20 juillet 2007
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« Ma fille, mon ange » : étonnamment réaliste


Le cinéma nous a habitué aux pires aberrations lorsqu’il s’agit de représenter les technologies informatiques, soit par ignorance, soit par respect des interfaces copyrightées, ou simplement parce que c’est difficile de rendre un ordi excitant à l’écran. Mais pour un geek, même compréhensif des soucis esthétiques des réalisateurs et accessoiristes du septième art, c’est toujours un peu gênant. Ça fait débarquer un peu de l’histoire. Enfin je note tout de même que les réalisateurs les plus réputés font attention en général – comme Scorsese dans The Departed ou Tarantino dans Death Proof (qui en met des tonnes en nous faisant attendre patiemment que la fille ait tapé son SMS et que le petit sablier ait fini de tourner – hillarant la première fois, un peu longuet la troisième).

Une belle surprise nous vient du film québécois Ma fille, mon ange, que j’ai piraté l’autre soir (faites pas chier, le film est déjà payé par mes taxes, et la loi qui pourrait me condamner n’a pas encore été votée).

Du point de vue cinématographique, le film vise un peu plus haut que son trou. En fait il ne vise nulle part. Il n’a pas de point de vue. Ses artisans avaient la chance de traîter d’un sujet qui non seulement n’a jamais été abordé (les jeunes Québécoises qui font de la cyberpornographie), mais est assez controversé et complexe (aussi complexe que la sexualité elle-même) pour faire réfléchir longuement en sortant du cinéma. Hélas, ils ont choisi de tomber à plat et de désamorcer leur bombe bien sagement. Je ne m’étendrai pas sur le sujet. J’imagine que Nelly Arcan pourrait expliquer ça cent fois mieux que moi. La connaissant, je suis surpris qu’elle n’ait rien écrit sur le sujet.

Et puis je sais pas pourquoi tout le monde a voulu parler à Karine Vanasse au sujet de ce film. La splendide rousse qui tient le rôle secondaire, Laurence Leboeuf (mais qu’est-ce qu’elle fout dans ce site italien ??), crève et occupe bien plus l’écran. Karine Vanasse est plutôt insipide dans ce film (et les autres aussi, dirais-je si j’étais mauvaise langue). Remarquez c’est ça qu’on a voulu valoriser : la bonne fille « normale ». Par opposition à la dirty Laurence Leboeuf qui, remarquez bien, n’a pas droit à sa closure dans le film – maudite droguée, elle mérite ce qui lui arrive ! Les médias ont juste parlé de Karine Vanasse, la fine, la matante-friendly.

Mais du point de vue geek (j’y viens j’y viens), Ma fille, mon ange est très réussi. TOUT est réaliste, non seulement les outils et interfaces, mais aussi toutes les coulisses de l’industrie de la cyberpornographie. On retrouve le look & feel du site de Bruno B qui a agi comme consultant pour le film (et qui y fait une apparition brève, si ma physionomie des bedaines ne me trompe pas). On y voit comment les producteurs produisent, les diffuseurs diffusent, et les acteurs baisent dans des 2 et demi à Longueuil. L’atmosphère corporative du diffuseur est très fidèle à la réalité de cette industrie qu’on croit souvent sloppy façon Boogie Nights.

On explique très bien l’apogée du style « amateur » (sans entrer dans les détails du sacro-saint scénario de la « fille qui sait pas ce qui l’attend et qui se fait ramasser par deux taouins dans un centre d’achat, interviewer sur un sofa avec un air faussement naïf, et enfin, fourrer allègrement »). Mais on a l’essentiel, bon.

J’ai moi-même fait un reportage sur l’industrie de la cyberpornographie à Montréal, dans le temps où le cahier Actuel avait assez de pages pour écrire 3500 mots sur un sujet. J’avais passé l’été à enquêter là-dessus, en rencontrant les divers joueurs du milieu. C’était le dernier dossier du cahier Actuel avant que La Presse change d’imprimeur, la veille exactement. Un jour plus tard, et les photos auraient été plus coquines encore.

À l’époque j’avais interviewé Dugmor (extradé du Canada depuis, selon une source informée), les gars de WRP (immense réseau de sites « personality-based » émanant de la communauté échangiste anglophone de Montréal), et quelques fournisseurs technologiques de cette industrie.

J’avais essayé sans succès, au téléphone et en personne, de rencontrer les gens de Gamma, qui est le plus Québécois des diffuseurs de cul québécois, puisque ses sites respirent le francophone pure-laine (contrairement à Dugmor dont un des sites, FrenchFuckFaces, joue sur le fantasme de la domination de la petite Française, Tour Eiffel et grappe de raisin à l’appui, même si c’est des petites Canadiennes dedans). Gamma compte parmi ses sites le fameux Bruno B, et a servi de référence aux scénaristes du film.

Pour expliquer leur refus de me parler, ils disaient avoir eu une mauvaise expérience avec le Journal de Montréal (a.k.a. « Le Jouw’nal »). J’ai eu beau leur expliquer que je comptais pas angler scabreux, que je voulais juste faire le portrait de l’industrie, ils n’ont rien voulu savoir. Ça a l’air que Jean-François Codère a réussi, lui. Mais ça a pas l’air d’être cet article qui les a choqués. Peut-être un autre plus croustillant. Si vous avez une idée de l’article qui aurait pu les fâcher, envoyez-moi une copie… En passant est-ce que c’est les mêmes Gamma qui sont présentés sur ce site hautement respectable ? Pas un mot sur le cul. Ils ont honte ou quoi ? Ya pas de quoi, tout le monde baise, vous savez… Certains même avec des filles en chair et en os !


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