4 novembre 2009
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Alone in Tokyo


Cliquez pour agrandirSeul dans la plus grande mégalopole du monde industrialisé, personne à qui parler, la tête arrachée par les avenues, les trains, les gratte-ciel, les marées humaines costumées, la débauche technologique, les voix étrangères dans les haut-parleurs partout, sans aucune ombre d’un indice pour comprendre ce qu’on me dit et pour leur faire comprendre à mon tour, je suis seul comme jamais parmi 40 millions de personnes.

Cliquez pour agrandirÇa bouge partout autour de moi et je suis seul, seul, seul (on dirait du Jean-Jacques Goldman vous trouvez pas?). Alors viennent en moi toutes sortes de pensées sur le sens de nos vies.

Me voilà, le grand bavard grégaire hyperactif, en pleine cure de mutisme. Ça ne sert à rien de leur parler. Ils ont beau me répéter dix fois la même phrase, patiemment comme si j’allais finir par comprendre, je n’ai pas l’ombre d’une racine européenne pour m’accrocher. Alors je garde mon sourire idiot, et tant que je leur parle pas, ils me laissent tranquille. Je dirais même qu’ils en ont strictement rien à branler de ma présence.

Cliquez pour agrandirQuand par hasard on croise un autre blanc-bec dans la foule, on se spotte immédiatement avec un brin de réassurance mutuelle. Mais je veux pas me tenir avec les autres touristes. Pas tout de suite. Je préfère continuer à explorer ma solitude.

Je suis d’autant plus seul que ma vie entière et même la vôtre n’ont plus aucune importance à Tokyo. Pas plus que leurs vies à tous ces gens n’avaient d’importance pour nous, c’est l’évidence.

Ce que j’essaie de vous dire, maman, Jo-Annie, David, tout le monde, c’est que je me sens comme si nous étions tous disparus il y a très longtemps.

Cliquez pour agrandirEntre ces tours bizarroïdes à la fois géantes et small-sized, ces quartiers Playmobil électriques, ces trottoirs et ces camions propres comme des sous neufs, ces milliers de trains à 12 ou 20 wagons où l’on entend une mouche voler, ces forêts de cellulaires qui textent et textent et textent encore, et toute cette typographie d’extra-terrestres, se trouve une gigantesque marée humaine hyper-sophistiquée qui n’en a rien à foutre de vous et moi parce que nous sommes tous des fantômes d’un autre monde, des morts de Pompei en quelque sorte.

Cliquez pour agrandirJe pense qu’ils étaient juste partis trop loin quand nos civilisations ont commencé à se fréquenter, et bien que nous partagions des structures matérielles et financières, je traverse une sorte de réalité alternative.

Nue dans mon regard d’étranger, la vacuité de leurs excitations me renvoie la mienne. Tout ce qui faisait du plein dans ma vie, mon travail, ma culture, mes médias… pfffffff… Pas plus important que leurs visages juchés en haut des tours de Shibuya, tout aussi inepte que leurs shows de bruit.

Grande Analyse Très Songée : nous sommes tous égaux devant la vacuité. La condition humaine, dites-vous? Certes, mais d’habitude elle se fait oublier parmi les autres humains. Ici, elle et moi sommes seule à seul.

Cliquez pour agrandirJe me rends compte comme jamais à quel point mes proches sont précieux. Fantôme occidental à la dérive  dans l’indifférence japonaise, je pense à vous plus que d’habitude, et mieux que d’habitude.

Ça va quand on voyage chez les pauvres, on se dit c’est pas grave qu’ils vivent leur vie, ils ne savent pas ce qu’ils manquent, toutes sortes de choses pour nous rassurer comme quoi nos vies sont encore pleines. Mais au Japon mes pauvres amis, nous n’avons plus aucune excuse. Nous sommes des fantômes et puis c’est tout.

Reste une seule vérité : la bouffe. Hmmm. Ces épines dorsales d’anguille grillées sont longues en bouche.

Cliquez pour agrandirOu comme dirait Nine Inch Nails, une seule vérité : la douleur. Je suis un zombie jetlagué, un vrai Bill Murray à la fois fringant et décrissé à midi comme à 4 heures du matin. Peut-être pour ça que je patauge dans la philosophie à rallonge…

En réalité, si je me tape un down ce soir, c’est aussi parce que j’ai réussi à perdre mon iPhone tout neuf après seulement trois jours, tombé de mon sac dans le métro je pense. What’s next? Mon Macbook Pro ou mon Canon 5D et ses coûteuses lentiles? Je savais que je risquais le vol à la tire à Bangkok ou Saïgon, mais perdre mon iPhone comme un cave d’entrée de jeu, c’est dur.

Update 11:46pm — OH GOD J’AI RETROUVÉ MON IPHONE! Il était dans une autre poche de mon sac. Tout ça pour ça! Par la magie de la vie, je suis retourné à 1 heure de métro dans le bar où je pensais l’avoir perdu et devinez ce qui m’est arrivé? UNE JAPONAISE M’A FAIT LA CONVERSATION et même si ça a duré 10 minutes, ça m’a fait un bien fou. Il faut croire qu’il y en a qui sont curieux de me connaître un peu, quand même… Même si elle parlait anglais comme un mouton mongolais. Alors voilà, j’ai retrouvé à la fois mon iPhone et mon humanité, prolongeant un peu le construit social qui m’empêche de sombrer à nouveau dans la conscience de ma vacuité. Moralité: I NEED TECHNOLOGY + HUMAN BEINGS.


20 septembre 2009
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Ma journée de cowboy à Saint-Tite


Cowgirl et son chienDe retour de Saint-Tite où avait lieu le festival Western qui réunissait pour sa 42ème édition plus de 500,000 amateurs de cowboyeries, j’ai découvert que j’étais décidément une sacrée moumoune.

Lors de la finale du rodéo aujourd’hui, nous avons eu la chance, mon ami David et moi, de nous installer dans la «chute» avec les cowboys.

La «chute», c’est l’équivalent du puits en Formule 1, là où ils enfourchent les chevaux sauvages devant nous avant qu’on leur ouvre l’enclos.

