Coke, héroïne, logiciels piratés
Bonne année à ma horde innombrable de lecteurs (hum) !
Moi j’ai passé mes Fêtes à Chicoutimi, bien loin de ma vie urbaine. J’y ai dégusté des plats locaux qui s’articulaient autour des trois condiments essentiels à une bonne santé selon la culture locale – soient la graisse animale, les féculents et le sucre. J’ai aussi découvert, lors d’une sortie au bar Le Phénix à Jonquière (je me demande encore si l’omission du « oe » est volontaire), qu’il existait un substitut chimique au jus de lime – depuis quand c’est compliqué de couper une crisse de lime ? Il faut dire que j’y allais fort côté exotisme avec mon gin-tonic, déjà que les bouteilles de bière n’y sont disponibles qu’en « grosses ».
Je me suis donc résolu à l’activité qui s’impose lorsqu’on a épuisé le nightilife saguenéen : regarder des DVD dans un sous-sol.
J’ai eu la chance de voir les excellents Black Dahlia, All The King’s Men, et le plus banal Miami Vice. Dans ce dernier, alors qu’un des protagonistes policiers décrit l’ampleur des activités criminelles du clan des méchants, on apprend que les logiciels piratés sont un produit aussi destructeur que la cocaïne et l’héroïne :
This is a big operation. These guys sell colombian coke, heroine from Ukraine, (…) and pirated software from China and Brazil !
My God, c’est du gros crime ça ! Des gars qui se promènent avec des logiciels piratés sur support physique doivent sûrement appartenir à une opération criminelle hautement sophistiquée ! Peut-être qu’ils font même appel à des vétérinaires corrompus qui font passer en douce des disquettes 3.5″ de MS Office 4.2 dans la panse de chiens domestiques ? Peut-être qu’ils payent des étudiants-voyageurs naïfs pour qu’ils camouflent le « cédérom » d’Encarta 98 dans leurs sous-vêtements – et peut-être que Jean Leloup pourrait faire une toune sur eux ?
Blague à part… Outre le fait que ces criminels ne semblent pas avoir entendu parler de l’Internet, ce qui m’a le plus choqué était bien sûr l’association des logiciels piratés à la coke et à l’héroïne.
Je m’excuse, mais les logiciels piratés font beaucoup moins de mal à beaucoup moins de gens que ces deux drogues dures. Et ils n’impliquent ni dépendance, ni meurtres et crimes divers, ni paysans exploités, ni même jambes cassées. J’ai même pour mon dire qu’ils ne font de mal à absolument personne ; après tout, l’homme le plus piraté du monde est aussi le plus riche du monde.
Cette petite phrase du scénario prend néanmoins tout son sens lorsqu’on sait que le film est produit par Universal, membre actif de la RIAA et la MPAA. Ces deux lobbys de défense du droit d’auteur sont devenus tellement rétrogrades face à la réalité des internautes, que leurs membres en sont peut-être réduits à insérer subtilement dans les films d’Hollywood des répliques à saveur militante. Si je n’étais pas en train de déconner complètement (je n’ai aucune preuve de ce que j’avance), je dirais que c’est une manoeuvre désespérée. Mais je dis sûrement n’importe quoi.
Il n’empêche. Dans un autre film, franco-belge celui-là, l’excellent Couperet, le fils du héros est pris par la police à voler des « logiciels », et passe en cour pour ce crime de lèse-BSA. Il en a plein son placard, dans sa chambre. Oui, sur support physique. Un petit gars de 16 ans. Je veux bien croire que les Français sont attardés sur le plan technologique, mais l’Internet existe quand même là-bas aussi.
Tiens, le Couperet est produit par le Studio Canal, propriété de Vivendi Universal. Oh mon Dieu, je sens une conspiration !
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