Le futur coûte 0,00 $
Ce mois-ci dans Nightlife Magazine, lisez ma rubrique Techno portant sur le thème de la gratuité des contenus. Je me suis librement inspiré de Chris Anderson et de Hugh McGuire pour rédiger ce dossier. Plutôt que de les plagier, je les ai mis face-à-face dans une double entrevue.
Ne vous laissez plus intimider par les mots « piratage » ou « téléchargement illégal ». Le mot d’ordre du Web est maintenant la gratuité, n’en déplaise aux partisans de l’ancien régime. Imaginez un monde où tous les journaux, disques, films et livres seraient aussi faciles à obtenir qu’un exemplaire de Nightlife. Ce monde-là n’est pas qu’un rêve : on en voit déjà les premiers signes. Comment les artistes trouveront-ils leur compte dans un monde gratuit ? Rencontre avec deux prophètes de la gratuité.
Chris Anderson
Rédacteur en chef du magazine Wired
Auteur de The Long Tail (2004) et de Free (disponible le 6 juillet)
Propos recueillis lors du congrès South by Southwest Interactive, à Austin (sxsw.com).
« Autefois utilisée comme un truc de marketing, la gratuité est devenue une économie à part entière. C’est déjà démontré dans le cas de la musique : la gratuité a très bien réussi à Radiohead, Nine Inch Nails, et une foule d’artistes qui gagnent chaque jour en popularité sur MySpace.
La gratuité n’empêche pas de gagner de l’argent, au contraire. En fait, le marché du gratuit ne fonctionne pas comme un système à deux parties (acheteurs et vendeurs), mais plutôt à trois parties. La troisième partie, celle qui paye pour tout ça, c’est soit la publicité, soit les consommateurs qui vont payer pour un service ajouté (premium). Par exemple, Flickr permet de diffuser gratuitement vos photos avec une limite mensuelle, mais vous devez payer pour retirer cette limite.
Dans l’économie du gratuit, l’auteur d’un ouvrage peut rentabiliser son travail en donnant davantage de lectures publiques, grâce à la popularité obtenue par la gratuité de son livre. Pareil pour un musicien : s’il se fait connaître grâce à la distribution gratuite de son travail, il pourra ensuite vendre davantage de billets pour ses concerts, obtenir des contrats publicitaires, etc. Évidemment, dans ce système, les éditeurs ou les maisons de disque perdent tout leur intérêt, et c’est pourquoi on les entend protester si violemment. »
Hugh McGuire
Entrepreneur Web montréalais
Fondateur de l’audiothèque collaborative Librivox.org et de la maison d’édition virtuelle BookOven.com.
« Le Web a réduit les coûts de distribution à zéro. Or, tous les modèles d’affaires qu’on a conçus depuis 250 ans dans le domaine culturel sont basés sur le principe d’une limitation de l’espace physique et des canaux de distribution ; c’est le cas des livres imprimés ou des disques compacts.
Pour le moment, on essaie de sauvegarder ces modèles du passé en installant toutes sortes de blocages artificiels, à commencer par le copyright. Mais ces blocages ne fonctionnent pas. C’est trop tard : la technologie permet déjà de distribuer la culture de façon gratuite et infinie, et la demande du public est là.
Bien sûr, on se demande comment les artistes vont être rémunérés dans ce contexte. Mais combien de musiciens riches connaissez-vous ? Le vieux modèle d’affaires ne donnait rien à 99% des musiciens professionnels. Dans un système de distribution gratuite illimitée, ils auront accès à une plus grande audience, et c’est là qu’ils trouveront leur intérêt.
En musique comme en littérature, le défi de l’artiste ne sera plus de vendre davantage d’objets, mais d’obtenir davantage d’attention du public. Le temps d’attention des gens est la ressource qui se raréfie le plus à l’heure actuelle sur le Web, et qui va prendre le plus de valeur dans les années à venir, car c’est là qu’on trouvera l’argent, que ce soit sous forme de publicité ou de services ajoutés. »