Cowboys sur une fontaine à leur gloire

Je me suis supris à sursauter des dizaines de fois dans la violence des chocs autour de nous, petit urbain frêle aux ailes fragiles, pendant que les locaux demeuraient placides.

Les chevaux en panique, visiblement stressés dans leur mini-enclos avant le coup d’envoi, se câbraient et donnaient des coups de fers arrières d’une puissance extraordinaire sur les portes en métal à 2 mètres de moi. Les explosions pyrotechniques frappaient violemment nos tympans, excitant davantage encore les animaux.

L'âme insondable du cowboy

Et les cowboys, ah les cowboys ! Je les ai vus de près, moi. De sacrés personnages.

C’est le genre d’hommes qui ne parlent pas beaucoup dans la vie, qui agissent sans broncher, avec un regard d’une intrigante mélancolie qui semblait trahir de profondes réflexions intérieures, enfin je crois.

J’ai fini par comprendre pourquoi les cowboys se préparaient avec tant de solennité quand j’ai vu ce qu’on leur demandait de faire.

Comment faire revoler un veau

Une fois leur enclos ouvert, ils étaient aussitôt précipités dans l’arène sur le dos d’un monstre de colère et d’énergie qui ne demandait qu’à se débarrasser d’eux.

À noter que le cheval continuait à courir avec la même panique furie une fois son cowboy tombé ; il fallait la technique hautement précise des gardiens montés de l’arène pour le ramener à l’enclos.

L’an dernier, durant la finale, l’un de ces chevaux était si énervé qu’il est parti en furie avec une corde autour de la cuisse, qui la lui a sectionnée aussitôt sorti. Il a dû être abattu devant tout le monde quelques secondes plus tard.

Le cheval volant

Ma seule expérience du cheval se limitant à quelques balades dans la campagne française sur le dos de bourrins très dociles, je peux dire que j’ai été surpris par l’énergie, et surtout la vitesse de galop des chevaux réunis à Saint-Tite.

Évidemment, tous les cowboys sont tombés de leur monture à un moment ou l’autre. Mais rassurez-vous : comme l’a rappelé l’animateur au micro, «ya pas un cowboy qui sort d’ici la tête basse !».

10 secondes plus tard

En dehors du rodéo, le festival de Saint-Tite est plutôt pépère. On y voit simplement des milliers de personnes habillées en western, pour la plupart âgées, qui se promènent entre les commerçants de T-shirts quétaines, de chips et hot-dogs, de queues de castor et de Molson Ex (seule bière distribuée durant l’événement).

Partout autour, dans les stationnements, les champs, les cours arrières des domiciles : des véhicules récréatifs et des roulottes par centaines.

Une mauvaise posture.

Aussi, beaucoup de petits chiens de poche vêtus d’oripeaux roses, reliés au poignet de maîtresses d’âge vénérable qui se sont encowboyées (ou plutôt encowgirlées) spécifiquement pour cette occasion.

Faqu’après 4-5 heures, ça faisait. On est parti en évitant le gros trafic vers Hérouxville (capitale québécoise du racisme, vous souvenez-vous?) puis Trois-Rivières, où nous avons pris un hamburger plus ou moins bon à la terrasse du lounge Carlito, rue Des Forges.

Trois-Rivières possède un centre-ville magnifique, rempli de bâtiments splendides allant du style Nouvelle-France au style industriel d’avant-guerre façon montréalaise.

To Catch A Cow

Les rues trifluviennes offrent beaucoup de terrasses et des promenades fort agréables, et son front de fleuve est extrêmement bien dessiné pour les visiteurs.

Cela dit, j’ai eu le même malaise qu’à Saint-Tite, à Jonquière ou partout ailleurs qu’à Montréal ou Québec : une absence totale de représentants de ma génération.

Il semble que tous les gens de 20 à 40 ans ont déserté les régions du Québec, et ceux qui ont moins de 20 ans attendent juste la première occasion pour le faire. On ne les voit nulle part, ou presque.

Enfin, je peux sortir mon chapeau!

Disons que les trentenaires représentent 0.2% des gens qu’on croise dans la rue en Mauricie, alors que sur le Plateau on frise le 70% et les baby-boomers sont quasiment absents du décor. Je ne sais pas ce que Statistique Canada dit de tout ça, ça ne doit pas être si terrible, mais c’est en tout cas ma perception. C’en est même choquant.

En tout cas. Aujourd’hui, j’aurai enfin pu me promener toute la journée avec mon beau chapeau de cowboy acheté au Texas en ayant l’air parfaitement normal dans le décor.

MISE À JOUR 22-09: Suite à quelques malentendus je tiens à préciser que c’est bien moi qui prend toutes les photos diffusées dans ce blogue.


21 juillet 2009
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Honduras 3: The Politics of Reef Conservation


La Escuela de Punta Gorda, RoatanJenny Myton and Ian Drysdale are a married couple of Honduran environment engineers trying to promote responsible fishing, boating and diving around the coral-rich island of Roatán. Besides consulting local entrepreneurs on environmental issues, they’re both active in the Roatan Marine Park non-profit organization overseeing all marine activities on the island.

I met Jenny and Ian at a local Italian restaurant a few nights ago. I was immediately struck by their deep understanding of the environmental issues around here, and their talent to communicate them with simple, powerful examples.

Save the Mangrove!The first question I asked them was one of compassion. « Do you feel a sense of achievement in your work? », I asked. « Since I’ve been here, all I saw was people dumping everything everywhere, not caring the least about the environment, not only around the island, but on its roads and waterways as well. I had a very hard time dumping my first glass bottle in a trash bin. This is something we’ve long been teached never to do in Canada. »

They’re not really happy about the situation, indeed. But they keep on fighting, trying to get local fishermen not to fish turtles or use nets, and divers not to fire spear guns or disrupt marine life.

Alone on a wonderful beachEven if the law is on their side, it’s always a hard fight around here. You just can’t send a local fisherman to the police for one dead turtle. Traditions are still strong, and using a repressive approach overnight would just turn the people against Marine Park – which is also in charge of the whole reef infrastructure, including exhaustive mapping and buoy-planting.

In a few words, the Marine Park is all about diplomacy and education. These are slower, but deeply more powerful activities than automatic law enforcement, as long as they’re sustained over a period of years.

Which brings us to politics.

