25 novembre 2009
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Phuket entre le paradis et l’enfer



Toujours aussi organisé, j’ai quitté Bangkok sur un coup de tête matinal pour débarquer deux heures plus tard à l’aéroport de Phuket sans la moindre idée de la prochaine étape. Quelle plage est la meilleure? Où vais-je coucher?

Repérant mon œil hésitant, une nuée de solliciteurs s’est massée autour de moi en me tirant les manches et les valises. Taxi! Taxi! Tuk-tuk Phuket! Taxi Patong! Only 1000 bahts! Le touriste solitaire se fait spotter dans la foule tel l’ours sur la banquise.

En une fraction de seconde, j’avais le portrait de mes trois prochains jours à Patong.

Plage occidentale de l’île de Phuket dévastée par le tsunami de 2004 (dont on ne voit aucune trace aujourd’hui), Patong est le royaume de l’attrape-farang. Aucun Thaïlandais authentique ne vit ici. Ce bourg est une machine à extirper le maximum d’argent de nos poches, façon Cancùn, avec des tarifs exorbitants pour la moindre niaiserie. Si tu gares ton scooter, si tu t’assoies sur une chaise, si on te sert un pauvre Nescafé, paf! Tout coûte 200 ou 300 bahts, soit le salaire quotidien d’un Thaï moyen, ce qui par un calcul économique très simple sent l’arnaque à plein nez.

C’est pas pour économiser que les touristes débarquent ici à pleins avions. C’est pour le cul. Et un peu pour la plage, très féérique.

Patong est un bordel à ciel ouvert, avec un stock inépuisable de jeunes filles à offrir. Le matin, l’après-midi, surtout la nuit, les rues sont bordées de bars pleins de filles, au moins dix pour chaque touriste. On a l’embarras du choix. Des jeunes hommes aussi, et beaucoup de transsexuels.

La méthode est simple : vous dites bonjour à une des filles, elle vous sort deux-trois questions standard dans son anglais approximatif, et vous incite à jouer avec elle à un casse-tête ou un tic-tac-toe pendant que derrière le bar, la «mamasung» vous pousse à la consommation. C’est là que je me suis rendu personnellement, le reste est le fruit de mes enquêtes (je tiens à le préciser).

Après 5 minutes ou 5 heures, si vous voulez partir avec la fille, vous payez un «bar fine» (200 à 500 bahts). Si vous couchez avec, vous la payez directement (1000 à 2000 bahts) et faites votre affaire (après avoir payé à votre hôtel le «guest fee» de 200 à 500 bahts).

Notez que les filles des bars sont des «freelance» qui travaillent sans proxénète; elles rapportent de l’argent au bar en incitant le client aux consommations et en payant le «bar fine». Les pimps exercent plutôt dans les «go-go bars», autres types d’établissements que je n’ai pas fréquentés (là où les filles portent des numéros et les clients les choisissent à distance).

Freelance ou pas, ces filles pratiquent la prostitution classique que nous connaissons tous.

Mais en Thaïlande, il y a une étape supplémentaire, qui explique les très nombreux couples surréalistes de vieux Blancs et de jeunes Thaï que l’on croise dans la rue.

Amours thaïlandaises

Si la fille rencontrée dans le bar vous plaît vraiment, elle peut devenir votre petite amie pour la semaine, le mois, l’année, la vie. Vous lui verserez un salaire de 10,000 à 20,000 bahts par mois (300 à 600$), soit l’équivalent du salaire d’un diplômé universitaire (ce qu’elle n’est pas!) et elle s’occupera de vous jour et nuit comme aucune Occidentale ne le fera jamais, sexe ménage lavage compris, jusqu’à vous éplucher une par une vos crevettes à table, sans jamais aucune remontrance, éternellement accrochée à votre main. Vous pouvez choisir d’aller habiter avec elle, de lui faire un enfant si ça vous chante. Elle ne vous quittera jamais tant que vous ne ferez rien de méchant.

Outre l’argent, la motivation des «thaï girlfriends» n’a rien à voir avec la beauté ou l’âge de leur compagnon mais avec sa gentillesse. S’il a «bon cœur», il est éligible. Typiquement, elles cherchent ce genre de relation monnayée après avoir connu un homme Thaï qui les maltraitait ou qui a fui le domicile, dans un coin de campagne quelconque où elles ont laissé leurs enfants à la garde de la grand-mère pendant qu’elles cherchent un «sponsor» occidental à Patong, Pattaya, Bangkok ou ailleurs.

Pour être franc, je ne sais pas si ça s’appelle encore de la prostitution à ce niveau. Nous avons longtemps eu ça chez nous aussi, les filles qui se cherchent avant tout un pourvoyeur pour les entretenir et/ou assurer leur survie. À Montréal, les hommes très riches peuvent se trouver des girlfriends à salaire beaucoup plus jeunes et belles qu’eux. La seule différence, c’est qu’ici n’importe quel ouvrier occidental tombe dans la catégorie «homme très riche».

