8 juin 2007
Posté dans Journalisme
Commenter »

Wired News s’en va-t-en guerre


Depuis le 11 septembre, Wired News exploite à fond l’atmosphère militariste qui s’est instaurée aux États-Unis, en traîtant les sujets liés aux technologies militaires avec la même fougueuse utopie dont il enrobe tout ce qu’il touche.

Reportages d’anticipation sur le soldat du futur, nouvelles technologies pour débusquer le « terroriste » (présenté de façon aussi mythique que dans les newsmedia traditionnels), usage du Web par les jeunes soldats (tout aussi mythiques dans leur incontestable vertu)…

Quel que soit l’angle, Wired News (et son papa Wired Mag dans une certaine mesure) aborde la vie militaire comme un monde plein de visionnaires et de génies, comme celui des technologies en général sauf que cette fois-ci, les héros sont virils et bronzés. Et il lui applique la même vision à long terme, proche de la science-fiction, qu’aux autres sujets technologiques, épousant ainsi le rêve Cheneyesque de la guerre éternelle.

Le robot-soldat ne sera pas prêt avant 2030 ? Qu’importe, Wired News le voit déjà évoluer dans un souk bourré d’ »insurgés » qui eux, bien sûr, sont restés tout aussi barbares qu’en 2007 avec leur minable AK-47 et leurs yeux pour pleurer face à la puissance américaine.

Sauf que la différence entre s’emballer sur le cellulaire du futur et sur le robot-mitrailleur du futur, c’est que dans ce dernier cas, on parle de mort. La guerre, c’est la mort. Trop de monde semble oublier ça dans le fabuleux monde du journalisme occidental nourri aux fibres équilibrés.

Le but d’un magazine comme Wired est de divertir autant qu’informer (sinon plus), et il le fait très bien, sauf quand il parle de guerre. Je ne sais pas pour vous, mais ça me rend un peu mal à l’aise de me divertir en découvrant des inventions futuristes destinées à tuer des gens, même indirectement.

On a beau essayer d’imaginer ce qu’est la guerre, on a beau s’improviser expert du Moyen-Orient en sortant sa cravate sur CNN, parler de stratégies et de chiffres, on oublie trop souvent qu’en Irak comme au Vietnam, la guerre est avant tout un sacré merdier où les bourreaux s’en donnent à coeur joie, même s’ils jouent à la Xbox et portent des textiles intelligents, et où les civils morflent deux fois plus que les combattants ennemis.

Nés dans un monde de paix, nous n’avons aucune idée de ce dont nous parlons. On a été en guerre il y a bien longtemps, c’est vrai, mais je ne sais pas trop ce qui s’y est passé puisque mes grands-pères n’ont jamais voulu aligner plus de trois mots sur la question, comme beaucoup de gens de leur génération – à croire que c’était vraiment pas autant le fun à vivre qu’à voir au cinéma ou dans un jeu vidéo.

Ce qu’on sait avec certitude, en revanche, même avec le peu d’information qu’on a, c’est que la guerre est une mauvaise idée et n’engendre que des tragédies – sauf si on est actionnaire d’une industrie militaire.

Wired est à ma connaissance le seul média technologique qui exploite l’angle militaire aussi régulièrement et passionnément.

Je sais, c’est la saveur du jour aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre. Sauf que je ne suis pas américain. Je suis un Montréalais qui me fiche complètement de la guerre, et un ex-Français qui a tout fait pour éviter le service militaire. Je ne veux pas savoir si les États-Unis tuent de façon hi-tech.

Wired souscrit à un militarisme enthousiaste qui me répulse dans plusieurs médias américains, car il tend à établir que la guerre est une chose inévitable et que, pendant qu’on y est, autant vivre avec. C’est faux. La guerre est évitable. Et pour moi, lire Wired est devenu évitable aussi.

Oui, [je suis] tout à fait lâche (…) Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans. Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.


Ajoutez un commentaire