These guys don't give a fuck about politics!...You see, even before the current political crisis nobody knew what amount could be spent by any governement program in Honduras, since the Zelaya administration never published a 2009 budget. So the Ministry of the environment (careful, MS Internet Explorer only!) can’t tell whether or not the Roatan Marine Park deserves more money this year. And now the Ministry is held by an interim government which won’t announce any kind of budget since it doesn’t know how long it’s going to be around (the next presidential elections are still scheduled for November).

Another major source of aid, US-funded USAID, has been suspended due to the still-unresolved crisis. USAID’s yearly budget for all of Honduras was $1.9M. In the past, this funding helped Marine Park achieve significant milestones, such as building a fully-functional beach-side laboratory to test sea water, which is instrumental in monitoring the evolution of marine life conditions and backing decisions with data.

No politics here either.When I spoke about this Zelaya situation with Jenny & Ian at the Italian restaurant the other night, they was no doubt on their minds. « Mel », as the nickname goes, has to go for good. What happened in Honduras was a totally legitimate action taken by Congress and the courts against the executive powers. It was a perfect demonstration of the checks and balances of democracy in action, in full respect of the 100-year-old Honduran Constitution (« older than the active French constitution », Ian proudly reminded me).

What’s more (still according to Jenny & Ian), the use of the military force to oust Zelaya from his home in his now-famous pyjamas was a legitimate call from Congress whose official enforcement power is the army, while the police only answers to the executive branch (as opposed to most Western democracies where the chief of state is also the commander-in-chief).

I found my dream restaurantAs legitimate as their move was, Micheletti’s interim government had no sense of  politics when they ousted an active president at gunpoint while deploying military in the streets and imposing their still-standing curfew at 10 or 11PM.

From a Western media point of view, Military + Central America = blood in the streets. In Canada or the US, we only have 10 seconds to devote to an Honduran news, and showing military in the streets imposing curfew to citizens after ousting a president at gunpoint quickly brings back memories of Salvador, Nicaragua or even Chile.

It’s already too late, the catastrophic PR is done: as I prepared to board my plane to Honduras last week, all my friends were telling me I was crazy. They didn’t know much detail, but what they knew was enough. Political crisis in Central America = Stay the fuck away and go to Cancun to spend your vacation instead.

Jimmy feeding his daughter at the end of the charted worldUntil now, they’ve been wrong. Life on this island is good life as usual, except for the extreme lack of tourism that’s killing local entrepreneurs. All of them are mad, but none of them do support Zelaya’s return. As Jenny and Ian told me, the ousting was legitimate, but it was conducted in the most clumsy, irresponsible way.

That night at the Italian restaurant, there was a Zelaya supporter among us. Fernando was the lucky man going out with the Texas girl whose birthday we were celebrating. Jenny talked with him for at least an hour. At the end, nobody was convinced of the other’s point of view. But the debate was interesting – and would even more have been so if I had the slightest command of Spanish.

Fernando summed up his views for me in a few words. For him, Zelaya represents the end of status quo. According to him, it’s time to renew the political, financial and educational powers that have fallen in the hands of the same old gang for too long. For Fernando, who’s said to belong to a rich Honduran family (which he refused to confirm), Zelaya represents the promise of such a renewal.

« He’s just a young idealist », Jenny whispered to me. « His views are only based on emotions, not logic. »

Best. Sunset. Ever.For sure, emotional reactions have been very underestimated when sending the military oust a pyjama-clad active president in his private house at dawn. The media got their emotional clip – it was already too late.

For all the fear that’s playing out back North about a possible civil war or even a military intervention from Venezuela, let me tell you something: if all Hondurans are to debate in calm and friendliness around an Italian wine like I saw those two debate the other night, you don’t have anything to worry about. They were entrenched on both sides, for sure. But not once did they start screaming at each other. Let’s hope the whole political thing on the mainland will get solved that way.

Whatever the outcome, let’s pray it’ll be quick. A lot of turtles are betting their life on it.


19 juillet 2009
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Honduras 2: Ridder et le générateur


G. en train d'expliquer un truc à RidderQuand j’ai débarqué, G. m’a vite mis au parfum. «Ridder, comment dire… C’est difficile à expliquer. Tu vois, ici au Honduras, il y a toutes sortes de gens qui font des choses pour nous. Ils font des choses pour lesquelles ils ne sont pas payés, et de notre côté, nous ne faisons jamais rien pour eux, à part leur tenir compagnie.»

Ridder, c’est un ami. Mais en même temps on se fout un peu de lui. Il n’est jamais invité, mais il est toujours là, de jour comme de nuit. Si on ne s’occupe pas de lui, il attend tranquillement. Jamais un mot plus haut que l’autre. En fait, la plupart du temps on ne s’occupe pas de lui. Il est comme une ombre qui nous suit affectueusement.

L'endroit d'ou je vous écrisC’est épatant, dès qu’on a besoin d’un truc, on lui demande. Un aller-retour à l’autre bout de la ville pour aller chercher une connerie? Pas de problème, j’y vais, attendez-moi les gars. Un plan after-party après la fermeture des bars? (qui survient à 11h avec le fucking couvre-feu, je vous le rappelle) Pas de problème, j’appelle tous mes amis en pleine nuit pour leur demander, attendez-moi les gars.

Bien sûr, c’est toujours lui qui chauffe et qui attend dans le truck. Attendre, toujours attendre, rien que cela est un don de soi.

Parfois G. l’insulte un peu, lui donne des tapes en arrière de la tête. Pour rire ou pour réaffirmer son statut, genre. G. a lui-même certains troubles psychologiques, il les passe ainsi. Moi il m’a recommandé de ne pas le faire («tu viens d’arriver, je pense qu’il serait un peu perdu si tu t’y mettais aussi»). Mais ça ne me tente absolument pas. Ce pauvre Ridder. Serviable Ridder. Souriant Ridder. Comment pourrais-je?

Les petites salopes vous bouffent un arbre en une nuitEn fait, Ridder c’est exactement comme Turtle dans Entourage, sauf qu’il n’aura jamais la chance d’entrer vraiment dans notre cercle ou d’être dans nos secrets. Surtout qu’il parle juste espagnol (ce qui est choquant pour un étudiant en littérature anglaise).