Personnellement, j’aurais beaucoup de mal à embarquer là-dedans. Mais il faut avouer que ceux qui se prennent une «thaï girlfriend» n’ont pas une tête à trouver des girlfriends facilement chez eux… Alors à défaut d’autre chose, en dernier recours, si j’étais vieux moche et horriblement seul, ça me tenterait peut-être. Mais ce manque de sincérité, ce débalancement initial du désir sont inacceptables lorsqu’on sait à quoi ressemble une vraie relation de réciprocité avec une femme… aussi emmerdeuse soit-elle!

Pendant trois jours, j’ai vécu l’extortion totale et la sollicitation constante. Image évocatrice: vous empruntez une rue et soudain, vous marchez entre deux rangées de salons de massage devant lesquels douze filles en uniforme sexy vous crient «Massaaaage, Massaaaage, Hello Massaaaage». Vous faites mine d’aller droit devant, avec un but clair en tête, pour leur signifier votre ignorance; rien n’y fait. Certaines viennent vous agripper le bras. J’ai vécu cette scène 4 ou 5 fois. Leurs échos résonnent encore dans ma tête: Massaaaage Massaaaage Massaaaage!!!… Bien sûr qu’il y a un massage. Mais elles aimeraient aussi vous vendre la pipe ou la branlette (1000 bahts) et/ou devenir votre girlfriend.

Depuis que je suis en Thaïlande j’ai un principe: ne rien acheter qu’un vendeur vient me proposer de sa propre initiative. Je ne veux pas encourager la sollicitation abusive, je veux leur montrer que ça ne marche pas. Si un taxi me harrangue, je traverse la rue pour aller prendre celui qui ne m’a rien demandé. C’est plus fort que moi. Alors me faire crier «massaaage» m’agresse plutôt que de m’aguicher.

Derrière le sexe, Patong est la capitale du profilage racial, en quelque sorte. Si vous êtes un farang, vous êtes automatiquement identifié comme un gros naïf dépensier et obsédé de cul. Je crie aux stéréotypes!

Similan, le paradis de la plongée

Je me suis enfui de là grâce aux conseils d’un instructeur de plongée qui m’a vanté les mérites de la communauté balnéaire de Rawai, au sud de Phuket. Il disait vrai. Ça fait une semaine que je vis là et c’est exactement la Thaïlande paradisiaque que je cherchais, avec la plage, la vie tranquille sous les palmiers, quelques bars amusants, des tarifs dérisoires, et surtout des Thaïs normaux qui ne sont pas là seulement pour nous.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit le proverbe, alors j’ai pas grand chose à vous raconter sur Rawai, à part mes photos. Tout va bien, je me vide la tête et je me remplis le bide de bouffe extraordinaire pour moins de 100 bahts le repas. En gros, c’est cela.

Avant de m’envoyer à Rawai, mon instructeur de plongée m’a vendu une croisière de deux jours dans les îles Similan, dans l’Océan Indien au large de Khao Lac. Très fréquenté par les plongeurs, l’archipel est truffé de sites d’une beauté à couper le souffle (dont « Boulder City », succession de blocs de granite sous-marins alignés comme les rues d’une ville), avec une visibilité sans entrave et une vie marine foisonnante.

Parmi les perles : des requins-zèbres, des raies, une grosse tortue, de gros homards, et un poisson-pierre de 60 cm (mon instructeur n’avait jamais vu ça). Hélas, les raies manta sont en vacances jusqu’en janvier. C’est pas la saison. Pareil pour les requins-baleines. Dommage.

Après huit plongées en deux jours, dont une de nuit, j’étais complètement épuisé mais ravi. Le bateau était extrêmement bien organisé, comme une montre suisse. Même si nous étions une trentaine, chacun était servi comme un roi sans aucune bousculade. Il y avait même un gars pour m’enfiler mon BCD et me tirer mes palmes.

À présent, je suis Advanced Open Water Diver. Mais PADI fonctionne comme une secte; chaque fois que vous atteignez un niveau, vous visez le suivant! Alors je songe à m’inscrire pour un cours de plongée en air enrichi (Nitrox) qui me permettra de plonger plus longtemps, plus profond. En attendant, j’ai acheté des palmes et un masque de prix pour avoir l’air d’un pro à défaut d’en être un. Que voulez-vous, I love gear.

Mon rhume thaïlandais m’a empêché de plonger depuis cette croisière, mais je compte bien reprendre à plein temps quand j’irai dans les îles du golfe, de l’autre côté de la péninsule. Dimanche, direction Koh Tao, petite île relax entièrement axée sur la plongée, où mon cher ami Guillaume a vécu heureux avant d’aller vivre au Honduras voilà quelques années. Je ferai aussi un tour au fameux Full Moon Party à Koh Phangan. Retour à Bangkok vers le 15 décembre… on verra.

Ah oui, j’ai aussi essayé le kite surfing. Et l’acupuncture. Et le karaoké Thaï. Et le barbecue Thaï. Et la chair délicieuse du jacquier. Mais si je vous racontais tout, je passerais mon temps à bloguer plutôt que de relaxer…


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