New Mexico 3 – Albuquerque, Police On My Back
Elle a l’air cute comme ça au premier abord, mais Albuquerque est une ville fortement criminelle. C’est ce que m’a dit mon hôte Mike Smith, un journaliste d’ici que j’avais contacté pour m’aider dans mon reportage sur Alamogordo. Et maintenant qu’il m’a dit ça, j’ai l’impression que je vais me faire péter la gueule à chaque coin de rue.
C’est full de gangs ici, des shootings chaque semaine, un méga-trafic de meth, dans une ville pas plus grosse que Sherbrooke. Alors dès que je croise un latino à l’allure de gangster ou un biker sale plein de tattoos, je panique légèrement. Et comme ce que je viens de décrire correspond à un bon tiers des passants que je croise sur la rue, disons que je suis jamais bien tranquille.
En revanche, je suis rassuré d’avoir rendu ma voiture de location un jour avant mon retour à Montréal (Mike m’amène gentiment à l’aéroport demain). Allez, je peux vous le dire publiquement maintenant que c’est terminé : je suis recherché par la police.
La police de Sacramento, Californie, pour être précis. Je sais, je suis dans un autre État et je ne devrais pas m’en soucier. J’ai même appelé deux services d’assistance légale pour m’en assurer avant de partir, l’un à Sacramento et l’autre à Austin. Ils m’avaient confirmé qu’un « bench warrant » comme celui que j’ai sur mon permis de conduire en Californie ne constituait pas un motif d’arrestation dans un autre État.
Mais vendredi matin, j’en ai appris une bonne du mari de l’hôtesse qui m’avait accueilli la veille dans son bed&breakfast à Alamogordo. J’ai eu d’abord un petit choc quand je l’ai vu arriver vêtu en sheriff adjoint, gun à la ceinture et compagnie. Un gars super sympathique par ailleurs, et super serviable, je tiens à le préciser.
Il s’est d’abord excusé de m’avoir manqué la veille, car il était occupé à contrôler des automobilistes au hasard dans le cadre d’un barrage routier de routine. Il fait ce job-là en plus de s’occuper d’un b&b, d’une chaine locale de restaurants fast-food, et d’un ranch plein d’animaux.
- On fait ce genre de barrages de temps à autre, ça permet d’en pogner qui n’ont pas de permis, ou qui ont un avis de recherche sur leur permis dans un autre État.
- C’est connecté ?, que je lui réponds incrédule.
- Bien sûr, le fichier est national maintenant, alors dès qu’on en pogne un qui est recherché dans un autre État, on lui met les menottes et il va en prison.
- Et qu’est-ce qu’il devient ?
- Ça dépend de ce qu’il a fait. On le garde en prison jusqu’à ce qu’on nous dise quoi faire avec lui.
Il me disait tout ça comme si de rien n’était, quasiment amusé même. Mais de mon côté, j’étais soudainement terrorisé. Me voilà directement victime de la politique « anti-terroriste » de l’administration Bush, qui consiste entre autres à renforcer le pouvoir des policiers dans des domaines qui n’ont rien à voir avec le terrorisme.
Si j’étais tombé sur un de ces barrages de routine, mon permis aurait aussitôt levé un petit drapeau dans l’ordinateur de l’agent, qui m’aurait passé les menottes et amené en prison, sans doute avec de nouveaux amis du genre de mes malfrats d’Alburquerque.
Maintenant que j’y pense, l’avocat que j’avais appelé à Sacramento m’avait précisé à la fin de notre conversation que je courais peut-être un risque malgré ce que sa connaissance des lois lui disait. « Avec les nouvelles lois anti-terroristes, on ne sait plus où les pouvoirs de la police s’arrêtent », m’avait-il dit. Il m’avait aussi demandé, pour plaisanter, pourquoi Diable un paisible citoyen du Canada voulait voyager aux États-Unis par les temps qui courent.
Mon sheriff-adjoint, lui, était au fait des derniers règlements puisque c’est lui qui les applique. Je l’ai donc cru sur parole. Il ne se doutait pas, alors qu’il me jasait ce matin-là en me préparant un excellent peti-déjeuner avec les oeufs de sa ferme, qu’il m’avait foutu la frousse pour les trois prochains jours.