La clef de sa motivation se trouve ailleurs que dans l’argent, l’estime ou même le respect le plus basique. En effet, devant les autres Honduriens, nous sommes ses «associés». C’est ce qu’il leur dit tout le temps. Ça et son iPhone flambant neuf, ça pète grave. Même si personne n’est dupe.

Life in Coxen Hole, RoatanSi ce n’était de ses amis expatriés, dans la vie Ridder ne foutrait strictement rien semble-t-il. Un de ces pseudo-étudiants qui traîne chez ses parents à 24 ans. Son père a une compagnie d’électriciens. Il s’en sort pas mal. Son fils fout rien, il traîne avec nous.

Ça me fait de la peine de l’admettre, parce qu’il est si gentil souriant et tout, mais c’est vrai que Ridder il est pas très fûté.

L’autre jour G. lui a demandé un truc simple. Au port il y a un container pour lui, qui vient d’arriver de Thaïlande. Dans ce container, l’équipement pour ouvrir son nouveau restaurant à Roatan (mais c’est une autre histoire). Entre autres de la vaisselle, du linge et quelque 500 bouteilles précieuses de Bordeaux qui sont en train de cuire dans ce four à 100 degrés depuis un mois.

Gaz manChaque fois que G. est allé chercher son container, il s’est heurté à l’inefficacité bureaucratique, jusqu’à ce qu’il en ait marre d’échouer. Pour l’instant, aucun restaurant n’est ouvert donc on n’a pas besoin du container. Tout ce qu’on veut, c’est un objet qui se trouve dans le container. Un générateur énorme. Au Honduras, les générateurs ont beaucoup de valeur. L’électricité est souvent coupée, et ces machines sont un premier pas pour séparer la réussite de la pauvreté. Bref, ça se vend comme des petits pains.

Ridder, ce générateur est notre ligne de vie. Nous n’avons plus d’argent, nous devons des loyers et des conneries à gauche à droite, il nous faut vendre au plus vite ce générateur dont nous pourrons tirer au moins 12000$. Ridder, c’est à toi que nous confions cette mission de la plus haute importance. Reste à San Pedro pour t’occuper de ça. Pendant ce temps on va faire de la plongée à Roatan. Tiens-nous au courant!

Ça fait une semaine que Ridder est supposé vendre le générateur. Déjà qu’il a du mal à se lever avant 13 heures, et Dieu sait qu’on ne peut rien faire d’utile dans une journée quand on se lève à 13 heures et particulièrement sous les tropiques, mais en plus, il prend des heures à faire le moindre effort.

Gaz GirlsIl a fini par aller le chercher. Il l’a remorqué chez lui avec le Ford 350 que nous lui prêtons tout ce temps, et dont il se sert abondamment pour épater toute la ville en tant qu’«associé.» Il le mérite bien, il est si serviable! Mais pas pour ce genre de missions complexes, semble-t-il.

Depuis, les jours passent et rien n’évolue. Gentil comme il est, Ridder est bien évidemment le pire vendeur de générateurs usagés que la terre a jamais porté et lorsqu’il rencontre son premier client, que fait-il ? Il laisse partir l’acheteur en week-end avec notre générateur en remorque, sans payer rien, pour le «tester» présumément jusqu’à lundi matin, lorsqu’il prendra la décision de l’acheter ou non.

El SculptorD’ici lundi, c’est pas mal certain que le générateur aura soit disparu, soit subi une discrète vasectomie pour en tirer des pièces. Mais Ridder il était tout étonné quand G. lui a dit ça. Il trouvait qu’on se faisait du souci pour rien. G. avait beau s’énerver au téléphone, ça faisait rigoler Ridder. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, quand Ridder est mal à l’aise, il rigole. Les yeux tirés, la tête en arrière, pendant de longues et lourdes secondes.

Ben là notre «associé» il a rigolé pendant une bonne minute pendant que G. l’engueulait comme du poisson pourri. Ça augure mal, tout ce rigolage. Le générateur on peut tirer une croix dessus! Tu parles d’un associé…


15 juillet 2009
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Honduras 1: Vive la police


Bienvenido a San Pedro SulaLa première fois que j’ai vu le gun de J. dépasser de sa poche arrière, ou plutôt pendouiller vaguement comme j’y pendouillerais mon cellulaire, j’ai compris le sens unique du mot «sécurité» dans un pays en développement comme le Honduras.

Vendredi soir après trois vols épuisants, j’ai changé d’air dès les dix premières minutes de route depuis l’aéroport de San Pedro Sula, ville industrielle où l’industrie sert surtout à blanchir l’argent de la cocaïne.

«Ça, c’est la maison de quelqu’un», m’a indiqué mon hôte G., pointant trois piquets surmontés d’une planche sur le bord de la route, qui surplombe une étendue bidonvillesque infinie.

Ah d’accord, je ne suis plus chez moi, c’est clair.

Habitations à loyer modique...Quand j’ai vu le gun de J. pendouiller alors qu’il sortait du Ford 350 pour aller chercher je ne sais plus quoi, j’ai compris qu’il serait difficile pendant ce voyage de sortir ma caméra à 3500$ pour aller photographier le «vrai peuple» dans les rues pauvres du tiers-monde, comme je l’avais fait en toute sécurité à Cuba.

Dans le gun de J., les deux premières balles du chargeur sont perforantes, régulières. C’est pour défoncer les portes. Les suivantes sont de grade militaire, pour arracher les intestins. J. vient de New York, il y a très longtemps, il était dans les rues de Staten Island avec un autre gun, il a vu bien des choses comme moi je n’en ai vu que dans un film de Scorsese.

J. est un enfant de la balle. Calme et paisible, un brin touchant par son dark side qui déborde du regard, me fait penser à Christopher dans les Sopranos. Mais ici, son italien ne sert pas beaucoup. Il négocie toute la journée avec les gens du coin pour tenir en vie son club, qui fait danser un peu la classe moyenne de San Pedro. Les Honduriens aiment fêter et danser, ça on ne peut pas le nier – et ils ont une curieuse façon de le faire, mais je vous parlerai de ça plus tard.

