15 juillet 2009
Posté dans Voyages
Commenter »

Honduras 1: Vive la police


Bienvenido a San Pedro SulaLa première fois que j’ai vu le gun de J. dépasser de sa poche arrière, ou plutôt pendouiller vaguement comme j’y pendouillerais mon cellulaire, j’ai compris le sens unique du mot «sécurité» dans un pays en développement comme le Honduras.

Vendredi soir après trois vols épuisants, j’ai changé d’air dès les dix premières minutes de route depuis l’aéroport de San Pedro Sula, ville industrielle où l’industrie sert surtout à blanchir l’argent de la cocaïne.

«Ça, c’est la maison de quelqu’un», m’a indiqué mon hôte G., pointant trois piquets surmontés d’une planche sur le bord de la route, qui surplombe une étendue bidonvillesque infinie.

Ah d’accord, je ne suis plus chez moi, c’est clair.

Habitations à loyer modique...Quand j’ai vu le gun de J. pendouiller alors qu’il sortait du Ford 350 pour aller chercher je ne sais plus quoi, j’ai compris qu’il serait difficile pendant ce voyage de sortir ma caméra à 3500$ pour aller photographier le «vrai peuple» dans les rues pauvres du tiers-monde, comme je l’avais fait en toute sécurité à Cuba.

Dans le gun de J., les deux premières balles du chargeur sont perforantes, régulières. C’est pour défoncer les portes. Les suivantes sont de grade militaire, pour arracher les intestins. J. vient de New York, il y a très longtemps, il était dans les rues de Staten Island avec un autre gun, il a vu bien des choses comme moi je n’en ai vu que dans un film de Scorsese.

J. est un enfant de la balle. Calme et paisible, un brin touchant par son dark side qui déborde du regard, me fait penser à Christopher dans les Sopranos. Mais ici, son italien ne sert pas beaucoup. Il négocie toute la journée avec les gens du coin pour tenir en vie son club, qui fait danser un peu la classe moyenne de San Pedro. Les Honduriens aiment fêter et danser, ça on ne peut pas le nier – et ils ont une curieuse façon de le faire, mais je vous parlerai de ça plus tard.

Police privée, everywhereUne fois, J. s’est servi de son gun pour tenir tête à la police, qui venait l’embêter dans son club vers minuit pour le simple plaisir d’aller chercher un bakshish. Il est sorti avec ses videurs et s’est tenu devant les policiers, gun en main, face-off tout à fait vraisembable dans un pays ou les policiers ne sont pas plus intègres que leurs pushers. Les policiers ont fini par partir, penauds.

Voilà le genre d’histoire qui explique les guns ainsi que la protection hallucinante des maisons (du moins celles qui contiennent un minimum de biens), forteresses couronnées de fil barbelé électrifié, grilles de métal dans toutes portes et fenêtres. Quand la police n’est pas plus fiable que les intentions du voisin, certains choisissent de faire police eux-mêmes.

Tipico!Ils ont construit un mall, à San Pedro. Le mall le plus luxueux au pays. Trois étages de magasins dont vous connaissez les noms, tenus par des employés nombreux pour rien, qui n’y restent jamais plus de deux mois pour éviter de leur donner des droits, et fréquentés par une poignée de paumés occidentaux qui ont assez d’argent pour acheter ce qui s’y vend. Les autres, les locaux, errent dans les allées et le food court, pour profiter de la climatisation sans jamais rien acheter. Si ça ce n’est pas du blanchiment, moi je suis un virtuose de la salsa et du meringue.

Derrière la peinture cliquante, tout s’écroule déjà et on doit réparer le toit à grands renforts d’échaffaudages. La conformité aux normes de construction, c’est comme les «accidents» fatals : ça s’achète.

Sortie en familleQuand parfois des Honduriens s’élèvent dans ce qui ressemble à la classe moyenne, alors ils se payent des merveilles. Au premier chef de belles autos, de beaux cellulaires, et de beaux vêtements (dans cet ordre). Surtout les signes extérieurs de réussite, même s’ils ne font aucun sens. Pourquoi boire du café mûri dans son climat idéal sur la montagne à deux kilomètres d’ici quand on peut se payer l’excellent Nescafé qui fait des publicités partout en ville?

Je regarde tout ça, d’un coin de l’oeil car je ne connais encore presque rien du pays, et je me dis quand même : à quoi servent nos beaux idéaux canadiens de coopération internationale? Le commerce équitable? La construction d’écoles de campagne? Si ça vous fait plaisir.

Moi je crois que ce qu’il leur faut avant tout, c’est une école de police et des salaires de policiers qui se respectent. La corruption ronge les idéaux comme la rouille, partout dans les rues, il n’y a qu’à regarder les fusils à pompe des mecs qui gardent les gated communities pour comprendre qu’une police intègre en contrôle de la situation, ça changerait tout. Ça serait la base. Et je n’en reviens pas de dire cela, j’ai toujours détesté les policiers comme on déteste l’odeur des poubelles par un jour de ramassage estival – un mal nécessaire. C’est pourtant vrai. Vive la police!

Une seule chose positive sur cette police de carnaval: ils ne nous emmerdent pas avec le putain de couvre-feu, qui était en vigueur jusqu’à dimanche en raison de la crise politique qui secoue la capitale, loin au Sud. Si on se fait arrêter dans les rues soudainement vides après 11h, pas grave: un petit 20 dollars et on continue sa route.

Arrivée au paradisJ. est resté à San Pedro. Nous sommes allés avec G. sur l’île de Roatan, qui nous accueillait les bras pleins de fleurs et d’oiseaux tropicaux. Un paradis terrestre, vraiment. Avec des bidonvilles dessus, et des chances accrues de se faire mugger mais beaucoup moins que sur le continent. Ça commence à se développer touristiquement, mais c’est encore l’endroit le plus authentique et vierge que j’ai vu dans les Caraïbes. Je vous en reparle dans un prochain billet.

Ah, puis j’ai commencé la plongée grâce au statut d’instructeur PADI de mon ami G., mais pour le moment je n’ai pas réussi à égaliser en dessous de cinq mètres et je me sens moitié moins homme suite à cet échec.

Je réessaye tantôt, parce que je me suis levé tôt ce matin. Le Honduras ça sert pas juste à se péter la tronche sur le bord de la plage jusqu’aux petites heures, en essayant de danser la salsa et de parler espagnol comme une vache irlandaise…


Ajoutez un commentaire