Sur le moment, j’essayais de lui cacher que mes mains s’étaient mises à trembler. Par la suite, j’ai réduit mes déplacements en auto au minimum, uniquement le jour, et en respectant scrupuleusement tous les panneaux. Vendredi soir, j’ai même fait une sauvegarde de mes fichiers à Montréal au cas où ils me saisissent mon laptop. J’ai aussi mis dans ma poche le numéro d’urgence des Affaires étrangères à Ottawa.
Vous me trouvez parano ? Peut-être. Mais la seule relation que j’ai eue dans ma vie avec un flic américain, ce terrible soir il y a trois ans sur l’autoroute près de Sacramento, m’a traumatisé à vie. Bien sûr, il a fait son boulot selon toutes les règles. Rien à dire. Mais sa mise en scène était si intimidante, il m’opposait un tel monument d’obtusité, que j’y repense toujours avec un frisson. Moumoune ? C’est possible. Vous dites ça parce que vous ne savez rien des odieux actes que je commis jadis.
Voici l’affreux crime que j’ai commis le lundi 30 août 2004 vers 20 heures : tenez-vous bien, c’est un crescendo de trois chefs d’accusation, ça va du moins grave au plus grave (ça se mesure au montant des amendes).
1) J’ai serré de trop près l’automobiliste en avant de moi ;
1) J’ai dépassé la limite de vitesse de 15 mph ;
3) JE POSSÉDAIS DES CONTENANTS DE BIÈRE VIDES DANS MON AUTO.
À en croire l’attitude du Highway Patrolman qui m’a remis ma citation à comparaitre ce soir-là, dans les niveaux de criminalité que l’homme peut atteindre dans ses pires tréfonds il y a tout d’abord le meurtre d’un enfant, et juste après ça, pas très loin, le fait de transporter des contenants de bière vide dans son auto. Il m’aurait souhaité la peine de mort que ça ne m’aurait pas surpris. Il n’a fait que ce qui était dans son pouvoir, soit être aussi menaçant que possible, et me faire un sermon d’une demi-heure sur les conséquences de mes actes.
Évidemment, ces bières vides dataient de la veille, puisque je revenais de Burning Man. J’avais une sale gueule, celle d’un gars qui vient de passer neuf jours dans le désert sans se laver, épuisé par le soleil et les diverses consommations. Bref, j’avais l’air du parfait white-trash. Et Mister Bad et Sam qui m’accompagnaient n’avaient pas l’air plus propre. C’est peut-être pour ça qu’il m’a collé ces trois amendes. Et comme un con a obtenu un jour d’une cour californienne que les flics n’aient plus le droit d’appliquer le test d’alcool, je n’ai pas réussi à le faire démordre de sa conviction que j’étais saoul. À l’en croire, je m’en tirais à bon compte faute de preuves supplémentaires.
J’en avais pour environ 1000$. Évidemment, je ne les ai pas payés (même si cet abruti m’a juré que la GRC allait venir cogner à ma porte pour m’extrader).
Cette semaine au Nouveau-Mexique, j’ai eu bien peur d’avoir enfin à payer pour mon crime. Heureusement, ils ne m’auront pas cette fois-ci. Je suis tranquille pour le moment.
Je sais aujourd’hui que je ne peux plus conduire aux États pendant je-ne-sais combien d’années. Oh bien sûr, je pourrais toujours « clearer » mon dossier en payant une somme importante, mais j’en fais une question de principe ; il est hors de question que j’ajoute la blessure à l’insulte. J’ai trouvé ce policier tellement obtus que ça me ferait très mal au coeur de participer à son fonds de pension.
Parait que vous avez de la neige chez vous. C’est moins sympa que le soleil d’ici, mais ça me réchauffe le coeur de retrouver ma patrie. J’ai hâte de vous revoir.
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http://www.dukecityfix.com/index.php?itemid=2725
(Be Nice to Canadians)
[...] Their discussion is here. Everything began with my satirical post about Albuquerque. [...]