Police privée, everywhereUne fois, J. s’est servi de son gun pour tenir tête à la police, qui venait l’embêter dans son club vers minuit pour le simple plaisir d’aller chercher un bakshish. Il est sorti avec ses videurs et s’est tenu devant les policiers, gun en main, face-off tout à fait vraisembable dans un pays ou les policiers ne sont pas plus intègres que leurs pushers. Les policiers ont fini par partir, penauds.

Voilà le genre d’histoire qui explique les guns ainsi que la protection hallucinante des maisons (du moins celles qui contiennent un minimum de biens), forteresses couronnées de fil barbelé électrifié, grilles de métal dans toutes portes et fenêtres. Quand la police n’est pas plus fiable que les intentions du voisin, certains choisissent de faire police eux-mêmes.

Tipico!Ils ont construit un mall, à San Pedro. Le mall le plus luxueux au pays. Trois étages de magasins dont vous connaissez les noms, tenus par des employés nombreux pour rien, qui n’y restent jamais plus de deux mois pour éviter de leur donner des droits, et fréquentés par une poignée de paumés occidentaux qui ont assez d’argent pour acheter ce qui s’y vend. Les autres, les locaux, errent dans les allées et le food court, pour profiter de la climatisation sans jamais rien acheter. Si ça ce n’est pas du blanchiment, moi je suis un virtuose de la salsa et du meringue.

Derrière la peinture cliquante, tout s’écroule déjà et on doit réparer le toit à grands renforts d’échaffaudages. La conformité aux normes de construction, c’est comme les «accidents» fatals : ça s’achète.

Sortie en familleQuand parfois des Honduriens s’élèvent dans ce qui ressemble à la classe moyenne, alors ils se payent des merveilles. Au premier chef de belles autos, de beaux cellulaires, et de beaux vêtements (dans cet ordre). Surtout les signes extérieurs de réussite, même s’ils ne font aucun sens. Pourquoi boire du café mûri dans son climat idéal sur la montagne à deux kilomètres d’ici quand on peut se payer l’excellent Nescafé qui fait des publicités partout en ville?

Je regarde tout ça, d’un coin de l’oeil car je ne connais encore presque rien du pays, et je me dis quand même : à quoi servent nos beaux idéaux canadiens de coopération internationale? Le commerce équitable? La construction d’écoles de campagne? Si ça vous fait plaisir.

Moi je crois que ce qu’il leur faut avant tout, c’est une école de police et des salaires de policiers qui se respectent. La corruption ronge les idéaux comme la rouille, partout dans les rues, il n’y a qu’à regarder les fusils à pompe des mecs qui gardent les gated communities pour comprendre qu’une police intègre en contrôle de la situation, ça changerait tout. Ça serait la base. Et je n’en reviens pas de dire cela, j’ai toujours détesté les policiers comme on déteste l’odeur des poubelles par un jour de ramassage estival – un mal nécessaire. C’est pourtant vrai. Vive la police!

Une seule chose positive sur cette police de carnaval: ils ne nous emmerdent pas avec le putain de couvre-feu, qui était en vigueur jusqu’à dimanche en raison de la crise politique qui secoue la capitale, loin au Sud. Si on se fait arrêter dans les rues soudainement vides après 11h, pas grave: un petit 20 dollars et on continue sa route.

Arrivée au paradisJ. est resté à San Pedro. Nous sommes allés avec G. sur l’île de Roatan, qui nous accueillait les bras pleins de fleurs et d’oiseaux tropicaux. Un paradis terrestre, vraiment. Avec des bidonvilles dessus, et des chances accrues de se faire mugger mais beaucoup moins que sur le continent. Ça commence à se développer touristiquement, mais c’est encore l’endroit le plus authentique et vierge que j’ai vu dans les Caraïbes. Je vous en reparle dans un prochain billet.

Ah, puis j’ai commencé la plongée grâce au statut d’instructeur PADI de mon ami G., mais pour le moment je n’ai pas réussi à égaliser en dessous de cinq mètres et je me sens moitié moins homme suite à cet échec.

Je réessaye tantôt, parce que je me suis levé tôt ce matin. Le Honduras ça sert pas juste à se péter la tronche sur le bord de la plage jusqu’aux petites heures, en essayant de danser la salsa et de parler espagnol comme une vache irlandaise…


18 mars 2009
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SXSW Day 5 – Nothing to Do with SXSW


The Ubiquitous Austin Crackle Here’s my new motto: South by Southwest has nothing to do with South by Southwest. D’année en année, je m’éloigne de plus en plus des conférences pour passer mes journées à profiter d’Austin. Hier j’ai atteint le niveau ultime: je n’ai même pas posé le pied dans le centre des congrès.

Sous un soleil de plomb, j’ai été prendre un déjeuner au bord d’un charmant lac de retenue dans l’Ouest de la ville, avant de me diriger vers South Congress pour m’acheter un beau chapeau Stetson.

The New Me !!!J’aurai quand même hésité deux ans avant de passer à l’acte… Je ne peux m’empêcher de penser que si je le porte à Montréal, j’aurai l’ai de me donner un genre. Pourtant ici, dans ce magasin rempli de centaines de bottes, mon choix de chapeau avait l’air très sobre. Tout est question de contexte. Pour l’instant je l’adore. I think this hat embodies my passage from a Yankee farmboy to a real Texas man. Ça va faire un malheur au fin fond de la Corrèze la prochaine fois que j’irai y jouer au gentleman farmer en famille.

Puuurrrr!!! Roooaaarrr!!!Au gré du hasard, je me suis retrouvé au volant d’une Corvette 1978 rouge pétant, intérieur rouge aussi. Sa carosserie à n’en plus finir est d’une extravagance radicale. Un vrai speedboat routier avec son moteur 8 cylindres de 6 litres. Ça a du couple ça mes amis. On pèse un demi-pouce sur le gaz et ça rugit comme dix lions. Quand on ne pèse sur rien, ça ronronne comme cent chats. Bien sûr, pas une once de plastoc là-dedans. C’est du vrai char. Mais le test-drive a fini très vite, et j’ai dû la rendre à son propriétaire.

