui a réussi à prédire la victoire d’Obama de façon scientifique, dès le tout début des primaires. Son site FiveThirtyEight.com suit une méthodologie ultra-sophistiquée d’aggrégation de sondages pondérés selon leurs historiques de succès, et toutes sortes de données démographiques régionales. À lui seul, il s’est montré plus solide que tous les analystes politiques des réseaux de nouvelles américains. Une autre victoire des nouveaux médias sur les anciens – voilà une histoire comme on les aime à SXSW.

Vous appelez ça de la salade ?Grosse orgie de papilles le soir venu, avec mon ami Louis-Jacques et Martin de chez Sympatico. On est allé se taper des steaks de 20 onces au Sullivan’s, une institution austinite de la viande. C’était un délice indescriptible. On a quand même été surpris par l’entrée « Iceberg Lettuce w/ Blue Cheese », qui ne brillait pas par sa subtilité (voir image ci-contre). Finalement après ces tas de viandes on ne se plaignait plus de l’absence d’accompagnements; on aurait pas pu les avaler.

Back to the Future!Nous sommes en suite allés sur le délicieux patio du San Jose Motel, de l’autre côté de la rivière, avant de revenir en ville pour un show de musique impromptu.

Mon rhume a finalement eu raison de moi, aidé par deux gros cigares dominicains achetés chez Sullivan’s. Ils étaient bons, mais ils avaient tendance à créer un cercle constant de 5 mètres autour de moi, partout où j’allais. Malade et puant, je me suis avoué vaincu, direct au lit.