Media Temple PartyLe soir venu, nous sommes retournés en ville pour une dernière soirée avec Fred, mais ça sentait la fin pour nous, les geeks. Déjà les musiciens ont pris d’assaut les rues, avec leur belle jeunesse cooler-than-thou et leurs filles beaucoup plus belles que les nôtres. On a quand même été au party de clôture de SXSW Interactive, organisé par l’hébergeur Media Temple (un party organisé par un hébergeur, ça fait du sens n’est-ce pas?). Il y avait un taureau mécanique. Et c’est à peu près tout. On est rentrés tôt avec une caisse de Fat Tire. Mais on se plaint pas, on a largement eu notre quota de party durant les 5 soirées précédentes…

As I was saying, South by Southwest has nothing to do with South by Southwest. It’s all about Austin. Except I wouldn’t have such an Austinite experience without South by Southwest.

Pendant ce temps au centre des congrès...J’ai sûrement manqué beaucoup de grandes révélations technologiques, mais je l’aurais su par la bande si c’était le cas. Or mes radars m’indiquent qu’aucune tendance majeure ne se dégage de SXSW 2009. Il y a deux ans, il n’y en avait que pour Facebook. L’an passé, pour Twitter qui commençait à grossir. Mais cette année, on a bâti sur les fondations existantes.

Aucune grande nouveauté 2009 n’a bénéficié de l’effet catalyseur de la convergence de l’élite geek à Austin. On a surtout parlé de comment mieux utiliser tout ce qui existe déjà, et on a répété des concepts déjà acquis. Par exemple Chris Anderson, rédac-chef de Wired dont j’ai manqué le keynote d’hier, s’est contenté d’explorer davantage son concept du Long Tail (2004) et la victoire annoncée du « freemium » sur le « premium » (qui fait l’objet de son nouveau bouquin).

Et maintenant je repars bronzé dans 4 autres semaines de grisaille slocheuse. Et bien sûr, je retourne à mon rythme de blogging lâche… :)


17 mars 2009
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SXSW Day 4 – Tech Graffiti & Yellow Tex-Marde


Vue imprenable !Pour plus d’authenticité, Fred et moi sommes allés déjeuner au restaurant latino des latinos, plutôt que dans le restaurant latino des étudiants. Ben c’était encore plus merdique, à croire qu’ils cherchent à s’entretuer. Je ne peux même pas croire qu’on puisse considérer ça comme de la nourriture.

Mon plat, c’était des Empenadas, mais entre nous ça pourrait être n’importe quoi puisque ça consistait en une piscine de coulis pétrifié brun d’un bord, jaune de l’autre. Rien, strictement rien dans cette assiette ne contenait un nutrient utile. Une baignoire de Singles de Kraft mélangée à de la refriture d’ex-bines, pour moi un bol de marde de cheval cancéreux aurait aussi bien fait.

Some dog shit with that?Je suis pas du genre à critiquer les restos, les gens difficiles avec la bouffe ça m’ennuie. Mais là, vraiment, c’est un génocide en temps réel sous mes yeux. Certains mangent ça tous les jours ! Le pire c’est que les 30 items du menu sont tous les mêmes, la même baignore plate d’une luisance sèche, faits à partir des 4 mêmes ingrédients merdiques. Mélangez la marde comme vous voulez, vous obtenez quoi ? De la marde ! Ouais ! D’abord la bouffe dure c’est comme la terre : ça se doit d’être en relief. « Il n’y a de paysage qu’encaissé » (Roland Barthes).

James Powderly, très charismatiqueAprès ça pouf ! Keynote : l’artiste multimédia James Powderly, en conversation avec Virginia Heffernan (columnist au New York Times). Super sympa et amusant, Powderly est un virtuose du « techno street art ». Il est derrière les LED Throwies (événements où le public est invité à jeter des LEDs magnétisés sur des surfaces publiques en métal) et surtout le Graffiti Research Lab.

Ce collectif s’amuse à tracer des graffitis sur des bâtiments avec un faisceau laser, à très longue distance (le record est de 1200 mètres à travers le port de Hong Kong). Un logiciel s’occupe de traduire l’écriture en faisceau, et la persistance rétinienne fait le reste. Mais c’est pas si facile, selon Powderly: « it’s like writing with a 100-meter pencil ». En passant, Powderly conçoit ses performances collaboratives avec l’aide de Ward Cunningham, qui n’est autre que l’inventeur des Wikis.

Marketing 101Comme à mon habitude, je n’ai assisté à aucune autre conférence de la journée… J’ai plutôt pris le taxi pour aller me payer un battery grip pour ma caméra. 100$ usagé, quand même. Mais j’ai une préhension incomparable à présent, et une durée de vie double sur mes batteries. Oh, et ma caméra est encore plus imposante, ce qui me rend très viril.

Vers 5 heures j’ai rejoint Louis-Jacques et Martin sur le toit de l’hôtel Omni, splendide vue sur la ville au bord d’une piscine où je ne pouvais tremper faute de maillot. Bières et bouffe gratuite, ces deux-là m’ont sauvé la vie car j’avais rien bouffé depuis ma tex-marde matinale. Mmmh les brochettes de poulet! Et des légumes! Incluant des asperges!!!

Danse improvisée...Encore malade, je suis allé passer le reste de la journée ensoleillée à faire la sieste pour mieux sortir le soir aux gros partys de la semaine (le lundi est la grosse soirée de SXSWi). British Booze-Up, South by NorthWest, Mashable Party… Mais les line-ups étaient pires encore que les années précédentes, et après 90 minutes d’attente sans jamais absorber une goutte d’alcool, debouts comme des cons, on a décidé de filer à l’anglaise pour rejoindre les premiers arrivants de la partie Musique du festival, qui commence mercredi. Une toute autre gang.

Fred et moi sommes donc retournés au temple de la bière, le Ginger Man, avec Johnny de BandeApart.fm qui s’apprête à baladodiffuser assidument pour les prochains jours. J’ai aussi apprécié ma rencontre avec Annie Q de Vice Québec qui a l’air bien divertissante, et qui m’a juré que je pourrais voir des chauve-souris s’envoler par centaines de milliers si j’arrivais pile au lever ou coucher du soleil près du pont de Congress Street. On m’en a déjà parlé de ces chauves-souris, mais je n’ai jamais eu le bon timing. En tout cas, leur nombre explique pourquoi on ne voit pas l’ombre d’un insecte à Austin.


16 mars 2009
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SXSW Day 3 – Statistics & Iceberg Cheese


Le méchant Mr. Spam !Ô soleil du Texas, te voilà enfin ! Juste au moment où tu pointes ton crisse de nez après trois jours de crachin breton, je me sens indisposé et manque de tomber inconscient. Ah ironie, moi qui ne suis jamais malade de tout l’hiver à Montréal, je me tape un gros rhume en plein quand il faut pas. Mais je lutte, ou plutôt j’ignore l’adversité. J’essaie quand même de trouver de la vitamine C et quelque chose qui ressemble à des légumes, histoire de soutenir mes défenses. Passons.

Nuits texanes...Hier j’ai encore essayé de donner une chance aux conférences, mais tout comme l’an dernier, mon intérêt s’effrite à mesure que les jours avancent. Combien encore me faudra-t-il encore de panels barbants avant que je comprenne que 95% d’entre eux ne savent pas faire un panel ?

Ces supposés « How-To » ne donnent généralement qu’un paquet de récits personnels où le succès n’est issu que d’un concours de circonstances non reproductible. Voici comment ça a marché pour moi, voici comment j’ai réussi par la peau du cul, faites-en ce que vous voulez. Voilà qui n’est pas très « actionnable » pour parler bien français.

Mais ce qui compte, au fond, c’est moins l’intérêt individuel de chaque panel que leur atmosphère collective d’insightful geekiness. Même si chacun ne m’apporte rien de palpable, leur cumul me plonge peu à peu dans un bain salutaire de Webitude dernier cri. Et au fond, ce sont les rencontres que l’on fait hors des salles de conférence qui nous apprennent le plus de choses.

Nate Silver de FiveThirtyEightKeynote pas pire : Nate Silver, un roi des chiffres qui a réussi à prédire la victoire d’Obama de façon scientifique, dès le tout début des primaires. Son site FiveThirtyEight.com suit une méthodologie ultra-sophistiquée d’aggrégation de sondages pondérés selon leurs historiques de succès, et toutes sortes de données démographiques régionales. À lui seul, il s’est montré plus solide que tous les analystes politiques des réseaux de nouvelles américains. Une autre victoire des nouveaux médias sur les anciens – voilà une histoire comme on les aime à SXSW.

Vous appelez ça de la salade ?Grosse orgie de papilles le soir venu, avec mon ami Louis-Jacques et Martin de chez Sympatico. On est allé se taper des steaks de 20 onces au Sullivan’s, une institution austinite de la viande. C’était un délice indescriptible. On a quand même été surpris par l’entrée « Iceberg Lettuce w/ Blue Cheese », qui ne brillait pas par sa subtilité (voir image ci-contre). Finalement après ces tas de viandes on ne se plaignait plus de l’absence d’accompagnements; on aurait pas pu les avaler.

Back to the Future!Nous sommes en suite allés sur le délicieux patio du San Jose Motel, de l’autre côté de la rivière, avant de revenir en ville pour un show de musique impromptu.

Mon rhume a finalement eu raison de moi, aidé par deux gros cigares dominicains achetés chez Sullivan’s. Ils étaient bons, mais ils avaient tendance à créer un cercle constant de 5 mètres autour de moi, partout où j’allais. Malade et puant, je me suis avoué vaincu, direct au lit.


15 mars 2009
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SXSW Day 2 – Cold Rain & Mustachioed Man


Le meilleur BBQ en villeI came for the sun, and I stayed for the fun. Pour l’instant je n’ai pas eu l’ombre d’une caresse solaire sur ma triste peau d’hibernant du grand Nord. Ils disent que ça va monter à 14 aujourd’hui, mais je ne vois rien encore. Comme je n’ai emmené que du linge de printemps, je commence à ressentir des symptomes de rhume. L’alcool n’aide pas. Enfin, c’est supposé revenir au gros soleil à partir de demain. (Sigh…)

Pour l’action, en revanche, ça continue à brasser fort. Hier soir j’ai opté pour la vie locale plutôt que les partys SXSW. C’est si facile de rencontrer les Austinites, ce serait dommage de perdre mon temps dans un 5 à 7 bondé de geeks où j’ai une chance sur deux de tomber sur un gars qui me lance un long pitch de vente parce qu’il a vu ma passe de presse, ou de me retrouver dans une discussion trop technique.

Des gens très attentifs.Savez-vous que certains congressistes passent leur soirée à faire des « coding fests »? Genre à 10 dans un resto à coder sur leurs laptops? Wow, c’est le fun ça. On se demande bien pourquoi ils ne sont pas restés dans leurs villes respectives si c’est pour s’isoler dans le noir entre gros nerds. Here you have it: they’re nerds.

Hier soir donc, je suis d’abord allé manger un excellent ceviche avec mes vieux potes de Digital Planet (BBC) et leur productrice m’a fait l’agréable surprise de me payer la note. Méritais-je ce beau retour d’impôt du gouvernement britannique? Après tout, j’ai prêté serment à Sa Majesté…

L'inventeur de l'Ocarina pour iPhoneJ’ai rejoint Brian qui buvait une Fin du Monde au Ginger Man, et nous sommes allés sur une terrasse plus à l’Ouest où je fus immédiatement pris en charge par une Birthday Girl surexcitée qui m’a demandé, sous les yeux de sa famille, de lui peloter le derrière à des fins photographiques. Je me suis exécuté, humble serviteur de l’image. Puis son oncle m’a demandé de prendre discrètement des photos d’une copine de sa nièce qu’il trouve très belle, et de lui envoyer par courriel. Vous me connaissez, je ne porte pas de jugement. L’honneur professionnel avant tout, le client est roi, j’ai sorti mon télé-objectif et je lui ai envoyé ses photos. Bizarre tout de même… Mais il était touchant cet oncle, un vrai Texan urbain, moustache et tout, bien droit et découpé, un genre de Tom Selek si Tom Selek avait été avocat. Il m’a parlé de country, de ses peines d’amour, des filles à son bureau qui montrent toutes leurs orteils depuis qu’il a glissé par hasard l’autre jour qu’il aimait les orteils. Un « vieux beau » bien sympathique. Je prends note pour le futur.

Mind Mapping Tony Hsieh.Je passe sur le reste… Pour revenir à la raison de mon voyage (supposément), j’ai été voir deux conférences hier, en commençant par le keynote de Tony Hsieh (président de la boutique de linge Zappos). Un peu coincé le mec, mais il a de bons conseils pour ceux qui voudraient connaître la même croissance fulgurante que Zappos qui ne faisait pourtant que vendre des T-shirts comme des milliers d’autres sites.

Son truc, c’est de donner à chaque client un service exceptionnel, en plaçant le service à la clientèle au centre de son branding. Son centre d’appels, notamment, devient un instrument de branding: on ne cherche pas à se débarrasser des clients le plus vite possible, au contraire on décroche tout de suite et on parle le temps qu’il faut (le record établi est de 4 heures avec un seul client, disait-il). Les employés sont formés longuement pour adhérer à cette culture du service à la clientèle, même ceux qui ne travaillent pas en contact avec les clients. Côté entrepôts, on stocke constamment en misant sur le zéro back-order, et on expédie 24/7.  Finalement c’est la règle des trois C: clothing, customer service, culture. Ce dernier C est représenté par la transparence de Zappos sur la vie interne de l’entreprise: on montre tout en ligne, les photos de partys de Noël comme les vidéos de leur dernier match de soccer. Ça va chercher les avantages du « Random Voyeurism » dont parlais Willis la veille (voir mon blogue précédent).

Charlene LiEnsuite un panel : From Freelance to Agency, Start Small, Stay Small. Je pensais que ça m’intéresserait. C’était encore un de ces panels qui promettent de grandes théories, mais qui finissent en un ramassis d’expériences personnelles non transférables. C’est une maladie parmi les speakers ici. « Voici le plan qui a marché pour moi ». Très heureux de le savoir.

Ensuite un beau keynote: The Future of Social Networks avec Charlene Li, qui songe beaucoup à ces choses-là. « In the future, social networks will be like air ». Everywhere around us. Reste à ce qu’ils s’entendent entre eux pour faciliter les liaisons et notamment, le développement de profils transversaux type OpenID. J’attends.

Fatigué !!!Finis les yo-yo lumineux Google et les boîtes de menthes Facebook. Au trade show cette année, je n’ai eu droit qu’à des « recession freebies » : un gros tas de macarons et d’autocollants, et un coup de pied au cul. Franchement, un petit joujou moindrement fonctionnel ça vous arracherait le sang ? Mais je fus vite consolé par un beau disque dur externe Seagate de 500 Go, USB-powered, Firewire 400-800, que j’ai remporté dans un concours à la salle de presse. Héhé.

Je note en passant que Yahoo n’organise pas de party cette année. Dommage, c’était le best de SXSW d’habitude. Facebook non plus d’ailleurs. J’espère que Google fera quand même le sien ce soir. Mais surtout, j’espère que ce putain de soleil va finir par rétablir la chaleur. Tantôt un des gars de la BBC a twitté que ses co-twitteurs londoniens se réjouissaient de leur soleil printannier, pendant qu’il se les pèle au Texas…


14 mars 2009
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SXSW Day 1 – Bad Design & Good Beer


AustinnessJ’ai une demie-heure pour vous dire que je n’ai le temps de rien faire tant j’en fais. Ça va dans tous les sens ! Je me suis couché tard hier et j’ai déjà manqué les panels de ce matin – mais je m’en fiche car je suis venu autant pour Austin que pour SXSW, et j’en ai bouffé du Austin hier soir, jusqu’à 3 heures du matin. Que les gens sont sympathiques dans cette contrée ! Je ne sais pas si c’est le magnétisme naturel du touriste excité, mais je multiplie les rencontres plaisantes d’un couloir à l’autre, d’un bar à l’autre.

Mais soyons sérieux. Première conférence hier dans une salle bourrée de 1000 personnes (et autant de laptops de l’année) : Everything You Know About Web Design Is Wrong, avec Dan Willis.

Une bonne idée des transports en commun d'AustinSoutenu par son expérience de prof de cinéma, Willis nous a expliqué que le Web se cherche encore, à la manière du cinéma au début du siècle dernier. De la même façon que les premières 30 années de cinéma ne produisaient que du « thatre in disguise », la majorité des sites Web que l’on trouve sur Internet sont encore du « print in disguise ».

La façon d’organiser la lecture, de prioriser la beauté sur la fonctionnalité, tout cela suit la logique des documents imprimés. Tu peux être aussi beau que tu veux, mais si tu n’es pas fonctionnel, ça ne sert à rien. Il a pris comme exemple le site de l’hôtel The Benjamin : ça a l’air d’être du Web moderne mais c’est un catalogue imprimé qui se déguise en site Web, et la fonctionnalité se retrouve reléguée dans une case en bas de l’écran. En outre, le site manque de nombreuses opportunités d’appliquer les règles de la « grammaire du Web » selon Willis:

- Random Voyeurism (people like to watch other people at their most honest and raw, and that content tells more about the product than any presentation).
- User-Generated Content (but DON’T TRY FIGHTING THE USERS because it will backfire).
- Ambient Awareness that relies on the whole experience over time rather than the quality of its components. For example Twitter, it’s like Mozart: both trivial and profound. Significance is generated through the continuity of its insignificance. Something like that.
- Experiential Content (tout le monde en parle de celui-là décidément): content becomes a co-production with the user. The experience itself is the content. Sharing space with the user. And other sages paroles.

La tête du serpent est incluse sur cette botte à 4000$C’était le fun, mais très vite j’en ai eu marre de la foule gigantesque, et je me suis enfui au Allen’s Boot Store de l’autre côté de la rivière Colorado – et j’en ai profité pour me payer un repas santé à 13$ (coquilles Saint-Jacques sur salade). Puis retour en ville pour le party, qui commençait au Six (club qui appartient à Lance Armstrong, et que l’on voit passer dans le film Death Proof de Tarantino!). Après bien des aléas, je ne compte plus les différents endroits, je me suis retrouvé à errer autour de la sixième rue avec toutes sortes de personnes dont je ne me rappelle plus les noms. Et le temps s’est étiré très facilement jusqu’à 3 heures…